5/12 : Bivouac avant La Oroya au biv. avt Marcapomacocha 100 km (7h18)
6/12 : biv. avt Marcapomacocha au biv. Laguna avt Huayllay 85 km (6h41)
7/12 : biv. Laguna avt Huayllay au Huanuco 237 km (10h36)
8/12 : Huanuco
9/12 : Huanuco au biv. ap. Chavinillo 80 km (8h00)
10/12 : biv. ap. Chavinillo au biv. ap. Huanzala 99 km (8h10)
11/12 : biv. ap. Huanzala au Tarica 118 km (8h18)
12/12 : Tarica au biv. grotte Abra Punta Ulta 72 km (8h38)
13/12 : biv. grotte Abra Punta Ulta au Huaraz 90 km (5h57)
14/12 : Huaraz
Par Gaël,
Je regarde Yves s'éloigner dans la descente du Ticlio. Je me retrouve seul, une nouvelle fois. La piste que je m'apprête à emprunter s'enfonce dans une sombre vallée, vers l'inconnu, vers les montagnes, vers la solitude. C'est parti pour 8 jours en solo jusqu'à Huaraz. La piste s'élève tout d'abord en suivant un petit rio, puis en lacets, jusqu'à atteindre un col à 4887m d'altitude. Je redescend un peu de l'autre côté et pose le bivouac face à un beau sommet glaciaire. A 4737m, la nuit s'annonce fraîche! et elle le sera !

au1°C sous la tente givrée au réveil. Le soleil se cache derrière un voile nuageux et ne vient pas me réchauffer. Après une petite descente, la piste remonte. Ce sera le signe du jour : des montagnes russes sans discontinuer. Après une bonne côte, j'arrive à Marcapomacocha, petit village posé sur les rives d'une immense lagune. Je m'y arrête pour faire quelques courses, mais à peine suis-je descendu de mon vélo que deux hommes viennent à ma rencontre. Veste jaune, casquette noire et visage bouffi, Herbert, originaire de la selva, a le teint pâle. En mission minière ici, il a le mal des montagnes, le sorroche. Son compagnon est plus en forme mais m'a l'air égayé par l'alcool (il est 9h du matin !). Rondelet, veste noire et sacoche d'homme d'affaires en bandoulière, Juan est lui aussi ici pour le boulot. La région est constellée de mines d'argent, d'or et autres métaux de valeur, et cela attire du monde ! Juan vit à Lima et a 3 fils. Il m'offre une bière! ça ne se refuse pas ! Juan me parle d'une légende selon laquelle il y aurait des sirènes dans la lagune et, après m'avoir offert une bouteille de 3 litres de coca pour la route, achète deux cannettes de bières pour que nous allions voir ça de plus près. Selon la légende, dans cette lagune, les nuits de pleine lune, des sirènes sortent de l'eau, chantent et dansent. Juan y croit et espère les voir! Cet homme me paraît seul, seul et triste, infiniment triste ; il cherche dans l'alcool un réconfort et en moi un ami de quelques heures. Quand ma bière est vide, je dis à Juan que je dois repartir, le remercie et lui tourne le dos pour reprendre mon chemin, laissant Juan seul, ivre de solitude et triste à mourir!

La piste s'élève ensuite doucement, chemine entre lagunes et sommets. Je franchis l'Abra de la Viuda, puis deux autres cols par la suite, entre des sommets volcaniques aux couleurs vives. Je pose le bivouac près d'une grande lagune, sans savoir combien de kilomètres il me reste jusqu'à Huayllay. Je pensais y arriver ce soir, mais les distances ont été plus longues que prévues. Cela fait des mois que nous roulons avec un parcours détaillé, sachant à chaque fois ce qui nous attend : quelle sera la distance avant le prochain village ou l'altitude du prochain col. Depuis hier, je navigue à vue, sans trop savoir où je vais. Je suis un vague trait sur ma carte, sans notion de distance ni de dénivelées. La découverte et les surprises n'en sont que plus grandes à chaque tour de roue, mais cela peut être aussi parfois déstabilisant voire inquiétant!

Je dîne sous ma tente et prépare les plans pour ma tentative de records du lendemain. Je me mets à écrire un peu alors que le ciel s'embrase. Moment magique où le soleil, après avoir brillé comme un damné toute la journée, jette ses dernières forces en s'affaissant derrière les montagnes, offrant un spectacle incroyable. Je m'endors, la tête dans les étoiles!

Vendredi , 4 heures, mon réveil sonne. Il fait nuit noire. Je n'ai pas très bien dormi, excité par le défi qui m'attend. Je déjeune dans ma tente qui, ce matin, est prise sous une croûte de givre. Il fait froid, dans le ciel les étoiles brillent de mille feux. Une nappe de brume recouvre la lagune alors que la lune apparaît derrière une montagne. Aucun bruit ne vient troubler ce calme serein de la montagne. Un bol de chocolat chaud, un bol d'avoine, un bol de maté de coca et quelques galletitas accompagnées d'un reste de miel, voilà qui devrait me permettre de tenir quelques kilomètres !
Yana est encore toute endormie lorsque je donne le premier coup de pédale du jour, dans la pénombre. La piste s'élève doucement le long de la lagune. Je surprend un troupeau d'alpagas matinaux, tout juste sortis de leur enclos et progresse vers un col dont je ne sais rien. A quelques tours de roue du sommet du col, le Dieu Soleil apparaît derrière un pic rocheux et vient me réchauffer de ses rayons protecteurs tout en donnant couleur et vie aux paysages qui m'entourent. Terre rouge, herbe verte, lagunes bleutées : spectacle magnifique, embelli encore par une petite brume qui monte des vallées. Au col, je dois gratter les jantes de mon vélo, comme on gratte un pare-brise en hiver. Recouvertes de givre, je n'avais absolument pas de freins !

J'arrive à Huayllay après plus d'une heure de route, déjà . Le village ne me semble guère accueillant et je poursuis mon chemin. Je descend une vallée bordée de formations rocheuses étonnantes. C'est le fameux « bosque de piedras », la forêt de pierres. Je m'y arrêterais bien, mais j'ai encore plus de 200 km à parcourir ! Je me dis que j'y reviendrai, un jour!
J'arrive alors dans les Pampas de Junin, vastes plaines perchées à plus de 4150m d'altitude. Platitudes jaunies par le soleil ardent des Andes, steppes infinies que rien ne vient troubler, cette Pampa me rappèle les steppes de Patagonie, le vent en moins fort heureusement ! Sur ma droite, un nuage de brouillard enveloppe la plaine, provenant certainement du Lago de Junin, le plus important lac d'Amérique du Sud à cette altitude.
Après 18 kilomètres d'asphalte, je retrouve la piste. Celle-ci traverse la pampa pour rejoindre la « carretera de sierra », qui relie La Oroya à Huanuco. Je l'atteins à 8h20, j'ai déjà parcouru 50 km. Je décide alors de prendre à droite, alors que Huanuco se trouve à gauche, pour faire une aller-retour en vue de battre mon record de distance. La route est plate, le vent est nul, les kilomètres défilent. Les roues de Yana tournent sans effort. Je suis bercé par ce doux bruit régulier qui se répète sans cesse, hypnotisant, ensorcelant. Mon esprit s'évade, porté par « le chant des roues »!
9h30, je suis à Carhuamayo. Mon compteur affiche 80 km, je décide de faire demi-tour ici. Il me reste encore 157 kilomètres jusqu'à Huanuco! Je commence alors à douter : n'ai-je pas fais une erreur en faisant cet aller-retour ? N'ai-je pas été trop gourmand ? Aurai-je le temps d'arriver à Huanuco avant la nuit ?Et si le vent se lève ? un vent de face qui me clouerait sur place ?
Je roule, roule et roule encore, m'alimentant régulièrement. Je repasse au carrefour j'où je suis arrivé et poursuis mon chemin. Je franchis un col à 4414m, tout près de Cerro de Pasco. Là , un petit grésil se met à tomber dans une ambiance austère, entre de petites lagunes grises. Il me reste alors 120 km à parcourir pour 2500m de dénivelée négative. Je me lance alors dans la descente et ai la mauvaise surprise de sentir face à moi cette entité invisible et familière, cet élément à la force incroyable, pire ennemi des cyclistes, le vent souffle de face, remonte la vallée que je dois descendre. La fin de l'étape va être dure, très dure! Les pentes sont faibles et le vent m'oblige à pédaler quasiment en permanence.
Alors que les pampas de Juni étaient jaunes, cette vallée est verte, un vert tendre, doux et soyeux. Si je poursuivais cette route au-delà de Huanuco, j'arriverai à Pucallpa, en Amazonie. Le Rio Huallaga, qui coule à mes côtés, file lui aussi vers les plaines amazoniennes. Cette eau ira jusqu'à Macapa et Belém, à l'embouchure de ce fleuve aux dimensions incroyables, pour rejoindre l'Océan Atlantique après avoir traversé tout le continent sud-américain. Combien de temps durera ce voyage ? Après avoir rapidement dévalé les pentes des Andes, les cours d'eau se calment, s'élargissent, ralentissent, serpentent, font des tours et des détours, des méandres n'en plus finir. Ce sont certainement des mois et des mois de voyage qui attendent cette goutte d'eau tombée à Cerro de Pasco!
Cette vallée que je descend est minée elle aussi ! Les Andes péruviennes sont un véritable gruyère dans cette région : des mines à n'en plus finir dépouillent la Pachamama, exploitent la nature sans la respecter, vident la Terre de ses ressources. La principale conséquence est une importante pollution des cours d'eau, et je repense alors à cette goutte d'eau qui s'en ira jusqu'à Belém. Avec elle voyagera aussi cette pollution infâme, détruisant la vie en bien des endroits. Immonde Rio La Paz, Rio Mantaro ou Huallaga, rivières poubelles, toutes se rejoindront dans l'Amazone!
13h, je m'arrête dans un village de mineurs pour y prendre un almuerzo. Je l'engloutis au plus vite et repars sans tarder. Au fil de la descente, la chaleur augmente et la végétation évolue. Après la puna des hauteurs, sont arrivés les eucalyptus, les agaves, l'herbe verte et les arbustes. Arrivent ensuite les plantes tropicales : bananiers, canne à sucre, palmiers!
Le vent souffle de plus en plus fort alors que je me rapproche de Huanuco. Km 201, le record de l'étape de La Viña est effacé. La vallée s'élargit et le vent redouble de puissance. Je lutte, m'acharne, ne me laisserai pas avoir. Les plantation de canne à sucre dansent à mes côtés, les arbres se balancent, les herbes se couchent, j'appuis sur les pédales de plus en plus fort. Un nuage de poussière m'accueille à l'entrée de Huanuco, les arbres vacillent, le vent qui s'engouffre dans les rues manque de me faire tomber à plusieurs reprises.
17h, Plaza de Aramas, ça y est, j'y suis ! 237,31 km en 10h36, nouveaux records ! Je me trouve un petite hospedaje, me fais un thé et prends une douche fraîche. Je vais ensuite manger un poulet frites, puis une hamburguesa, deux pâtisseries, un litre de yaourt, puis du pain et de la confiture avant de m'écrouler de fatigue!
Le lendemain sera une journée de repos bien méritée à Huanuco. Seul en ville, je m'ennuie. La vie citadine n'est décidément pas mon fort. Il y a trop de bruit, de vitesse, d'odeurs qui se mélangent. Société de l'apparence ici aussi, société de consommation, de tentations! Je lui préfère de loin le calme et la sérénité des montagnes. Je n'ai qu'une envie, c'est de repartir, de reprendre le chemin des hauteurs!
Je passe beaucoup de temps sur internet et écoute France-Inter. J'apprends que l'ASM a battu les WASPS cet après midi au Michelin, que Sarko a lancé un appel aux Farcs pour libérer Ingrid Bétancourt, que la SCNF donne un préavis de grève!Réalité qui me semble irréelle, bien loin, perdue dans un autre monde, un autre monde qui n'a pas changé en un an et demi, qui a toujours les mêmes soucis, les mêmes préoccupations, les mêmes routines. Je me sens loin de tout cela qui m'était pourtant familier il y a quelques mois! Ai-je tant évolué ???
Dimanche, je quitte Huanuco, direction Huaraz et la Cordillère Blanche, via La Union. J'entame, dès la sortie de Huanuco, l'ascension d'un col à 4000 m, soit plus de 2000 mètres de dénivelée. Les paysages sont beaux et verdoyants, mais je ne conseillerai pourtant cette piste à aucun cycliste ! J'y reçois l'accueil le plus horrible qui m'ait été donné depuis le début du voyage. Enfants, parents, jeunes, vieux, hommes et femmes, tous sont pareil et crient « Gringo » en me regardant passer d'un air moqueur. Sur les centaines de personnes que j'ai croisées aujourd'hui, seules deux ou trois m'ont dit simplement et aimablement « buenos dias ». C'en est à se demander si les gens, dans cette vallée, savent dire autre chose que « gringo », car c'est à peu près la seule chose que j'aurai entendu de la journée. Certains ne prennent même pas la peine d'articuler le moindre mot et se contentent de me siffler, comme un animal ! D'autres me lancent des « gringa » en s'esclaffant ou des « machicha ». Je ne sais pas ce que cela signifie, mais ça les fait bien rire en tout cas !Aujourd'hui aussi, et pour la première fois depuis le début du voyage, des enfants m'ont jeté des pierres ! Et je ne parle pas des innombrables « dame plata » que j'entends, ni des attaques de chien féroces dont je suis victime. L'un de ces « perros de mierda » me mordra même le mollet !!! Je commence alors à comprendre l'exaspération de certains cyclistes vis à vis des Péruviens. Mais il ne faut pas tomber dans la généralisation. Nous avons rencontré jusqu'ici de très nombreux Péruviens fort sympathiques. Mais aujourd'hui, je me sens véritablement victime d'un racisme anti-gringo!
La journée du lendemain sera plus heureuse. Levé de bonne heure, je me mets en route sous un ciel chargé. Une descente caillouteuse me mène dans la vallée du Rio Marañon, encore tout frêle et fougueux, mais qui grandira et s'assagira pas la suite, pour former, lorsqu'il rencontrera le Rio Ucayali, l'immense fleuve Amazone. Je grimpe ensuite jusqu'à 4100 m d'altitude, au-delà de la mine de Huanzala et pose le bivouac juste avant que l'orage n'éclate.
Mardi matin, je repars en pleine forme et avec le beau temps. Je poursuis l'ascension entamée hier et atteint un carrefour où je dois faire un choix : soit continuer par l'asphalte et passer par Chiquian pour rejoindre ensuite la vallée de Huaraz, soit bifurquer sur la droite, sur une petite piste en mauvais état, qui traverse la partie sud de la cordillère Blanche. Le choix est difficile. Par la route, ce sera plus facile, mais par la piste plus court de 40 km et je passerai plus près des sommets. Je choisis, donc cette dernière option, et je ne regretterai pas mon choix !

Certes, la piste est mauvaise, mais les paysages sont somptueux. Je commence par terminer l'ascension de l'Abra Yanashalla, qui culmine ici à quelques 4767m. Face à moi, les premiers sommets enneigés de la Cordillère Blanche montrent le bout de leur nez, et surtout sur la droite, se dresse une pyramide parfaite, un sommet aux dimensions impressionnantes : le Nevado Huantsan (6395m).
La piste virevolte ensuite sur les crêtes, longe les arêtes, avant de plonger brusquement vers une petite vallée puis de remonter sur son autre versant, pour atteindre alors l'Abra Huarapasca, passant tout près de superbes glaciers. Au col, je construis un apacheta et m'assieds un moment pour savourer tout le bonheur d'être là !

La descente est mauvaise, sur une piste caillouteuse. Je m'arrête pour pique-niquer près de quelques peintures rupestres. Plus bas, je traverse un immense bosquet de puya raimondii. Impressionnantes par leur nombre, elles sont cependant toutes « fanées », presque mortes, et sont donc bien moins belles que celles de l'Abra Apacheta. J'arrive ensuite dans le Callejon de Huaylas où je retrouve l'asphalte et fonce jusqu'à Tarica où je passerai la nuit.
Mercredi sera une étape dantesque, mémorable, inoubliable. J'avais décidé de gravir l'Abra Punta Ulta, qui culmine à 4890m, au cœur de la Cordillera Blanca. Mais la pluie et la neige s'en sont mêlés, pour faire de cette étape l'une des plus incroyables de ce voyage !
Je pars à l'aube de Tarica, sous un ciel chargé de nuages qui n'annonce rien de bon! Les 17 km d'asphalte jusqu'à Carhuaz sont avalés rapidement et je me retrouve au pied de cet immense col qui va m'occuper toute la journée. Je débute l'ascension doucement et ne tarde pas à voir face à moi, les deux sommets du Huascaran, le sommet sud étant le plus haut sommet péruvien avec ses 6768m. Mais il a la tête dans les nuages le bougre et ne laisse entrevoir que ses immenses glaciers qui dégringolent vers la vallée. Le plafond nuageux se rapproche de plus en plus et je sens que je vais bientôt pédaler dans le brouillard. En plus de ça, la piste devient un véritable champ de mines, un pierrier invraisemblable, et raide qui plus est ! Quelques minutes auparavant, voyant un bus me doubler, je m'étais dit que la piste devait être correcte jusqu'en haut. Mais j'avais oublié que les bus sud-américains sont de véritables 4x4 et passent partout !
Je remonte ensuite une étroite quebrada enserrée entre les falaises de granit que se perdent dans les nuages, pour atteindre une large vallée glaciaire. C'est ensuite une interminable série de lacets qui m'attend. La pluie se met à tomber, il commence à faire froid. Je trouve un abri sous un rocher pour pique-niquer en vitesse. La piste n'en finit pas de monter, il pleut, il fait froid, je suis dans le brouillard et ne vois rien. Je commence à me demander ce que je fais là , si ça vaut vraiment la peine, si je ne serais pas mieux au chaud, dans un hôtel de Huaraz, en attendant Yves. Moments de doute, d'hésitation. Mais je décide de continuer, de poursuivre mon chemin, d'atteindre ce col coûte que coûte, en espérant une éclaircie. Quelques lacets plus hauts, un bref rayon de soleil me redonne espoir. J'aperçois alors les glaciers du Huascaran. Mais l'accalmie n'est que de courte durée et il se remet à pleuvoir de plus belle ! C'est alors qu'à quelques mètres devant moi, un condor déploie ses ailes et s'envole majestueusement, sans un bruit. Il était affairé à dépouiller la carcasse d'une vache, morte il y a peu. Ce condor est le signe que j'ai bien fait de continuer. Mais la pluie redouble et la piste se transforme en véritable torrent. à mesure que je franchis de nouveaux lacets, la température baisse et la pluie se transforme en neige ! La piste devient très glissante et je peine à maintenir Yana en équilibre. Je chute à plusieurs reprises et doit parfois pousser mon vélo. Chaussé de simples sandales en pneu (ojotas) avec des chaussettes, je marche dans la neige et patauge dans l'eau glacée. Mais je ne sens pas le froid, réchauffé par l'effort.
Le col n'arrive jamais, cette piste n'en finit pas de monter et est maintenant totalement recouverte de neige. Je ne peux plus pédaler et dois me résigner à pousser. Je n'ai pas le choix : impossible de camper ici. La piste est taillée à flanc de montagne, dans un immense pierrier qui n'offre pas le moindre espace plat pour planter ma tente. Faire demi-tour, j'y songe à peine : il me faudrait redescendre beaucoup et longtemps, dans le froid et la neige, pour retrouver des zones planes. Je dois donc continuer ma lente ascension, espérant trouver une petite plate forme, un abri, quelque chose. C'est alors que j'aperçois, un lacet au-dessus de moi, quelque chose qui s'apparenterait à un grotte, à l'entrée de laquelle se distingue dans le brouillard une silhouette humaine, un homme des cavernes ! Mon espoir. Quelques minutes plus tard, me voilà au pied de cette grotte et ce que j'avais pris pour un homme des cavernes n'est autre qu'un Vierge ! Dans un dernier effort, je hisse mon vélo et tout son chargement dans la caverne, qui offre un espace suffisamment grand pour y dormir. Ouf ! Soulagé, heureux, je serai mieux là que sous ma tente.

Je quitte mes affaires mouillées et tente de me réchauffer à grands renforts de thés et chocolats chauds. Dehors, la neige continue à tomber, en silence. Je mange en espérant une éclaircie qui ne viendra pas, puis me couche au crépuscule, m'endormant aux sons de la montagne. Quelle journée !!! Je m'en souviendrai longtemps et suis maintenant certain que j'ai bien fait de continuer !

Jeudi matin, je me réveille aux premières lueurs du jour et découvre face à moi les sommets que je ne voyais pas hier : les faces sud du Huascaran et du Chpicalqui se dévoilent entre les nuages. Je monte à pied jusqu'au col, à 200m à peine. Le froid est vif, la montagne silencieuse. Je déjeune en admirant le spectacle. Mais bien vite les nuages reviennent et la neige se remet à tomber. C'est le moment de redescendre. Je mettrai près de 4 heures pour rejoindre la vallée, puis remonte jusqu'à Huaraz sous la pluie. Là , je retrouve Yves, arrivé il y a une demie heure à peine. Nous avons beaucoup de choses à nous raconter autour d'un buen maté argentino!