Bolivie - Si On Jouait...

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Sorata - Copacabana, du 02 au 09 octobre 2007 : Adios Bolivia, que te vaya bien...

Publié le mardi 9 octobre 2007

Par Yves.

Du 02 au 05/10 : Tentative d ascension de l Ancohuma.
06/10 : Sorata - Bivouac Lac Titicaca : 82,50 km.
07/10 : Bivouac Lac Titicaca - Copacabana : 73 km.
08, 09/10 : Tour de l Isla del Sol.

Notre dernière semaine bolivienne aura été bien remplie : Entre la tentative d'ascension de l'Ancohuma, second plus haut sommet du pays, notre retour sur l'Altiplano ainsi que notre arrivée sur les rives du mythique Lac Titicaca, et, enfin, le tour de l'Isla del Sol au large de Copacabana, notre séjour en Bolivie s'est terminé en toute beauté.

Lundi 1er octobre, alors que nous flanons dans l'agréable Sorata, nous sommes abordés par un madrilène et un basque espagnol qui cherchent à former un groupe afin de tenter l'ascension de l'Ancohuma avec un guide ; l'Ancohuma, un des deux 6000 m dominant la ville, second plus haut sommet du pays (6427 m) après le Sajama, n'était pas prévu au programme de nos ascensions car plus technique. Mais bon, si le guide nous propose un prix raisonnable, pourquoi pas... Nous rencontrons ce dernier, Emilio, nous discutons, et, au final, nous signons pour 4 jours d'ascension, départ le lendemain ! Au diner, nous nous remémorons de bons souvenirs autour de tortillas, en compagnie de deux françaises internes en médecine bien sympas.

Mardi, 9h00, c'est parti. Un taxi nous conduit jusqu au petit village de Colani, à 3150 m d'altitude. Là, nous retrouvons un muletier/porteur, Pablo, qui nous conduit avec deux mules jusqu à la Laguna Chilata, 4240 m, où nous bivouaquons la première nuit. Nous sommes sortis de l"humo" (fumée) qui couvre en quasi-permanence Sorata, fumée due aux brulis qui détruisent chaque année un peu plus la foret couvrant les flancs des Yungas, et les sommets nous apparaissent entre deux nuages. Nous faisons peu à peu connaissance avec nos deux compères, Javier et Aritz, qui voyagent eux aussi en Amérique du Sud depuis quelques temps.

Le lendemain, au réveil, le ciel est dégagé et la vue sur l'Ancohuma et l'Illampu, son voisin, est magnifique. Notre guide nous rejoint ainsi qu'un second porteur, les mules ne pouvant pas monter plus haut. Nous quittons le peu de végétation qu'il restait encore pour l'univers minéral de la haute montagne et, après avoir passé un col gardé par des mineurs voulant nous taxer, nous parvenons à la pequeña Laguna Glacial où nous déjeunons. Nous sommes au pied des glaciers qui descendent de ce massif dont toute la crete est à plus de 6000 m... Dans l'après-midi, nous atteignons la Laguna Glacial (5098 m), formée par le recul du glacier, impressionnant. De là, nous rallions le camp d altitude, à 5400 m, où nous installons le bivouac alors qu'il se met à neigeoter... Nous en profitons pour nous reposer des 2730 m de dénivelée que nous venons de monter ces deux derniers jours et, en sortant de la tente pour diner, le ciel s'est dégagé et nous avons droit à un superbe coucher de soleil, au son des craquements du glacier qui nous surplombe...

Jeudi, 5h30, vamos a la cumbre ! Nous chaussons bientot les crampons et, encordés, piolets en main, nous voila partis à remonter le glacier bien crevassé. A plusieurs reprises, nous devons nous assurer l'un l'autre afin de franchir les crevasses, parfois bien grandes et profondes. Après 4 h de marche, nous arrivons sur l'arete menant au sommet. Là, une énorme crevasse et la pente à 50-55 degrés dont les conditions de glace rendront la descente dangereuse, nous font faire demi-tour ; nous sommes à 6150 m d altitude, à 277 m du sommet. C'est la première fois que nous sommes tenus en "échec" par la montagne, mais, nous le savons bien, c'est elle qui décide. Aussi ne sommes-nous pas déçus, ce restera une expérience formidable, les paysages nous entourant récompensant largement nos efforts. Nous redescendons donc tout d'abord au camp puis à la Laguna Glacial où nous bivouaquons, bien fatigués.

Le lendemain, nous rallions Colani dans un temps record, retrouvant peu à peu végétation et chaleur, et, pour feter ça, nous faisons un asado avec nos deux compères, rien à voir avec l'asado argentin mais délicieux quand meme !

Samedi 6 octobre, nous ré-enfourchons nos betes, direction le Lac Titicaca et Copacabana. Pour y parvenir, il nous faut tout d abord franchir un col à 4200 m (en partant de 2670 m !) de 35 km ! Heureusement, nous retrouvons l'asphalte après 15 km et, après plusieurs heures d efforts, nous retrouvons l altiplano de l autre coté du col. Peu avant Huarina, nous découvrons le mythique Lago Titicaca (dont le nom vient de Titi Khar ka, qui signifie "rocher du puma", premier nom de l'Isla del Sol). A Huarina, nous assistons à une partie du défilé de la fete de la Vierge Rosario, dont les danseurs (de morenada) et musiciens, tous bien imbibés, portent des costumes incroyables. Le soir, nous bivouaquons au bord du lac, dans la fraicheur retrouvée.

Le lendemain, le Détroit de Tiquina franchit en bac, nous rallions Copacabana, le vrai, après avoir croisé deux couples de voyageurs à vélo, ça faisait longtemps ! Ca y est, on y est, à quelques kilomètres du Pérou, notre séjour en Bolivie touche à sa fin...

Mais avant, nous voguons jusqu à l'Isla del Sol, l'ile du soleil, réputée pour ses vestiges incas. A l'arrivée du bateau à Yumani, nous sommes "acceuillis" par des enfants "formatés" par le "tourisme irresponsable", qui nous demandent de l'argent, des bonbons ou de les prendre en photos, "asi es"... Nous échappons au groupe qui est arrivé avec nous et filons vers le nord de l ile, par le chemin inca. C'est chouette, l'eau du lac est d'un bleu qui donne envie de se baigner (bien qu elle ne doit pas etre bien chaude !) et, alors que le soleil se couche, nous avons droit à une vue exceptionnelle sur la Cordillère Royale...

Mardi 09, nous marchons jusqu'au ruines de Chincana, superbes, près desquelles se trouve le "rocher du puma", Titi khar ka en quechua, duquel, selon la légende, est né le Soleil, suivi de Manco KapaK et Mama Ocllo, fondateurs de l Empire Inca. Nous rejoignos ensuite le petit village de Challa Pampa d'où nous reprenons le bateau pour Copacabana.

Après trois mois et demi, des tours et des détours dans ce pays aux multiples visages qui nous a enchanté, nous prenons donc désormais la route du Pérou, son "frère-voisin"...

La Paz - Rurrenabaque - Sorata, du 15 septembre au 1er octobre 2007 : Changement de décor...

Publié le lundi 1 octobre 2007

Par Gaël.

15/09 : La Paz - La Cumbre : 27 km.
16/09 : La Cumbre - Yolosita : 66 km.
17/09 : Yolosita - Caranavi : 71 km.
18/09 : Caranavi - Villa Unificada : 58 km.
19/09 : Villa Unificada - Bivouac "hamac" après La Cascada : 61 km.
20/09 : Bivouac "hamac" après La Cascada - El Palmar : 64 km.
21/09 : El Palmar - Rurrenabaque : 86 km.
22,23,24/09 : Tour dans La Pampa près de Santa Rosa de Yucumo.
25,26/09 : Rurrenabaque - Guanay en pirogue.
27/09 : Guanay - Mapiri en pirogue + Mapiri - Santa Rosa : 17 km.
28/09 : Santa Rosa - Consata : 44 km.
29/09 : Consata - Florida : 54 km.
30/09 : Florida - Sorata : 75 km.
01/10 : Sorata.

Après plus de trois mois passés sur les hauts plateaux andins, nous avions envie d'un peu de changement, mais aussi d'un peu de chaleur. Nous avons donc choisi de délaisser les montagnes pour une quinzaine de jours, le temps de plonger dans la chaleur amazonienne autour de Rurrenabaque. Nous y avons retrouvé ce vert qui nous manquait tant, avons découvert une faune abondante et variée et avons aussi affronté des pistes très éprouvantes mais dans des cadres souvent splendides.

Samedi 15 septembre, nous réenfourchons nos fidèles bicis, toujours prêtes à découvrir de nouveaux horizons et quittons - cette fois pour de bon - La Paz, cap sur l'océan vert. Tout commence par la montée jusqu'au col de La Cumbre, à 4725 m d'altitude, éprouvante. Au sommet, après que Yves ait reçu les assauts d'une meute de chiens en furie, nous sommes acceuillis par Toribio, garde du PN de Cotapata, dans son refuge qui marque le départ du trek qui suit le chemin précolombien d'El Choro. Nous buvons un café en sa compagnie, puis il nous prépare une délicieuse soupe, bienvenue par le froid qui court... Nous ne traînons pas pour aller nous coucher, épuisés après la soirée d'hier soir à La Paz, dans une peña, en compagnie de notre hôte, Marisita, et de trois de ses amies...

Le lendemain matin, il fait un froid de canard et le sol est une nouvelle fois recouvert de neige fraîche, pas la route heureusement ! Nous repartons donc dans le brouillard, mais sachant que ce soir nous serons au chaud... En effet, après quelques kilomètres de descente bin frisquette, changement de décor : La neige disparaît, la végétation réapparaît, d'abord éparse, puis de plus en plus dense. A chaque mètre parcouru, la température augmente. Nous bifurquons alors sur la droite et nous voici sur le "camino antiguo", autrement nommé "la ruta de la muerte" ou "la route la plus périlleuse du monde". Taillée à flanc de falaise, cette route impressionnante n'est toutefois pas si terrifiante que sa réputation le laisserait penser. Elle réserve bien quelques sensations fortes, mais depuis qu'une nouvelle route asphaltée a été construite dans l'autre vallée, celle-ci n'est quasi-plus empruntée que par les touristes à vélo, et elle a grandement perdu de sa dangerosité. Tant mieux ! Nous dévalons ces montagnes verdoyantes avec grand plaisir et bivouaquons près de Yolosa, à quelques 1400 m d'altitude, dans la végétation tropicale des Yungas et la chaleur retrouvée. Les oiseaux chantent, les insectes bourdonnent, la vie revient... et même les pâtes sont redevenues bonnes avec la perte d'altitude ! Les jours suivants, nous enchaînons les cols, sur des pistes mauvaises et sous une chaleur écrasante. Nous franchissons les derniers contreforts des Andes, au coeur de montagnes de forêts. Le contraste avec l'altiplano est saisissant. Tout est différent ici : Les gens, les habitations, le mode de vie... Nous retrouvons des saveurs guyanaises et brésiliennes, regoûtons au bonheur d'une baignade dans un rio à l'eau fraîche et claire en fin d'étape, d'un bivouac en hamacs ou d'un réveil au son des cris des singes hurleurs... Vendredi, après sept jours d'efforts, nous arrivons à Rurre, petite ville ultra touristique de la selva, sur les rives du Rio Beni. Dans la région de Santa Rosa, au nord, se trouvent de vastes plaines marécageuses où l'observation de la faune est beaucoup plus aisée que dans la forêt.

C'est là que nous nous rendons le lendemain. Au programme, remontée du Rio Yacuma en pirogue, marche dans la pampa à la recherche d'anacondas, pêche au pirañhas (que nous dégusterons le soir même, délicieux !), et baignade dans le Rio Yacuma, infesté de crocos, et où les pirañhas viennent nous mordiller la peau ! Ils viennent manger quelques saletés, et vue notre état de propreté, ils s'en donnent à coeur joie ! Nous avons la chance de voir beaucoup d'animaux : tortues, aligators, caïmans, capibaras, nombreux échassiers dont le fameux jaibu, singes (hurleurs et "saïmiris"), pirañhas, dauphins de rivière, nombreux rapaces (condor de pampa, caracaña, aigles, etc.) et le célèbre anaconda !

De retour à Rurre, nous ne traînons pas et trouvons, dès mardi matin, une embarcation pour remonter jusqu'à Guanay sur les Rio Beni puis Kaka. C'est parti pour deux journées de pirogue qui nous rappèlent notre remontée du Maroni en Guyane. Après quelques heures de navigation, nous embarquons cinq chercheurs d'or qui quittent leur campement en bordure du rio, avec tout leur matériel ainsi qu'un cochon sauvage, chassé ce matin-ci. Il finira ce soir sur la parilla, lors d'un bivouac de rêve sur une petite plage au confluent des Rios La Paz et Kaka, qui forment alors le Rio Beni. Nous arrivons à Guanay mercredi, et continuons le lendemain sur le Rio Consata, à bord d'une autre pirogue, jusqu'à Mapiri. Tout le long de cette remontée, nous voyons beaucoup de chercheurs d'or sur les rives du rio. Souvent, ce sont des campements très artisanaux de deux ou trois associés, avec un matériel rustique et un simple abri pour dormir. Mais il y a aussi de vraies entreprises minières organisée avec de grandes installations, des camions, et qui travaillent à plus grande échelle.

à Mapiri, nos vélos reprennent du service. Mais dans la touffeur des Yungas et sur une piste très mauvaise où il nous faut souvent pousser nos montures pour franchir certains obstacles, nous avançons à pas de fourmis. Le summum est atteint entre Santa Rosa et Consata où, après un fort orage matinal, la piste est quasiment impraticable. Des glissements de terrain la barrent en plusieurs endroits, des arbres sont couchés en travers de la chaussée et nous devons traverser des rios à gué, avec de l'eau jusqu'à mi-roue, sans parler des épouvantables montées en cailloux et des descentes glissantes !!! Après Consata, la piste devient meilleure, mais nous entamons alors l'ascension d'un col à 3500m d'altitude (en partant de 1000m !). Au fil des kilomètres et des lacets avalés sur cette superbe piste taillée à flanc de montagne, la végétation tropicale disparaît, l'air s'assèche et les cactus refont leur apparition. Nous retrouvons des populations andines, Aymaras, et retrouvons aussi un peu de fraîcheur !

Nous arrivons enfin à Sorata dimanche. Cette petite cité touristique est nichée à flanc de montagne, dans un cadre naturel exceptionnel, au pied des Nevados Illampu et Ancohuma, tous deux à plus de 6000m. La douceur de cette petite ville coloniale et des palmiers de sa place centrale contrastent avec les glaciers qui brillent au dessus de nos têtes!

La Paz et ses environs, du 30 août au 14 septembre 2007.

Publié le vendredi 14 septembre 2007

Par Yves et Gaël.

Du 30/08 au 03/09 : La Paz.
Du 04 au 08/09 : Trek de Yunga Cruz, Yungas (1h45, 6h45, 6h00, 8h15, 7h00).
09 et 10 /09 : La Paz.
11/09 : La Paz - Refugio de Chacaltaya (5300m) : 31 km.
12/09 : Refugio de Chacaltaya - Refugio Huayna Potosi : 26,50 km ; + Montée au Refugio Alto Roca du HP (1h30).
13/09 : Refugio Huayna Potosi - El Alto (La Paz) : 27,50 km ; + Ascension du Huayna Potosi (6088m, 3h20 montée, 2h30 descente).

Après nous être posés quelques jours et avoir retrouvé nos amis cyclo-voyageurs Olivier et Chloé Quéré, ainsi que Mélanie Calvez (qui nous avait acceuilli en Guyane), nous partons faire le trek Yunga Cruz, qui passe au pied de l'Illimani et descend jusque dans la région des Yungas. De retour à La Paz, nous attendons une fenêtre météo afin de gravir le Huayna Potosi et ses 6088m, troisième 6000m de notre voyage...

Jeudi 30 août, après une journée Internet, nous retrouvons Kristof et Annémie, belges rencontrés chez Manu à Potosi (volontaires travaillant pour la même fondation que lui à El Alto), avec lesquels nous passons une bonne soirée. Le lendemain, c'est avec notre hôte, Marisita, que nous sortons : elle nous emmène dans un "café-concert" où un groupe local joue de la musique traditionnelle, très sympa.

Samedi 1er septembre, nous retrouvons avec grand plaisir Olivier et Chloé, rencontrés au festival du voyage à vélo en janvier 2006, et partis pour un tour du monde en deux ans et demi ; après les avoir suivi régulièrement depuis leur départ, c'est incroyable de les voir là ! Ensemble, nous allons chercher Mélanie à l'aéroport, notre première hôte en Guyane, une de leurs amies, qui les rejoint pour voyager un bout avec eux, à vélo ! Un an après être partis de Cayenne, c'est fou aussi de la revoir ! Dimanche et lundi, nous vaquons à nos occupations tout en profitant de la vie pacenienne (nous visitons le musée de la coca, entre autres), et retrouvons nos amis pour des soirées "bouffe-discussions" (dont une soirée crêpes mémorable) qu'on souhaiterait ne jamais voir se terminer...

Mardi 04 septembre, un an jour pour jour après notre départ de Cayenne, chacun reprend sa route : les copains vers Oruro et Potosi, nous vers les Yungas ; en effet, nous allons faire le trek Yunga Cruz. Un taxi nous conduit jusque Tres Rios, par-delà de la cordillère entourant La Paz. La piste que nous empruntons est magnifique, parfois pavée, vestige pré-hispannique (Inca), mais terriblement raide ! Notre chauffeur, qui n'a jamais dû sortir de la ville, roule comme un dingue et, peu avant d'arriver, on crève ! Nous passons un col et redescendons dans une vallée, le temps se gâte... A pied d'oeuvre, nous partons sur un sentier qui remonte le long du Rio Pasto Grande, jusqu'au pied de l'Illimani, dans le brouillard. Nous plantons la tente alors que l'orage gronde un peu plus haut, pas très rassurant... Et il se met à pleuvoir, ça faisait longtemps (depuis Chiloé !), ce trek s'annonce humide... Le temps de nous glisser sous la tente, il grêle maintenant ! Nous attendons que ça se calme et, en sortant pour manger, le ciel est dégagé, l'Illimani et le Mururata se dévoilent à nos yeux, impressionnants !

Le lendemain, nous avons droit à un lever de soleil grandiose sur l'Illimani, couvert de neige fraîchement tombée, avant que le brouillard ne se lève. Nous terminons de remonter la vallée, les pieds dans la neige, que lindo ! Puis, nous franchissons un col à 4900m avant de redescendre dans la vallée du Mal Paso, en haut de laquelle se trouve une mine ... d'or !

C'est humide par ici et, plus on descend, plus la végétation ré-apparaît et plus il fait lourd. Après l'Estancia Totoral, nous remontons une piste qui nous mène à Chuñavi puis à Lambate, où nous demandons l'hospitalité à l'école. Jeudi, nous nous levons dans la brume et la grisaille, hmmm... Et la pluie se met à tomber alors que nous commençons à marcher, la Carretera Austral et Chiloé nous reviennent en mémoire... Nous descendons jusqu'au Rio Chunga Mayu, à 2300m, le soleil sort enfin, il fait chaud et humide maintenant ! Après être remontés jusque Quircoma, le sentier continue dans la forêt (qui couvre en grande partie les flancs des Yungas), de plus en plus dense et luxuriante ; ça nous rappelle l'Amazonie... Nous en sortons finalement et, peu avant le lieu de bivouac, une averse nous tombe dessus ! Passée, nous armons la carpe et nous nous y engouffrons avant que les moucherons locaux ne nous dévorent ! Le soir, comme il y a deux jours, le ciel se dégage et laisse apparaître le cirque rocheux près duquel nous campons...

Le lendemain, pour changer, un épais brouillard nous entoure alors que nous poursuivons notre chemin. Arrivés au pied du cirque, plus de sentier. La matinée durant, nous le cherchons avant de pique-niquer, quasi-désespérés et prêts à faire demi-tour. Après de nouvelles recherches, nous le trouvons enfin et arrivons au bord de la Laguna Kasiri, flanquée à près de 4000m d'altitude. Le temps, qui jusqu'ici nous avait épargné, tourne à la pluie et c'est accompagnés de cette dernière que nous finissons l'étape du jour. Le pavage Inca que nous retrouvons alors est magnifique (ils étaient fous ces Incas !), dommâge que nous ne puissions pas en profiter davantage ! Nous franchissons un col à 4300m, puis redescendons vers Chulumani, notre destination d'arrivée, sans y voir à un mètre ! Nous bivouaquons peu avant de retrouver la forêt, trempés comme des soupes !

Samedi, il fait meilleur et c'est plein d'entrain que nous repartons pour l'ultime étape de notre trek. Nous pénétrons bientôt dans la forêt, toujours aussi mystérieuse, où végétation, flore, faune, bruits et senteurs nous font nous arrêter tous les cent mètres... Il nous faut redescendre, la chaleur augmente d'heure en heure. A midi, il nous semble avoir râté la bifurcation que nous devions suivre, c'est le cas ! Aussi arrivons-nous près de Chirca en milieu d'après-midi, à quelques 30 km de Chulumani ! Là, nous prenons un bus (sur le toit, sur des routes en lacets vertigineuses !) qui nous conduit à bon port, à 1700m d'altitude ; nous sommes en plein coeur des Yungas, aux vallées encaissées, dont les flancs sont, ou couverts de forêt, ou terrassés, pour les cultures de la coca (majoritairement), du café, des bananes et des agrumes. Nous voici au terme de notre "épopée", enfin, épuisés et les pieds meurtris par l'eau et les nombreuses descentes de ces derniers jours ; douchés, rasasiés, nous nous écroulons sur nos lits d'hôtel, quasi à poils car il fait chaud ici ! Le lendemain, un bus nous ramène à La Paz, par une piste impressionnante, passant de 1200 à près de 4600m d'altitude, incroyable ! Nous retrouvons nos "appartements", heureux de pouvoir nous changer et de dormir au sec... Lundi sera une journée de repos dans l'agitation de La Paz, une ville que nous commençons à connaître mais dont les contrastes nous surprennent toujours. Nous finissons la journée chez Kristof et Annémie, par une belle soirée crêpes !

Mardi, une fenêtre météo favorable étant enfin annoncée, les choses sérieuses recommencent et nous partons en direction de la cordillère. Premier objectif : monter jusque Chacaltaya, la "vraie-fausse" station de ski bolivienne, perchée à tout de même 5300m d'altitude ! Mais pour commencer, il nous faut sortir de La Paz, dans les fortes pentes et les gazs d'échappement, jusqu'à El Alto (banlieue de La Paz), où l'asphalte disparaît laissant place à une piste très caillouteuse. Peu après la sortie de la ville, nous découvrons le magnifique Huayna Potosi (notre second objectif) et les pentes du Cerro Chacaltaya. Le petit grésil qu'il se met à tomber et les fortes pentes n'entâment pas notre motivation et nous atteignons le refuge de Chacaltaya, dans la neige, en fin d'après-midi. Nous sommes donc à 5300m, record battu à vélo ! Là-haut, la vue est de toute beauté sur le Huayna Potosi, le Mururata et l'Illimani, entre autres sommets de la cordillère.

Nous dormons dans le refuge et au réveil, au lever du soleil, nous avons la surprise de voir qu'il est tombé durant la nuit, une dizaine de centimètres de neige fraîche ! La descente s'annonce... glissante, mais sera finalement excellente ! Nous rejoignons alors le refuge du Huayna Potosi, situé au Paso Zongo, à 4750m d'altitude. Nous y laissons les vélos et grimpons jusqu'au Cerro Roca, à 5150m, où se trouve un petit refuge, mais où nous plantons la tente (dans la neige !) pour économiser quelques bolis... Nous sommes au pied du glacier et allons tenter l'ascension de ce sommet qui culmine à 6088m, le lendemain.

4h00, le réveil sonne. Les étoilent scintillent dans le ciel noir, il n'y a pas de vent, il ne fait pas trop froid (-5°C sous la tente), ça s'annonce bien ! Petit déj', on s'équipe : piolet, crampons, corde, et c'est parti. Nous progressons rapidement sur les premières pentes de neige et atteignons la première difficulté de l'ascension au lever du jour. Il s'agit d'une rimaye suivie d'une pente à 50-60° sur quelques mètres. Ca passe sans problème et nous débouchons sur une arête où la vue est splendide sur l'Illimani. Nous remontons l'arête, puis un plateau glaciaire entaillé de belles crevasses et arrivons au pied du ressaut final : 200m à 40-50°. C'est difficile avec l'altitude mais nous débouchons au sommet en 3h25. 6088m de splendeurs s'offrent à nous, à 360°.

Toute la Cordillera Real est là, le Lago Titicaca aussi. C'est magnifique. Et comme le temps est clément, sans vent, nous restons plus d'une demie-heure à admirer le spectacle ! Nous dédicaçons cette ascension à Manu qui nous a précédé, ainsi qu'à Solène, qui nous suivra, on en est certains ! La redescente est rapide, à pied, puis en vélo, jusqu'à El Alto, ou nous allons chez Kristof et Annémie. Et ce soir, pour fêter cette belle ascension, nous allons dîner dans l'excellent resto français de La Paz...

Nous allons maintenant quitter la montagne pour quelques jours, le temps de faire un petit tour en Amazonie...

Oruro - La Paz, du 15 au 29 août 2007 : Quand "Si On Jouait" s'essaye à l'Andinisme...

Publié le jeudi 30 août 2007

15/08 : Oruro - San Cristobal : 104,50 km.
16/08 : San Cristobal - Bivouac avant Aguas Ricas : 89,75 km.
17/08 : Bivouac avant Aguas Ricas - Sajama : 72,75 km.
Du 18 au 20/08 : Ascension du Nevado Sajama (6542m, 9h20 de montée, 5h30 de descente), retour Sajama.
21/08 : Sajama.
22/08 : Sajama - Parinacota (Chili) : 62,50 km.
23/08 : Randonnée dans le Parc National Lauca, autour des Lagunas Cotacotani (4h).
24/08 : Parinacota - Lago Chungara : 17 km. + Montée au camp d'altitude du Volcan Parinacota (5h30).
25/08 : Ascension du Volcan Parinacota (6342m, 3h15 de montée, 4h40 de descente), retour Chungara.
26/08 : Lago Chungara - Bivouac vers Curahuara (Bolivie) : 77km.
27/08 : Bivouac vers Curahuara - Village Aymara : 82,50 km.
28/08 : Village Aymara - Tolar : 85,50 km.
29/08 : Tolar - La Paz : 76,75 km.

Par Yves. Partie I :

Une quinzaine de rêve s'achève, quinzaine qui fut sous le signe de la haute montagne et pour nous l'occasion de nous essayer à l'Andinisme : après avoir gravit le Volcan Licancabur (5916m) dans le Lipez, entre autres sommets à plus de 5000m, nous nous sommes attaqués à deux sommets à plus de 6000m, et non des moindres, à savoir le Volcan Parinacota (6342m) et le Nevado Sajama (6542m, point culminant de la Bolivie). Ce fut également pour nous l'occasion de retourner au Chili, une ultime fois, avant de poursuivre notre séjour en terres boliviennes, en passant par La Paz, huitième capitale de notre périple...

Mercredi 15 août, après une rapide journée de repos, nous repartons vers l'ouest, direction Sajama. En sortant d'Oruro, nous longeons le Lago Uru-Uru, paradis des canards, sarcelles, échassiers, flamants, foulques et autres oiseaux en tout genre. Puis, nous retrouvons l'Altiplano, désert sans horizon à la végétation rase, où les camélidés sont les rois et où les hommes se regroupent par-ci, par-là, autour des rares points d'eau. Le soir, nous dormons dans l'école du hameau de San Cristobal, dont l'instituteur gagne 50 bolivianos par jour travaillé (5 euros), soit un salaire mensuel d'environ 100 euros...

Deux étapes de piste plus tard, les sommets enneigés vers lesquels nous nous dirigeons nous apparaissent enfin : Le Volcan Guallatire tout d'abord, puis ceux du Parinacota et du Pomerape, et enfin, le Nevado Sajama ; c'est vers ce dernier que nous mettons le cap. Nous rejoignons la Route Internationnale "La Paz - Arica" avant de bifurquer vers le petit village de Sajama, niché au pied du majestueux Nevado, point culminant de Bolivie avec 6542m d'altitude. Les 11 km de piste qui nous y mènent sont infâmes, mais, heureusement, le décor qui nous entoure est de toute beauté. Qui plus est, en arrivant, nous sommes acceuillis de la manière la plus chaleureuse qui soit par un groupe de français voyageant avec une agence chilienne. Leur voyage : trois semaines entre Chili et Bolivie avec comme objectif l'ascension de cinq sommets, trois 5000m et deux 6000m dont le Nevado Sajama en guise de "déssert".

Nous nous installons dans ce village à l'atmosphère paisible et réfléchissons au programme des jours suivants : notre idée est de gravir le Parinacota puis le Sajama. Mais la soirée que nous passons avec les français qui nous invitent à leur table nous fait changer notre fusil d'épaule : partant pour le Sajama le lendemain, ils nous proposent de partir avec eux ! Bueno !

Samedi 18 août, sacs au dos, nous nous élançons donc tout excités dans l'ascension du plus haut sommet du pays. Le temps est au beau fixe, cela s'annonce bien. Après 2h30 de marche (au lieu de 4h00 prévues dans les topos) sur une piste puis le long du Rio Aychuta,nous arrivons au camp de base (4800m) où nous retrouvons nos amis. Ces derniers nous invitent de nouveau à venir nous abriter du vent qui s'est levé, sous leur tente "cuisine - repas". Nous échangeons avec les uns, les autres, faisant ainsi connaissance. Nous conversons également avec les deux guides chiliens, Rodrigo et Patricia, ainsi qu'avec le responsable français du groupe, François-Rémi ; très sympathiques. A cette occasion, nous apprenons que Patricia, qualifiée de "personnalité dans le monde la montagne au Chili" par Rodrigo, est en passe de relever un défi plus qu'impressionnant : gravir les sept sommets les plus hauts des "sept" continents ! Il ne lui en reste qu'un, auquel elle s'attaquera en septembre, le point culminant de l'Océanie qui se trouve en Indonésie ; et oui, elle a déjà gravit l'Everest ! On n'est pas avec n'importe qui, voyez-vous !

Le lendemain, nous rejoignons l'arrête nord-ouest du géant après avoir remonté un pierrier bien raide, et arrivons au camp d'altitude (5650m) situé à quelques centaines de mètres du glacier (en 2h30 au lieu de 5h00, tant mieux...). De là, la vue s'étend à l'infini en direction de La Paz, et est grandiose en direction du Chili : Parinacota et Pomerape se dressent sous nos yeux, entre autres, magnifiques volcans aux formes quasi-parfaites, attirants... Nous passons la fin de journée à discuter dans cet endroit insolite, perché au-dessus du monde, avant un "bon" repas et avant de nous glisser dans nos duvets, tout habillés, car il risque de ne pas faire chaud cette nuit ! Il est 18h30, réveil à 1h30, départ prévu à 2h30...

Le réveil sonne en pleine nuit, c' est l'heure ! On enfile chaussures et coupe-vent, on petit-déjeune sous la tente, puis on attend que le groupe soit prêt, en silence, chacun dans nos pensées... 3h00, c' est parti. Une file indienne se met alors en marche à la lumière des lampes frontales, remontant le couloir menant au glacier. Là, nous chaussons les crampons, sortons les piolets et nous nous encordons (notez que nous trimballons ce matériel depuis Santiago/Mendoza, ça fait plaisir de nous en servir enfin !) ; c'est alors que François, bout en train sans pareil, lance : " Le plus beau aujourd'hui, c'est que nous sommes accompagnés par Herzog et Lachenal !" car, sans baudrier, c'est "à l'ancienne" que nous sommes encordés ! Ensuite, nous remontons une arrête puis un couloir, où une corde fixe a été installée par les guides. Passages quelque peu techniques, cette "main-courante" nous facilite la tâche ; seul "hic", nous progressons lentement les uns derrière les autres et nous commençons à avoir froid... A la fin de la corde fixe, chaque cordée peut partir à son rythme. Il est 5h30, nous sommes à 6018m ! La cordée "Herzog-Lachenal", alias "Si On Jouait", s'élance alors à l'assaut des 524 m qui la séparent du sommet. Après un passage de pénitents (excroissance de glace formée par plusieurs lames verticales) pas facile mais qui nous réchauffe, nous parvenons sur une neige bien dure. Le soleil se lève peu à peu, le cône du Sajama se projette en ombre sur le Parinacota, magique... Notre cordée progresse bien et, après quelques pauses pour souffler, nous atteignons la cumbre, le sommet, vers 7h30 (notre acclimatation est parfaite, on a mis 4h30 au lieu de 7h00 et nous ne souffrons pas du moindre mal de tête au sommet), vaste étendue balayée par un léger vent. 6542m, ON Y EST, ON L'A FAIT ! On n'y croit pas, c'est fou d'être là, sur le toit de la Bolivie...

On grignote, on boit un peu, on profite du moment puis, la ligne d'arrivée de la course se trouvant en bas, nous entâmons la descente. Nous croisons les cordées de nos amis qui arrivent à leur tour, nous étions les premiers en haut avec deux autres du groupe. Le passage de pénitents est plus délicat qu'à la montée, d'autant plus que la fatigue commence à se faire sentir, mais nous nous en sortons bien.

La corde fixe, et nous voici de retour à la tente. On plit le camp, quelques sucreries, un Mantecol et ça repart ! Nous rallions le camp de base puis la piste en quelques heures, seuls les derniers kilomètres jusque Sajama nous paraissent interminables... Nous en terminons enfin, après 5h30 de descente depuis le sommet, épuisés. Mais cette fois, nous pouvons savourer pleinement notre ascension, heureux... Nos amis français rentrent bien après nous, au compte-goutte, chacun à son rythme. En les attendant, nous prenons un apéro-crêpes avec les premiers, crêpes préparées par deux du groupe redescendues après le camp de base ; que rico ! Puis, nous allons dîner dans un petit resto avant d'aller nous coucher. Il est 21h00, nous nous endormons comme des bébés, la tête dans les étoiles...

Mardi 21, après un sommeil profond de près de 12h00 sans interruption (ça faisait longtemps !), nous nous levons pour un petit-déjeuner de luxe avec nos amis français ; il y a tout ce que l'on veut sur la table, ou presque : céréales, sopaipillas et crêpes chaudes, un régal... Nous en profitoms pour remercier tout le monde de nous avoir reçu avec tant de spontanéité, de sympathie et de générosité au sein du groupe ces derniers jours. Rassasiés, nous partons pour un autre plaisir de la journée : les thermes. Des thermes naturels en plein air, dont l'eau frise les 40 °C, avec le Sajama d'un côté, le Parinacota et le Pomerape de l'autre... Du grand, grand bonheur un lendemain d'ascension... Ensuite, nous déjeunons une dernière fois avec nos amis qui repartent vers Arica dans l'après-midi, MERCI ENCORE A TOUS, nous avons vraiment passé d'agréables moments en votre compagnie... La journée se termine entre rangement et détente, demain on file au Chili !

Par Gaël. Partie II :

Avant de nous diriger vers La Paz, nous faisons un détour de quelques jours au Chili, afin de profiter des paysages magnifiques du Parc National Lauca, de sa faune, nombreuse et variée, et afin de gravir le Volcan Parinacota culminant à 6342m.

Nous quittons Sajama mercredi matin, de beaux souvenirs de ce petit paradis plein la tête. Nous laissons le Nevado Sajama derrière nous et gravissons les pentes du col frontalier entre Bolivie et Chili, à 4687m d'altitude tout de même ! Là-haut, la vue est magnifique sur le Parinacota et le Guallatire, volcan actif, qui crache quelques fumerolles. Au Chili, c'est d'abord le vent qui nous acceuille, de face bien entendu ! Mais les superbes paysages du Lago Chungara nous font oublier les difficultés. Nous roulons ce jour là jusqu'au minuscule village de Parinacota ("là où vivent les flamants roses" en Aymara), situé au coeur du PN Lauca, dans un site grandiose. Nous plantons les tentes à côté du refuge des guardaparques, au bord d'une petite lagune où batifolent canards, foulques géantes et autres oiseaux aquatiques. Nous passons la soirée en compagnie du garde du parc, qui nous invite à dîner au chaud dans la cuisine du refuge, et qui nous raconte mille et une aventures : les traques aux chasseurs clandestins de vigognes, un -38°C sur les pentes du Parinacota, ses rencontres avec les pumas (nombreux dans le parc), etc.

Jeudi sera une journée tranquille de promenade autour du village, à la découverte de la faune, de la flore et des paysages du PN. La caractéristique de la région est la présence de bodefales (zones marécageuses parsemées de touffes de végétation) et d'une multitude de petites lagunes, le tout dans un relief volcanique et sous la domination des Payachatas ("les deux garçons" en Aymara), les Volcans Pomerape et Parinacota. L'ensemble est le paradis des lamas, alpagas, vigognes, viscachas, mouettes des Andes, foulques géantes, ouettes des Andes, Ibis de Ridgway, flamants du Chili, ainsi que de divers canards et sarcelles... Nous ne nous lassons pas d'admirer batifoler toute cette faune dans ces paysages hors du commun (voir nos photos, nous avons joué aux photographes animaliers...).

Vendredi, nous reprenons nos vélos et roulons jusqu'au refuge de la CONAF du Lago Chungara. Nous y laissons nos montures et nous nous élançons sur les pentes du Volcan Parinacota, cône parfait rappellant le Villarica. L'approche est assz longue, mais superbe, entre lagunes et coulées de lave. Nous grimpons jusqu'au pied du glacier, à 5450m, où nous plantons la tente sur une petite terrasse avec vue panoramique. Sur ce petit nid d'aigle (ou plutôt de condor), le vent souffle fort et notre tente est ballotée en tous sens...

Nous nous réveillons à 5h00 le jour suivant et partons vers 5h45, dans le froid glacial de cette nuit andine. Cette fois, nous sommes seuls sur la montagne et c'est aussi bien ainsi. Quelques minutes de marche sur le pierrier nous mènent au pied du glacier. Crampons, piolets, corde, nous voilà équipés. Les premières lueurs du jour nous permettent de distinguer le champ de pénitents que nous allons devoir traverser... Plus grands, mais sur une distance moindre que sur le Sajama, ces derniers sont franchis rapidement. Nous progressons maintenant sur une belle pente de neige uniforme à 35-40°. La neige gelée crisse sous les crampons ; le vent redouble, nous fouette le visage et nous transperce jusqu'aux os. Derrière nous, l'Altiplano s'éclaire et l'ombre projetée des Payachatas s'étire sur les Lagunas Cotacotani. Je suis gelé... Le sommet se rapproche. Soudain, le soleil m'éblouit. Le Dieu Inti des Incas vient nous réchauffer alors que nous ne sommes plus qu'à quelques mètres du cratère. Fantastique ! Ce dernier s'ouvre à nos pieds. Face à nous pointe le sommet du Sajama tandis que sur notre gauche, le Pomerape rivalise de hauteur et de splendeur avec son grand frère. De l'autre côté, le Guallatire fume et derrière nous une myriade de lacs et de lagunes étincelle sur l'Altiplano chilien. Nous longeons la crête jusqu'au sommet principal du volcan, côté nord. Nous nous abritons du vent et dégustons un Mantecol devant ce paysage à couper le souffle. La redescente est rapide jusqu'aux pénitents, toujours plus pénibles à la descente qu'à la montée. Enjamber chaque lame de glace, rechercher le meilleur itinéraire dans ce labyrinthe de pics acérés, éviter de se cogner les genoux... Nous arrivons au camp vers 11h, plions la tente, mangeons un morceau et poursuivons notre longue, longue descente jusqu'au refuge du Lago Chungara où nous camperons ce soir. La vue y est imprenable sur le Parinacota et le Sajama et à l'heure où le soleil disparaît du côté de l'Océan Pacifique, le spectacle est féérique. Un dernier coup d'oeil au Parinacota qui s'éteint et nous nous faufilons dans nos duvets, épuisés par la magnifique étape du jour.

Dimanche, nous nous autorisons une petite "grasse mat'" et prenons notre temps au petit déj', profitant une dernière fois du panorama exceptionnel que nous avons face à nous, et levons le camp à 10h15. Nous quittons alors le Chili que nous ne reverrons plus durant ce voyage - Adios Chile ! - et nous déboullons en Bolivie à plus de 100 km/h, dévalant les pentes du col frontalier à toute allure, poussés par un fort vent favorable ! Nous passons une ultime fois au pied du Nevado Sajama et filons sur l'Altiplano (pas si plat que ça par ici...), direction La Paz. Le soleil brille, il fait chaud, que bueno !

L'étape du lendemain est peu intéressante, sur l'Altiplano désertique et dans le vent, alors que les volcans de la Cordillère Occidentale encapuchonnés de nuages s'éloignent derrière nous. Une fois de plus, on aura été en harmonie avec la Nature ! Quelques points d'intérêt tout de même : une belle descente dans un canyon sculpté et d'étranges alignements de Chullpas, tours funéraires précolombiennes. Dans certaines d'entres elles, des momies sont toujours présentes, mais la majorité ont malheureusement été pillées.

En fin d'étape nous nous arrêtons dans un petit hameau, sur la gauche de la route et nous nous dirigeons vers le grand bâtiment blanc : l'école. Là, à peine arrivés, nous sommes acceuillis par "El Presidente", le chef du village, vêtu d'un magnifique poncho rose et coiffé d'un chullo typique. Il a les yeux injectés de sang... il n'est pas bien frais... Il nous invite à pénétrer dans la cours de l'école et nous explique qu'aujourd'hui est un jour spécial : les habitants du village se sont réunis pour poser la première pierre d'une école d'artisanat qu'ils souhaitent construire afin que les enfants réapprennent les techniques traditionnelles de tissage de cette communauté aymara, qui sont en perdition. Habituellement, un tel évènement est l'occasion d'une "cérémonie" particulière. En effet, pour s'attirer les faveurs de la Pachamama, il est commun d'enterrer, sous la première pierre d'une nouvelle construction, un foetus de lama, en guise de "cha lla" (offrande). C'est certainement ce qui s'est passé cette après-midi. Nous sommes invités à prendre place dans le cercle formé par les habitants du village (une quinzaine), assis par terre autour d'un "aguaya" (carré de tissu qui sert de sac) étendu sur le sol et recouvert d'une montagne de pommes de terre et de chuño (pommes de terre déshydratées), que chacun s'affaire à mastiquer. Nous faisons de même et on nous offre même une sopita de pollo tandis qu'une fiolle d'alcool à 96 ° (heureusement dillué !), fait le tour du cercle... Tous semblent en avoir bien abusé et comme la plupart ne parlent qu'aymara, la communication est difficile... La fin de la journée approche et chacun rentre chez soi après que les enfants de l'école aient chanté l'hymne à la bandera et descendu le drapeau bolivien (rituel quotidien). Nous demandons l'hospitalité pour la nuit et, après assentiment des instits et d'"El Presidente", nous nous installons dans la cuisine de l'école (le lieu le plus "calientito"), où nous serons dérangés une bonne partie de la nuit par des souris qui grattent dans nos affaires à la recherche de quelques nourriture...

Mardi, nous quittons ce sympathique village Aymarà de bonne heure, afin d'éviter les forts vents de l'après-midi. La route n'est pas passionnante et la circulation s'intensifie à mesure que l'on se rapproche de La Paz. C'est le lendemain que nous y parvenons. Nous abordons la capitale la plus haute du monde par les quartiers populaires de El Alto. Dans une circulation folle où les feux rouges semblent n'être là que pour décorer les carrefours, nous nous frayons un passage parmi les "trufis", des minibus surchargés dont les "crieurs" hurlent avec un débit hallucinant la destination du bolide, dans un capharnaum indescriptible. Quelques flics agités essayent en vain de régler la circulation, mais leurs gesticulations ne semblent émouvoir personne... Nous disparaissons dans un nuage noir craché par un bus brinquebalant et, soudain, sur notre droite, se dévoile la ville de La Paz, nichée dans son immense canyon. L'agglomération se déploie à nos pieds tandis que les sommets de l'Illimani et du Huayna Potosi encadrent magnifiquement l'endroit. La ville s'étire sur les pentes du canyon. Les édifices de brique rouge semblent en équilibre précaire dans ces pentes abruptes, donnant à l'ensemble une impression étrange. Nous dévalons les rues défoncées menant dans le centre ville, enserré, étriqué. L'espace semble manquer, la ville grouille, les rues sont accaparées par les étals des vendeurs, les piétons se bousculent, les trufis et autres minibus tentent de se frayer un chamin dans ce tumulte assourdissant, faisant ronfler leurs moteurs dans les ruelles escarpées. La Paz ne semble être qu'un immense marché à ciel ouvert où chacun à quelque chose à vendre. Nous sommes déboussolés face à tant de mouvement, d'activité, de bruit, d'agitation, de vitesse, de désordre. Le contraste entre notre soirée dans le petit village Aymarà d'avant hier et cette ville trépidente est peut-être trop brusque...

Nous sommes accueillischez Marisita, de Hospitality Club, et logons dans une étrange salle de musculation à l'abandon, sous le regard vigilent de Monsieur Muscle ! Nous allons rester quelques jours dans cette folle capitale avant d'aller explorer de plus près la Cordillère Royale, puis de descendre prendre un bain de chaleur dans les Yungas et jusqu'en dans la jungle amazonienne...

Sucre - Oruro, du 07 au 13 août 2007 : Montagnes russes boliviennes...

Publié le lundi 13 août 2007

Par Gaël.

07/08 : Sucre.
08/08 : Sucre - Bivouac avant Ravelo : 55 km.
09/08 : Bivouac avant Ravelo - Bivouac avant Ocuri : 54 km.
10/08 : Bivouac avant Ocuri - Pocoata : 73 km.
11/08 : Pocoata - Uncia : 66 km.
12/08 : Uncia - Bivouac après Huanuni : 68 km.
13/08 : Bivouac après Huanuni - Oruro : 40 km.

Après une semaine passée à Sucre et dans ses environs, nous reprenons la route (et quelle route !), en direction d'Oruro. Ce ne fut pas de tout repos, mais tellement beau, dans une Bolivie traditionnelle. 10 cols au programme (6 à plus de 3000 m d'altitude et 4 à plus de 4000m), soit plus de 6000 m de dénivelée positive en 356 km ; nos jambes ont souffert... et nos bicis aussi : 2 crevaisons (une chacun), un câble de dérailleur cassé (Yves) et une petite chute (Gaël) sont à déplorer...

Nous quittons Sucre mercredi matin, et disons au revoir à nos amis Céline et François qui partent dans une autre direction, vers Santa Cruz. Qu'à cela n'tienne, RDV pour Noël ! Nous lançons un dernier regard à "la ville blanche", qui souhaite redevenir capitale du pays et qui l'a montré fermement lors des défilés de la fête nationale, et nous entâmons l'ascension d'un premier col, pour se mettre dans le bain...

Tous les jours, nous gravissons des pentes impressionnantes, puis dévalons sur l'autre versant de la montagne. Les pistes que nous empruntons sont souvent vertigineuses, avec des à-pics impressionnants. Taillées à flanc de montagne, elles suivent parfois des parcours périlleux... Nous traversons des paysages de montagnes arides et pourtant très peuplés. Derrière chaque côte se cache un petit village, au bord de chaque cours d'eau se niche une famille dans une maison d'adobe ou de pierre. Les gens d'ici sont, pour la plupart, vêtus de magnifiques costumes traditionnels souvent colorés. Les femmes portent toutes des chapeaux et souvent des habits confectionnés par leurs soins. Nous voyons aussi beaucoup d'enfants qui mènent paître lamas, moutons et chèvres, on marche beaucoup dans ces contrées... Le temps est idéal pour pédaler et nous profitons de nos 6 à 7 h quotidiennes et du soleil pour retrouver notre bon vieux bronzage de cyclo.

Nous arrivons finalement à Oruro lundi midi. Nous voilà de retour sur l'Altiplano, sur lequel nous allons rester quelques temps, car après une petite journée de repos, nous nous dirigerons vers le Parc National Sajama où nous tenterons l'ascension de deux volcans majestueux : le Parinacota, puis le Nevado Sajama, point culminant du pays... Prochaines nouvelles à La Paz, dans trois semaines environ.