Equateur - Si On Jouait...

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Quito, du 11 au 15 février 2008 : derniers jours en Terre de rêves…

Publié le mercredi 5 mars 2008

Par Yves.

11/02 : Quito.
12/02 : Quito – Refuge du Cotopaxi en bus.
13/02 : Ascension du Cotopaxi (5897m, 5h30 A/R) puis retour à Quito en bus.
14/02 : Quito, Musée de la Mitad del Mundo.
15/02 : Quito.

De retour en Equateur, nous profitons de nos cinq derniers jours en Amérique du Sud, Terre de notre voyage et de nos rêves, avant de lui dire au revoir… et à bientôt ! Nous gravissons un ultime volcan, le Cotopaxi, passons à la Mitad del Mundo, retrouvons notre cyclo-pote catalan Jaime l’espace de quelques heures et, car il faut bien, nous nous préparons à nous envoler pour le Vieux Monde…

Lundi 11 février, après la mise à jour partielle du site, nous retrouvons nos amis cyclistes allemands, Martin et Nadine, rencontrés à Trujillo. Nous déjeunons ensemble et nous mettons d’accord sur l’ascension du Volcan Cotopaxi prévue le lendemain. Nous passons l’après-midi sur Internet et en ville avant d’aller au cinéma.

Mardi, sacs aux dos, nous partons tous les quatre de la gare routière, direction le Parc National Cotopaxi ; Virginie, pas en forme, reste à Quito. Après un bus, c’est un 4X4 qui nous conduit à 4500 m d’altitude. Là, nous gravissons les 300 m qui nous séparent du refuge André Rivas, situé juste en dessous du cône enneigé du Cotopaxi. Nous pique-niquons au soleil avant d’aller monter les tentes un peu en amont et d’aller repérer le début de la course. Le ciel, couvert, nuageux et menaçant le matin, s’est éclaircit et laisse apparaître le sommet alors que le soleil se couche… Un dîner avant qu’il ne disparaisse complètement et que le froid ne tombe, et nous nous réfugions dans nos tentes, dans nos duvets ; le départ est prévu à 2h30, la nuit va être courte… Vers 1h45, Martin nous réveille et nous annonce que ni Nadine ni lui ne monteront avec nous, pris du « soroche », le mal de la montagne, de l’altitude. Un petit déj’ et c’est parti, il est approximativement 2h30 (nous n’avons ni montre… ni altimètre !). Le ciel est étoilé, l’ascension s’annonce bien. Nous atteignons le glacier puis, équipés, nous attaquons les premières pentes, tracées « dret dans l’pentu » ! Les conditions de neige sont bonnes, nous rattrapons bientôt une première cordée, une deuxième, une troisième ; au total, ce sont 18 andinistes que nous dépassons, alors que le vent se lève et que des flocons se mettent à tomber. Plus nous nous approchons du sommet, moins nous y voyons. Il est approximativement 5h30 quand nous arrivons au bord du cratère, à 5897m, les premiers et en avance sur le soleil ! Nous sommes partis trop tôt, ou nous sommes montés trop vite… Une cordée nous rejoint bientôt et c’est en « dansant » que nous attendons les premières lueurs du jour, pour ne pas « mourir » de froid… Nous redescendons en moins d’une heure et demie sans avoir rien vu, replions le camp et, vers 8h45, nous sommes prêts à rejoindre Quito ; mais, nous ne rejoignons la capitale qu’en début d’après-midi car les 4X4 n’étaient pas nombreux au pied du refuge pour nous reconduire jusqu’à la route… Nous quittons Martin et Nadine, sûrement déçus de ne pas avoir pu nous suivre, avant de rentrer « chez nous », bien fatigués…

Le lendemain, nous retrouvons un autre de nos meilleurs cyclo-potes, « el gran barbudo », Jaime, alias « Bandi2 » ou encore Jesus pour les intimes… Ensemble, nous visitons le musée de la Mitad del Mundo, situé sur la ligne d’Equateur. Là, nous faisons des expériences incroyables comme faire tenir un œuf sur la tête d’un clou (de verdad !) ! Nous passons l’après-midi à nous délecter d’helado de paila, à flâner dans le centre de Quito, avant de passer notre dernière soirée sud-américaine, en compagnie de Jaime et de son hôte cycliste, bien sympa …

Vendredi 15 février 2008, c’est l’heure de mettre en cartons nos chères bicis et de faire nos sacoches ; triste journée, qui nous voit dire au revoir à Jaime, à Cristian qui nous a hébergé 15 jours durant, à Quito, à ma chère Virginie et à l’Amérique du Sud, Terre au grand cœur qui nous accueillait depuis plus d’un an et demi, déjà… 22h00, l’avion décolle sous les larmes du ciel qui accompagnent les nôtres, une aventure prend fin, une autre commence…

Bienvenue au pays des fleurs - Bienvenidos al paà­s de las flores : Tulcan (EQU) - Cali (COL) - Quito (EQU) : du 1er au 10 février 2008

Publié le lundi 11 février 2008

01/02 : Tulcan (EQU) - Pasto (COL) 104 km (7h31)
02/02 : Pasto - Laguna de la Cocha - Pasto 54 km (3h51)
03/02 : Pasto - fin du voyage 30 km (1h43)
04/02 : Pasto - Popayan (bus)
05/02 : Popayan
06/02 : Popayan - Cali (bus)
07-09/02 : Cali
10/02 : Cali (COL) - Quito (EQU) (bus)

Par Gaël :

Il y a quelques semaines, à Cuenca, j'avais rencontré un groupe de cinq Colombiens fort sympathiques : Paola, Guillermo, Ana, Alexender y Magda. Ils m'avaient parler de leur pays avec passion et enthousiasme, m'invitant à leur rendre visite chez eux, à Cali, pour découvrir toutes les richesses de leur pays. L'idée d'aller faire un tour en Colombie m'avait déjà traversé l'esprit et cette invitation m'a décidé à me rendre jusqu'à Cali.

Vue depuis l'Europe, la Colombie serait l'un des pays les plus dangereux de la planète, un pays en proie à une véritable guerre civile où les prises d'otages sont quotidiennes et la guerrilla omniprésente, tout comme le traffic de drogue. Ce portrait noir véhiculé par les médias du monde entier est cependant en totale opposition avec la rose description faite de leur pays par les Colombiens. La Colombie, c'est aussi, et je m'en suis rendu compte tout au long de ce voyage en terre sudaméricaine, la destination rêvée pour de nombreux Latinos : plages de rêve, paysages enchanteurs et Colombiens fort accueillants. Le même son de cloche est donné par tous les voyageurs, cyclistes ou non, ayant parcouru ce pays. Alors, entre ces deux portraits opposés, entre ce rose et ce noir, je voulais connaître toute la palette de couleurs qui peut exister dans ce pays, où, j'en suis sûr, toutes les nuances de l'arc-en-ciel sont bel et bien présentes.

C'est au pont international de Rumichaca que je mets le pied en Colombie, sous le soleil matinal de ce 1er février. Ipiales, la première ville que je croise sur ma route, est l'occasion pour moi de boire un premier café colombien et de prendre le pouls de ce pays, où ce qui me marque est la tranquilité et la modernité. La Colombie est l'un des pays les plus riches du continent et le contraste avec l'Equateur, qui n'est pas non plus un pays pauvre, est flagrant.

La route menant jusqu'à Pasto est une pure merveille, cheminant à flanc de montagne, dans de profondes vallées ponctuées de cascades et d'a-pics vertigineux. Sur le bord de la route, des fleurs de toutes sortes égayent mon chemin alors que je reçois de nombreux sourires et encouragements de la part des Colombiens, tous aficionados de la bici.

A Pasto, je suis accueilli par Carlos Fabian, sa femme Marcela, et leurs 3 filles. Carlos est un amoureux de la petite reine depuis toujours. Sportif de haut niveau durant sa jeunesse, il a participé plusieurs fois au tour cycliste de Colombie. Aujourd'hui, il voyage à vélo dès qu'il le peut. Il a déjà roulé jusqu'à Cartagena, sur la côte Caraïbe, ainsi qu'à Tumaco, sur la côte Pacifique et prévoit de partir d'ici peu en direction de la Patagonie, son rêve. Je reçois ici un accueil exceptionnel. On me soigne comme un membre de la famille...

Samedi, je me rends à la Laguna de la Cocha, second plus grand lac de Colombie, situé à 25 km à l'est de Pasto, à plus de 2800m d'altitude, dans un cadre montagneux de toute beauté. La route pour s'y rendre franchit un col à plus de 3200m et offre de superbes vues sur la ville de Pasto, dominée par l'imposant Volcan Galeras, qui crache encore quelques fumerolles après avoir explosé au début du mois de janvier. Mais en revenant à Pasto, Yana montre ses premiers signes de fatigue et son pneu arrière arrière éclate, fissuré sur plusieurs centimètres. Je repars après une réparation artisanale, encouragé par une famille colombienne qui m'offre une bouteille de soda et un drapeau colombien pour m'aider !

Le lendemain matin, je quitte Pasto dans le brouillard, accompagné par Carlos, qui a revêtu sa plus belle tenue de cycliste. Dès la sortie de Pasto, un petit col de 10 km me réchauffe. Mais arrivé au sommet, mon pneu arrière éclate, comme la veille ! Une deuxième fissure s'est ouverte ! Je soigne tant bien que mal la blessure de Yana, en collant des rustines à l'intérieur du pneu pour colmater les trous, aidé en cela par Carlos. 2 cyclistes à l'entrainement (et il y en a beaucoup ici en ce dimanche matin) s'arrêtent à notre hauteur pour voir si nous avons besoin d'aide. Nous discutons 5 minutes puis l'un d'eux s'éloigne pour revenir avec une assiette de riz - viande qu'il m'offre avec un grand sourire et y rajoute 2 pâtes de fruit de sa poche. Les Colombiens sont vraiment d'une générosité incroyable ! Nous repartons et nous élançons dans la descente où un glissement de terrain provoqué par les fortes pluies de derniers jours crée des bouchons.

11h45, km 30, mon pneu arrière siffle une nouvelle fois. Une troisième fissure s'est ouverte. Ce sera son dernier souffle. 3 cervaisons en 50 km, Yana me dit qu'elle n'en peut plus, qu'elle ne veut pas aller plus loin. Je ne sais que faire, je suis abattu : réparer au mieux et essayer de continuer ainsi jusqu'à Popayan, la prochaine ville où je pourrai peut être trouver un pneu de rechange ? Mais il me reste plus de 200 km à parcourir et au rythme d'une crevaison tous les 15 km, je suis pas rendu ! Autre possibilité : faire du stop jusqu'à Popayan et espérer trouver un pneu de rechange là bas, mais rien n'est moins sûr, et de là , il ne restera plus que 140 petits km à pédaler pour rejoindre Cali... Je me résouds alors à prendre une décision difficile et choisi de retourner à Pasto, chez Carlos, pour y laisser Yana, et continuer jusqu'à Cali en bus. Cette décision signifie que mon voyage à vélo autour de l'Amérique du Sud se termine là , au kilomètre 24 658. Je n'irai pas plus loin...

Carlos appèle sa femme pour qu'elle me rapatrie à la maison, puis s'en va poursuivre son entrainement. Je me retrouve alors seul, assis dans le fossé à côté de Yana, affalée dans le bas côté comme un animal blessé, à bout de force. C'est ici, dans ce virage, dans ce fossé, que se termine son voyage. Je ne peux retenir mes larmes en me remémorant quelques épisodes de ce voyage : le départ de Cayenne et la traversée de l'Amazonie brésilienne, l'arrivée à Rio de Janeiro sur la plage de Copacabana, l'accueil inoubliable reçu dans la province de Buenos Aires, l'arrivée au bout du monde, à Ushuaia, les kilomètres arrachés au vent de Patagonie, les journées de solitudes dans la puna de Atacama, la traversée de la Planète Lipez, les instants magiques où je m'envolais avec Yana, glissant comme dans un rêve sur le sel d'Uyuni, les nuits glaciales et pures de l'Altiplano bolivien, les rencontres marcantes aux quatre coins du continent, les kilomètres partagés avec Céline et François, Vanessa et Jaime... Toutes ces images, tous ces visages resteront gravés en moi à jamais, tout comme ces odeurs et senteurs, ces sourires et éclats de rires qui résonnent en moi comme la dernière note d'une douce musique que l'on ne voudrait jamais voir se terminer...

La chaleur du foyer de Carlos et Marcela me redonne le sourire. Merci à vous du fond du coeur...

Lundi 4 janvier 2008, toujours à Pasto, je participe à la grande journée mondiale de mobilisation contre les FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie). Plusieurs millions de Colombiens, dans toutes les villes de Colombie et 156 villes des 5 comtinents se sont réunis pour demander la fin des violences, la libération de tous les otages des FARC et la paix en Colombie. Dans les rues de tout le pays a résonné cet appel à la paix et la liberté : "No mas farc". Cette marche historique démontre toute la volonté de paix du peuple colombien qui refuse l'activité terroriste des FARC. Ce groupe armé crée en 1964 compterait 12 à 18000 membres en Colombie. Les FARC se définissent comme un groupe marxiste-léniniste et affirment représenter les pauvres du monde rural contre les classes riches de la Colombie Il s'opposent à l'influence des à‰tats-Unis en Colombie, à la privatisation de l'exploitation des ressources naturelles, aux multinationales et aux groupes paramilitaires d'extrême droite. Ils se financent à l'aide d'une multitude d'activités incluant la prise d'otages (750 estimées), l'extorsion, le détournement et la participation directe ou indirecte au marché de la drogue. Il y a 4 ans encore, la violence était quitidienne en Colombie et les prises d'otage fréquentes. Mais depuis que le Préident Uribe est au pouvoir, les choses se sont nettement améliorées : les routes ont été sécurisées et il est désormais possible de se déplacer en totale sécurité aux quatre coins du pays. Les terroristes sont pourchassés et reclus dans la forêt amazonienne.

Après avoir participé à cette grande marche pour la paix, je monte à bord d'un bus à destination de Popayan. Surnomée la ville blanche, Popayan est l'une des plus belles villes coloniales du pays. Je parcours ses rues animées et goûte aux spécialités locales : arepas (galettes de maïs), bandeja paisa, mangue verte que l'on déguste salée et arrosée de jus de citron, empanadas de pipian ou jus de fruits. Je rencontre Oscar, de Hospitaly club, étudiant en langue française, qui me fait découvrir la ville. Yves et Virginie nous rejoignent en soirée et nous allons manger une bonne crêpe dans une restaurent français tous ensemble.

Le lendemain, nous nous rendons jusqu'à Cali, où nous sommes accueillis par Magda, Ana et Alexander, que j'avais rencontré à Cuenca, en Equateur. Magda sera notre hôte pour les 3 jours que nous passerons là . Elle vit avec ses parents, dans un lieu paradisiaque à une dizaine de kilomètres au sud de la ville, au coeur de montagnes verdoyantes. Dans le jardin poussent goyaves, bananiers, orchidées, orangers et mandariniers... Nous profitons de ce cadre exceptionnel et découvrons mieux la vie colombienne. Au programme : découvertes culinaires, balades en forêt autour de chez Magda et baignade dans des rivières aux eaux cristallines aux pieds de superbes cascades, visite de la moderne Cali, soirée salsa et over-dose de fruits tropicaux !!! Cali, qui étire ses quartiers peuplés de 2,5 millions d'habitants le long de la vallée du Rio Cauca, est entourée par des plantations de canne à sucre, qui font la richesse de la région. Située à 1000 m d'altitude, entre les cordillère Centrale et Occidentale, Cali bénéficie d'un climat très agréable où les températures oscillent entre 20 et 35 degrés toute l'année !

C'est avec tristesse que nous devons quitter ce pays pour rejoindre Quito, dimanche 10 février, 5 jours avant de quitter le continent. Ces 10 jours passés en Colombie ont été magnifiques à tous points de vue. Malgré le passé difficile de ce pays et son actualité instable, la Colombie est un pays merveilleux, encore préservé du tourisme de masse, authentique et attachant. Je n'ai qu'un regret : ne pas l'avoir parcouru plus longuement à vélo. Je suis tombé amoureux de ce pays aux paysages fantastiques et aux habitants les plus chaleureux que je connaisse... et je n'ai qu'une hâte : y retourner !

Et sachez que le plus grand danger quand on va en Colombie, c'est de ne pas vouloir en repartir !!! QUE VIVA COLOMBIA !!!!!

Latacunga - Quito - Tulcan, du 27 janvier au 04 février 2008 : Quito, Terminus...

Publié le lundi 11 février 2008

Par Yves.

Yves et Virginie.
27/01 : Latacunga.
28/01 : Latacunga - Casa Quemada : 47 km.
29/01 : Casa Quemada - Quilotoa : 36,50 km.
30/01 : Tour de la Laguna Quilotoa (4h30 rando), retour à Latacunga en bus (2h30) + Latacunga - Bivouac "Cotopaxi" : 11 km.
31/01 : Bivouac "Cotopaxi" - Quito : 83,50 km.
01-02/02 :Quito.
03/02 :Quito - Otavalo - Ibarra en bus.
04/02 :Ibarra - Tulcan en bus.

Après une ultime remontée dans la Cordillère jusqu'à la Laguna Quilotoa, superbe, nous rallions Quito... TERMINUS du tour d'Amérique du Sud "Si on jouait"... Deux jours dans la capitale et nous roulons vers le nord du pays, en bus, repassant pour l'occasion dans l'hémisphère nord.

Dimanche 27 janvier 2008, nous fêtons nos un an et demi de voyage autour d'une glace délicieuse, puis nous nous séparons une nouvelle fois, "¡ Que te vaya bien Amigo, cuidate !"

Lundi, nous mettons le cap plein ouest, direction la Laguna Quilotoa, lac de cratère flanqué à 3854 m d'altitude. Dernière remontée dans la Cordillère pour moi, c'est avec une certaine nostalgie que je me lance dans les lacets du premier des deux cols qui nous mèneront à la lagune... Les reliefs nous entourant sont couverts de nuages menaçants, mais la pluie ne nous rattrape qu'en fin d'après-midi alors que nous sommes dans les derniers kilomètres du col, traversant des vallées de toute beauté, inhabitées ou presque ; ici, les gens vivent dans des "casas de paja", des maisons de paille, typiques de la Sierra depuis Alausi. De l'extérieur, elles paraissent toutes petites, bivouaquer dans une telle habitation serait génial...

Nous entrons donc dans un nuage, de brouillard puis de pluie, qui nous trempe jusque aux os en quelques secondes ; impossible de planter la tente par ici, nous n'avons pas d'eau pour cuisiner, nous passons le col et redescendons dans le froid, n'y voyant pas à cinq mètres, le visage cinglé par la pluie qui nous glace désormais, jusqu'au sang... Nous arrivons à Casa Quemada, hameau où on nous dit que nous pouvons dormir dans la maison communale ; une réunion de village s'y tient, nous entrons afin de profiter de la chaleur dégagée par ces femmes et ces hommes de la montagne, des indiens portant des ponchos de laine magnifiques et des chapeaux vert-chasse ornés d'une plume de paon. Nous attendons que la séance se termine, tentant d'oublier le froid qui nous tétanise en nous laissant berçer par cette langue Quichua que nous ne comprenons pas... Enfin, plus d'une heure et demie après notre arrivée, l'assemblée se disperse, on vient nous saluer et, bien vite, on nous propose d'aller dormir dans... une casa de paja, où nous serons mieux que dans la salle communale ! Nous acceptons sans hésiter et nous nous retrouvons dans le "bivouac de nos rêves", beaucoup plus grand que nous ne l'imaginions ! Là , on nous allume un feu qui nous réchauffe le coeur et, une fois changés, nous partageons une soirée inoubliable en compagnie de notre famille d'acceuil, des gens et des enfants incroyables, prêts à tout pour notre bien-être... MERCI à eux !

Le lendemain, après une bonne nuit et une assiette de beignets tous frais préparés par Gloria, la mère, nous quittons nos hôtes avec regrets et touchés par leur acceuil, puis ré-enfourchons nos bicis dans la brume, qui semble ne pas s'être levée depuis hier... Nous redescendons dans la vallée avant de remonter le second col et d'arriver à Quilotoa, entre bruine et brouillard, petit village accroché sur un des flancs du cratère hébergeant la Laguna. Là , nous sommes acceuillis par José, sa femme et 5 de leurs 8 enfants, un contact reçu de Marco et Yvonne (rencontrés à Trujillo). On nous loge dans une chambre immense et on nous allume le poële à bois car, à 3850 m d'altitude et avec ce temps là , ça caille pas chaud ! Dans l'après-midi, nous allons jetter un oeil à la Laguna, émeraude, dont nous ferons le tour le lendemain.

Mercredi, 7h00, nous voici sur la crête du cratère (300 m au-dessus de la Laguna) dont nous faisons le tour en près de 4h30 de belles montées et descentes. De bon matin, le ciel est presque dégagé et nous aperçevons les Illinizas au loin. La lagune, avec ses 400 m de fond, s'est formée suite à la dernière éruption du Volcan Quilotoa en 1797 ; son eau est sulfurée et un peu salée. La brume nous attend une heure avant la fin de la boucle, nous accélerons le pas et rentrons pour le déjeûner. Puis, nous saluons nos hôtes et prenons un bus qui nous ramène à Latacunga.

De là , nous avançons vers Quito et nous bivouaquons dans un bois d'eucalyptus avec vue sur le Volcan Cotopaxi, qui se laisse entrevoir avant de redisparaître dans les nuages. C'est mon dernier bivouac en Amérique du Sud (sans mes parents...), dur de se dire ça...

Jeudi 31 janvier 2008, c'est le coeur sérré que je démonte la tente pour la dernière fois avant l'Espagne et que j'enfourche la Zorra, pour cette ultime étape de notre boucle sud-américaine. Rentrer dans Quito à vélo n'a aucun intérêt en soi, d'autant que le trafic est de plus en plus dense, mais c'est la Dernière, alors... Néanmoins, je me souviendrai de ce jour : après un petit col, je casse ma seconde paire de lunettes de soleil du voyage - la guigne !- et la pluie se met à tomber avant midi ; en début d'après-midi, nous évitons une truie énorme qui a sauté d'un véhicule et qui est affalée sur la route, avant de nous reprendre la pluie dans un autre petit col menant à Quito, entre les gazs d'échappement et les attaques de chiens méchants (mais bête surtout !) ; dans la descente du col, nous passons à côté d'un accident horrible où on annonce plusieurs morts, avant d'arriver dans le centre historique par des routes de plus en plus défoncées ; klaxonnés par les Troley-bus, je termine l'étape, et par là -même mon voyage, en beauté, crevant et cassant deux rayons à 100 m de la Place Principale ! Nous voici donc à Quito, ma dizième capitale, "Terminus du train", avec près de 22000 km au compteur, je ne réalise pas encore... Un goûter bien mérité et nous retrouvons Cristian, un ami de Marco et Yvonne (encore, MERCI à eux pour ces précieux contacts !), quiteño qui a déjà voyagé à vélo et qui travaille dans la fondation Cyclopolis, dont l'objectif est de promouvoir l'usage du vélo dans l'agglomération de Quito (une "soeur" de Vélo-cité 63 !) ; un autre signe de la richesse du pays... Il nous conduit chez lui, nous laisse la clé et file, nous ne le reverrons pas avant de partir vers le nord !

Vendredi et samedi, nous visitons Quito, sous la pluie puis sous le soleil, jolie capitale construite toute en long et divisée en vieille et nouvelle villes. Un cinéma vendredi soir, la montée impressionnante dans les flêches de la basilique où nous rencontrons Nicolas et Ingrid (belges arrivés ici le 31 et qui partent pour Ushuaia, à vélo, en un an), une fin d'après-midi "danses traditionnelles d'Equateur" et nous voilà prêts à visiter le nord du pays, en bus, par "manque de temps"...

Dimanche, nous voyageons donc à Otavalo où nous flânons sur le marché artisanal, avant de nous rendre à Ibarra, jolie petite ville construite au pied du Volcan Imbabura. Le lendemain, après nous être promenés dans le centre-ville et nous être délectés d'une "helado de paila", glace fabriquée à base de jus et de glace à partir d'un procédé bien particulier, nous rallions Tulcan, 3000 m d'altitude, où le Carnaval, véritable "guerrilla" à l'eau et à la mousse (en bombe) fait rage...

Latacunga - Tàºlcan : au milieu du monde : du 27 au 31 janvier 2008

Publié le vendredi 1 février 2008

27/01 : Latacunga - PN du Cotopaxi 44 km (3h16)
28/01 : PN Cotopaxi - Guayllabamba 117 km (7h25)
29/01 : Guayllabamba - San Antonio de Ibarra 92 km (6h30)
30/01 : San Antonio de Ibarra
31/01 : S. Antonio de Ibarra - Tulcà¡n 135 km (8h53)

Par Gaël,

C'est sous la pluie que je quitte Latacunga, quittant par la même Yves et Virginie pour une dizaine de jours. Je souhaite aller visiter le nord du pays à mon rythme, tandis qu'eux vont rester dans la région encore un peu...

La panaméricaine n'est qu'un long faux plat montant jusqu'au village de Lasso. Le Volcan Cotopaxi, symbole du pays, se dessine entre des nuages noirs... c'est vers lui que je me dirige. Après une trentaine de kilomètres à respirer les gazs d'échappements des nombreux camions qui se dirgent vers la capitale, je bifurque sur la droite pour emprunter une petite piste de sable volcanique qui va me mener dans le Parc National du Cotopaxi. Parti tard de Latacunga, j'arrive à l'entrée du parc à 17h30. Personne n'est là , je franchis la barrière discrètement et rentre donc sans payer... Je pédale ensuite jusqu'à la tombée de la nuit, afin de me rapprocher le plus possible du géant qui me fait face. Je bivouaque dans une forêt humide et mange dans le silence de la montagne, seulement rompu par le chant de quelques oiseaux noctambules.

Durant la nuit, j'écoute tous ces couinements, grincements, couinements, hurlements qui me mènent sur le chemin des songes les plus beaux... 5h30, je me réveille avec la nature qui m'entoure. Une petite grenouille vient me saluer et je déjeune paisiblement à ses côtés, observant les pentes du Cotopaxi qui se dévoilent doucement dans l'obscurité. Quelques minutes plus tard, c'est un écureuil qui vient me regarder plier ma tente d'un air étonné avant de filer dans les fourrés...

Quand je m'élance sur la piste, le soleil n'est pas encore levé... mais les nuages ne sont pas encore là non plus, ce qui me permet d'admirer le cône parfait du Cotopaxi, vers lequel Yana me mène en douceur. Si le Chimborazo me rappelait le Nevado Sajama de Bolivie, le Cotopaxi est le frère jumeau du Parinacota. C'est un de ces volcans parfaits que nous dessinions étant enfants. Son nom, en quechua, signifie "le cou de la lune" tant il se dresse haut dans le ciel équatorien. Je m'approche doucement de ce géant, hypnotisé par son envergure démesurée. Au détour d'un virage, le soleil m'apparaît, éblouissant, sortant derrière le cône volcanique.

La piste s'élève jusqu'à 3850m d'altitude, sur un vaste plateau herbeux où se niche la laguna Limpiopungo. Dans ce site magnifique, je m'arrête quelques minutes pour profiter du calme et de la sérénité de l'endroit. Mes malheureusement, les nuages viennent déjà envelopper le Cotopaxi de son écrin protecteur. C'est le moment de repartir... C'est alors qu'un Guardaparque à moto vient à ma rencontre et me demande mon boleto. Je lui dit que je n'en ai pas, que quand je suis rentré dans le Parc, il n'y avait personne pour me faire payer, que de toute façon, je n'ai pas 10 $US sur moi, que je ne fais que passer en admirant cette nature préservée, que la Terre n'appartient à personne, ou plutôt qu'elle appartient à tout le monde et que chacun devrait pouvoir profiter des beautés naturelles de ce monde sans avoir recours à son portefeuilles... Après une dizaine de minutes de discussion et d'argumentation, l'homme me laisse finalement partir. J'ai gagné !

Je quitte alors les hauteurs pour redescendre dans la vallée par une piste difficile comportant de nombreux passages à gué ainsi qu'une bonne dizaine de kilomètres de pavés défoncés. Je rejoins la panaméricaine à Machachi et fonce vers Quito. Un petit col barre l'entrée à la capitale. Vite franchi, je plonge dans l'immense agglomération de Quito, contruite tout en longueur, le long d'une vallée bordée de volcans. Je slalome entre bus, taxis et camions et prends un bon bol de gazs d'échappements après le bon bol d'air pur des hauteurs... J'arrive finalement dans le centre historique vers 13h. Je ne m'y arrêterai pas longtemps, mais ai le temps d'avoir un petit aperçu de la beauté de cette ville...

La sortie de la ville est aussi pénible que l'entrée. Je roule jusqu'à Guayllabamba où une forte douleur derrière le genou m'oblige à m'arrêter. Je me dirige à la caserne des pompiers et demande si je peux planter ma tente dans un coin d'herbe, derrière la caserne. Le chef me reçoit et me fait entrer. J'aurai finalement droit à une chambre avec 3 lits rien que pour moi, une bonne douche chaude et même le repas du soir avec les pompiers !!! Quel accueil !

Le lendemain, je quitte le Cuerpo de Bomberos de Guayllabamba à 7h15, sous un ciel chargé et continue l'ascension entamée hier. Celle-ci me mène jusqu'à « la Mitad del Mundo », le Milieu du Monde, la ligne d'équateur. Je me retrouve alors sur la même ligne que le 18 Septembre 2006, quand nous avions déjà croisé cette ligne à Macapà¡, au Brésil. Mais cette fois, je suis de retour dans l'hémisphère nord. C'est un peu le signe que le voyage touche à sa fin!

Là , se trouve une immense horloge solaire, dessinée par le projet QUITSATO (www.quitsato.org). Un scientifique m'explique le projet et le fonctionnement de cette immense horloge solaire sur laquelle nous marchons, qui n'est autre finalement, qu'une représentation de la Terre elle-même. Lignes d'équateur, des tropiques, cercles polaires, axe de l'écliptique, tout y est représenté et prend une forme concrète, montrant clairement et simplement les caractéristiques de notre planète.

La pluie m'accompagnera sur le reste de mon trajet jusqu'à San Antonio de Ibarra, où je suis accueilli par Daniel el sa famille. J'ai tout juste le temps de prendre une bonne douche bien chaude et nous nous rendons chez des cousins de Daniel, à quelques kilomètres de là , qui organisent une fête ce soir. Le brouillard y est plus dense que jamais et, tout près de la ferme familiale, un immense terrain éclairé qui brille dans cette nuit sombre, attire mon attention. Ce sont des cultures de fleurs, principalement des roses ! L'éclairage nocturne permet d'en accélérer la croissance. Elles sont destinées à être exportées vers l'Europe pour confectionner des parfums !

Je passe une excellente soirée et goûte à la spécialité de la région, la fritada (porc et poulet frit, agrémenté de maïs tostado, de mote et de papas). Délicieux après une grosse étape !

Mercredi, j'accompagne le père de Daniel, Don Carlos, à l'école du village de San Luis de Agualongo, dont il est le Directeur, pour rencontrer ses élèves et jouer avec eux. San Luis de Agualongo est un petit village accroché aux flancs du Volcan Imbabura, au coeur du territoire des Indiens Otavalo. Les enfants de l'école sont tous issus de familles indigènes. Beaucoup d'entre eux, surtout les filles, portent le costume traditionnel de leur communauté et absolument tous ont les cheveux longs, souvent rassemblés en une longue natte noire, comme les Saraguros du nord du pays. Le costume des femmes Otavalo est splendide. Elles sont vêtues d'une longue jupe bleu marine, fendue sur un côté. Un corsage de dentelle, souvent agrémenté de fleurs brodées, recouvre leur buste, tandis que leur cou est enserré dans une série de colliers dorés et sont chaussées de fines sandales de fibre tressées. Magnifique ! Les garçons de l'école ne portent pas le costume traditionnel, composé d'un pantalon blanc et d'un large poncho sombre ainsi que d'un chapeau noir ou bleu marine.

Les Indiens Otavalo sont depuis très longtemps reconnus pour leur maîtrise du tissage. Grands commerçants, ils ont réussi à conserver leur culture et leurs traditions et ne cherchent en aucun cas à imiter les Blancs ou les Métisses, fiers qu'ils sont d'être « Indigenas ».

Dans la petite école de San Luis de Agualongo, il y a 6 classes pour un peu plus de 100 élèves. Les enfants ont classe le matin seulement, de 7h30 à 13h, avec une pause à 10h30 où l'on sert une assiette de riz au viande au pommes de terre à chaque enfant. Je suis Don Carlos dans sa classe, celle des grands, de 10-11 ans. Ce qui est le plus frappant au premier abord, c'est que chacun semble vouloir faire ce qu'il veut. Le professeur s'absente souvent plusieurs minutes de sa classe et les élèves en profitent alors pour courir dehors acheter des friandises vendues par une femme dans la cour, pour se chamailler ou même pour jouer au football dans la salle de classe !!!

Ce matin, la leçon est donnée sur les racines carrées. Essayez de calculer la racine carrée de 274327 !!! Moi, je ne savais absolument pas faire ! Ben eux, si !!! Suit un cours sur l'industrialisation du pays où Don Carlos enseigne aux enfants que le pays exporte en grande quantité sucre, café, cacao, bananes et pétrole, et importe la majorité des produits manufacturés qu'il consomme!

C'est ensuite mon tour d'intervenir. Les 17 élèves de la classe de Don Carlos sont très intéressés et intéressants, attentifs et attachants. Je leur apprends quelques jeux de chez nous (la tomate, le béret!) et en 10 minutes à peine, ils ont saisi toutes les subtilités de ces jeux alors que d'habitude, les enfants ont du mal à comprendre! Ils m'enseignent à leur tour leurs jeux favoris : le « corris », un genre de thèque et un genre de colin mayard. (voir les règles de ces jeux dans la rubrique « jeux sud-américains »).

De retour à la maison, après une petite balade agréable en compagnie de Daniel, je prépare des crêpes, pour remercier toute la famille de son excellent accueil et de sa générosité et apprend à cuisiner les « habas tostadas ».

Le lendemain, je reprends la route chargé de 2 bons kilos de victuailles : avocats, grenades et goyaves, citrons et citronnelle, le tout fraîchement cueilli dans le jardin ! Un épais brouillard m'accompagne jusqu'à la sortie de Ibarra, où une belle descente me mène dans la vallée du Rio Chota, où je retrouve un climat tropical et des cultures de canne à sucre et de bananes. Ici vivent des communautés afro-américaines! petit air d'Afrique!

Cuenca - Latacunga : pays de contrastes : du 20 au 26 janvier 2006

Publié le dimanche 27 janvier 2008

20/01 : Cuenca.
21/01 : Cuenca au Biv. âœPaso Cañar❠56 km (4h22).
22/01 : Biv. âœPaso Cañar❠au Alausà­ 125 km (7h52).
23/01 : Alausà­ au Riobamba (8h de train).
24/01 : Riobamba au biv. Après Pulingue San Pablo 43 km (4h00).
25/01 : Biv. Ap. San Pablo au Refugio Whymper 13 km (2h06) + 3h de marche.
26/01 : Refugio Whymper au Latacunga 132 km (6h26) + 3h de marche.

Par Gaël,

En ce dimanche 20/01, la ville de Cuenca est plus déserte que jamais. Il n'y a pas âme qui vive dans les rues de la ville, que nous arpentons, Virginie, Yves et moi, en admirant les belles façades coloniales du centre-ville, classé à l'UNESCO depuis une dizaine d'années. Seules quelques voitures occupées par de jeunes cuencueños armés de bombes à eau sillonnent les rues à toute allure en lançant leurs projectiles sur les rares passants que nous sommes. C'est le début du Carnaval ici, qui se fête à grands renforts de batailles d'eau !!!

Sur le Parque Central, seul lieu animé de la ville, nous dégustons une bonne glace en observant de jeunes équatoriens danser du hip hop. Voici une facette de la société équatorienne, où les loisirs existent chez une grande partie de la population, qui était absente au Pérou ou en Bolivie!

En soirée, nous allons dîner en compagnie des cyclos Yoana et Jeff ainsi que de Roy et Claudia : une bonne parrillada. Nous passons une excellente soirée, tout comme les trois jours que j'aurai passé ici. Merci à vous tous !

Nous quittons Cuenca lundi matin et filons plein nord. Jusqu'à Azogues, la route est tranquille et agréable, remontant une large vallée verdoyante. Ensuite, nous entamons l'ascension d'un col, dans des paysages toujours magnifiques. Nous posons le bivouac à quelques encablures du sommet, dans un champ, et profitons des lumières du soleil couchant.

C'est avec le soleil et un grand ciel bleu que nous nous réveillons le lendemain matin. Nous gravissons rapidement les derniers kilomètres du col, au-dessus des nuages, puis descendons sur le village de Cañar où nous faisons une petite pause ravito. Virginie, pas bien depuis hier, décide de continuer en bus jusqu'à Alausi. Yves et moi continuons en bici. Nous profitons encore du soleil quelques minutes, avant de plonger dans la mer de nuages, que nous ne quitterons plus jusqu'à l'arrivée. Nous roulons dans un brouillard à couper au couteau, sans profiter des paysages qui nous entourent. Un panneau ironique nous fait sourire. Il indique « Disfruten que los paisajes andinos » (Profitez des paysages andins) !!! On disfrute, on disfrute !

Sur le bord de la chaussée, surgissent de temps à autres quelques fantômes vêtus de couleurs vives et de chapeaux noirs. Armés d'un bâton, ils mènent quelques bêtes on ne sait où! Après Chunchi, nous avons l'heureuse surprise de pédaler durant 20 km sur! une piste boueuse ! La panaméricaine n'est pas achevée ici et est en travaux !!!

Nous arrivons enfin à Alausi après près de 8 heures d'effort et retrouvons Virginie. Une bonne douche et un gros goûter nous remettent d'aplomb et nous allons faire un tour dans ce petit village perdu dans les Andes. Alausi est baignée dans le brouillard elle aussi. Dans cette ambiance hivernale, la lumière blafarde des réverbères diffuse une pâle blancheur sur des rues tristes et désertes!

Le lendemain, nous montons à bord d'un des trains les plus typiques du continent, et l'un des plus anciens aussi. Il date du début du XXe siècle et roule toujours, tant bien que mal. La première partie du trajet que nous effectuerons est un aller-retour à la « Nariz del Diablo ». Le train, chargé de touristes, descend une étroite vallée, sur une voie d'un autre âge, qui effectue des lacets à flanc de montagne. à chaque « virage », le train s'arrête et repart dans l'autre sens. Impressionnant.

De retour à Alausi, le train se vide et nous ne sommes qu'une poignée à poursuivre le voyage jusqu'à Riobamba, qui sera épique ! Sur ce tronçon, nous avons l'autorisation de monter sur le toit du train, pour profiter pleinement des paysages. Ceci est désormais théoriquement interdit, car deux touristes japonaises se sont fait décapitées par un câble téléphonique posé trop bas il y a quelques semaines ! Un vent frais nous fouette doucement le visage (le train roule à 30 km/h à peine) quand soudain une secousse se fait ressentir. Le train s'arrête. Que se passe-t-il ? Nous avons déraillé, tout simplement ! Cela ne semble pas surprendre le personnel du train, habitué à de tels évènements et en moins d'un quart d'heure, le wagon coupable est remis sur les rails. Mais quelques heures plus tard, rebelote ! Cette fois, c'est plus sérieux, les roues sont complètement en travers de la voie. Il faudra une bonne heure à tout le personnel pour nous remettre en route. Nous arrivons finalement à Riobamba avec plus de deux heures de retard!

Le lendemain, nous reprenons la route à vélo, en direction du Chimborazo, le plus haut volcan du pays avec ces 6310m d'altitude, que nous souhaitons gravir. Ce serait même le point le plus éloigné du centre de la Terre, ou comme le disent les Equatoriens, le plus proche du soleil. En effet, la Terre n'était pas parfaitement ronde mais bombée au niveau de l'Equateur, la cime du Chimborazo est plus éloignée de quelques hectomètres du centre de la Terre que le Mont Everest ! En début d'après-midi, la vue se dégage sur le géant, qui dévoile son énorme dôme glaciaire. Impressionnant, il me rappelle le Nevado Sajama! Je monte à mon rythme et fais une halte au hameau de Pulingue San Pablo. Je m'arrête à l'école pour faire le plein d'eau. 50 enfants sont scolarisés ici, venant des communautés des alentours. La plupart d'entre eux vivent dans de petites maisons de terre au toit de chaume, disséminées dans la montagne, au pied de l'omniprésent Chimborazo. Nous sommes bien loin de la modernité des villes comme Riobamba, pourtant si proche. Les enfants et même les adultes n'en reviennent pas de voir leur tête apparaître sur l'écran de mon appareil photo! La « modernité » n'est pas encore arrivée jusque là! Equateur aux multiples visages!

Nous montons encore un peu et bivouaquons à 4000 mètres d'altitude, dans une maison en construction. Autour du feu, Yves m'annonce qu'il ne souhaite plus monter au Chimborazo car il ne se sent pas en forme. Je suis abattu. Mon rêve de gravir ce sommet s'écroule comme un château de cartes balayé par un courant d'air glacial. Nous mangeons en essayant de parler d'autre chose, mais le cœur n'y est pas!

Vendredi, nous montons quand même jusqu'au Refugio Carrel, à quelques 4800 mètres d'altitude. Là, la piste s'arrête et il faut poursuivre à pied. Yves et Virginie redescendent. Moi, je souhaite m'approcher un peu plus près du géant et laisse Yana pour monter au second refuge, le Refugio Whymper, à 5000m, espérant, sans vraiment y croire, y trouver un compagnon de cordée pour tenter l'ascension. Mais au refuge, je ne rencontrerai que Eloy, le gardien. Visage tanné, à la fois dur et tendre, Eloy vit seul ici depuis plus de 30 ans, redescendant à Riobamba pour voir sa famille une à deux fois par an seulement. Il aime la montagne et la solitude et en parle à merveille. Il aime cette vie au contact de la montagne, de ses tempêtes, de son vent et de ses mystères. Je le comprends! Il m'explique la voie à suivre pour atteindre le sommet, tout en me mettant en garde sur la dangerosité d'entreprendre une telle ascension en solo, surtout avec les conditions actuelles : cela fait plus d'un mois qu'il n'a pas neigé et la glace est vive sur la première moitié du glacier. Je décide de planter ma tenter un peu au dessus du refuge et de tenter de monter jusqu'où je pourrais le lendemain, tout en sachant pertinemment que je n'atteindrai pas le sommet.

23h30, c'est l'heure de se lever ! J'engloutis un bol d'avoine et sors de ma tente. Les nuages couvrent le sommet, mais, selon Eloy, les nuits sont claires et la pleine lune permet d'y voir comme en plein jour. Je me mets donc en route, en espérant que tout cela se dégage. Mais c'est le contraire qui se produit. Les nuages descendent et je me trouve rapidement dans le brouillard. Je n'y vois pas à deux mètres et suit difficilement le sentier que j'avais pourtant repéré la veille. Je monte ainsi jusqu'à 5310m, au pied du glacier. Mais là, le brouillard est tellement dense que je décide de faire demi-tour et de ne pas m'aventurer sur le glacier seul, trop dangereux. A 3h, je suis de retour sous ma tente et termine ma nuit!

Je redescend tristement dès de jour levé, jetant un dernier regard à ce sommet qui n'aura pas voulu de moi. Je reviendrai ! Au refuge Carrel, je retrouve Yana et entame la descente jusqu'à Ambato. Après avoir traversé une couche nuageuse, le ciel se dégage et j'ai tout le loisirs d'admirer la face sud du Volcan, magnifique ! Un peu plus loin, c'est le Volcan actif Tungurahua qui se présente à mes yeux, crachant régulièrement d'importants panaches de fumée. Les villes de Baños et Ambato, situées au pied de ce géant indomptable, sont actuellement en alerte orange, menacées par une éruption qui pourrait intervenir à tout moment et être dévastatrice, comme l'ont déjà été de nombreuses!

Je poursuis ma route jusqu'à Latacunga, où je retrouve Yves et Virginie. Nous passons une dernière soirée ensemble avant de nous séparer plus longuement!

(Yves) De mon côté, je regarde Gaël franchir la porte du refuge, le coeur sérré. Puis, nous redescendons jusque la route et prenons la direction d'Ambato. Après plus de 50 km depuis le refuge, dans un épais brouillard nous cachant tout paysage, nous demandons l'hospitalité à Tamboloma ; une famille de militants indigénistes nous apprête une pièce, nous serons ici comme chez nous cette nuit ! Le lendemain, nous rallions Ambato et croisons une procession, partie depuis jeudi d'un village de la vallée afin de célébrer Dieu ; 4 jours durant, cette procession passe dans les villages voisins avant de revenir à son point de départ, surprenant... Dans l'après-midi, nous arrivons à Latacunga, non sans avoir admiré le Volcan Tungurahua, en éruption depuis plusieurs semaines. Là, nous retrouvons Gaël avant de nous séparer à nouveau, pour quelques jours...