Argentine - Si On Jouait...

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Humahuaca - San Pedro de Atacama (Chili), du 05 au 23 juin 2007 : Entre Puna, salars et déserts...

Publié le lundi 25 juin 2007

MERCI A TOUTES NOS CLASSES PARTENAIRES DE NOUS AVOIR SUIVI CETTE ANNEE, BONNES VACANCES ET RDV AU MOIS DE SEPTEMBRE POUR LA SUITE DES AVENTURES DE SI ON JOUAIT !!!

Par Yves et Gaël.

Du 05 au 08/06 : Humahuaca.
09/06 : Aller à Iruya en bus puis randonnée jusque San Isidro.
10/06 : Retour à Iruya à pied, à Humahuaca en bus.
11/06 : Humahuaca - Bivouac avant Pampa Azul : 38,50 km.
12/06 : Bivouac avant Pampa Azul - Abra Pampa : 54,50 km.
13/06 : Abra Pampa - La Quiaca/Villazón (Bolivie) - Abra Pampa en bus.
14/06 : Abra Pampa - Rachaite : 59 km.
15/06 : Rachaite - Corenzuli : 37,50 km.
16/06 : Corenzuli - Bivouac "Paso del Puente" : 39 km.
17/06 : Bivouac "Paso del Puente" - Susques : 35,50 km.
18/06 : Susques - Bivouac Salar d' Olaroz : 53 km.
19/06 : Bivouac Salar d' Olaroz - Bivouac 23,50 km avant Jama : 46 km.
20/06 : Bivouac 23,50 km avant Jama - Jama : 23,50 km.
21/06 : Jama - Salar d' Aguas Calientes : 52 km.
22/06 : Salar d' Aguas Calientes - 11 km après puis stop jusque San Pedro de Atacama (Yves) ;
22/06 : Salar d' Aguas Calientes - Bivouac "Observatoire" : 50 km (Gaël).
23/06 : Bivouac "Observatoire" - San Pedro de Atacama : 65 km + ascension du volcan Chascon (5548m).

Ces trois dernières semaines nous ont mené de la large et fertile vallée d' Humahuaca, au petit village de San Pedro d' Atacama, au Chili, oasis du Désert Atacameño. nous avons donc quitté pour de bon cette chère Argentine, en passant par la Puna, de nombreux déserts, de sel et/ou de sable, et par 8 cols à plus de 4000 m d' altitude...

Arrivés à Humahuaca le 04 juin, nous attendons nos amis Céline et François ainsi que Vanessa et Jaime, qui se sont rencontrés à Salta et qui font route ensemble. Nous en profitons pour nous reposer, mettre le site à jour et nous promener dans les rues de ce charmant village, où la proximité de la Bolivie est prégnante. Jeudi 07, alors que nous nous apprêtons à déjeuner, nos amis arrivent ! Qu' il est bon de se retrouver après s'être quittés il y a près de 5 mois ! Aussitôt, l'asado des retrouvailles se prépare, en toute simplicité...

Samedi matin, sacs au dos, nous prenons un bus pour le petit village d'Iruya, perdu au fond d' une vallée, à quelques 75 km au nord-est d' Humahuaca. La piste qui nous y mène est magnifique, passant un col à près de 4000 m et redescendant en lacets, vertigineuse ! Là, nous déjeunons dans un petit restaurant où les pommes de terre sont pleines de vers, mais "Vienen siempre asi ", c' est normal ça vient avec !

Ensuite, nous partons pour San Isidro, autre petit village du coin, sous un soleil de plomb. Nous remontons une vallée minérale colorée, durant près de deux heures, jusqu'à arriver "à bon port". Ce soir là, nous dormons à la belle étoile, en rang d'oignons sur le terrain de foot du village... Le lendemain, nous rentrons à Humahuaca et fêtons mon anniversaire autour d' un asado gigante (6 kg de viande pour 6 !), normal...

Lundi 11 juin, nous reprenons la route après une semaine d'arrêt, en direction d' Abra Pampa au nord. Nous y parvenons en deux jours et profitons de l'hospitalité du Padre Jesus, qui nous ouvre une salle de la paroisse. Le lendemain, nous montons à la frontière argentino-bolivienne en bus, afin de retirer des bolivianos. De La Quiaca en Argentine, nous nous rendons à Villazón en Bolivie où nous passons quelques heures. le changement de pays est radical, ça y est, on y est... même si ce n'est pas pour longtemps ! De retour à Abra Pampa, deux cyclistes irlandais nous rejoignent dans notre "gîte", une belle tablée en perspective...

Le 14 juin, après plusieurs jours sur l'asphalte, nous retrouvons la piste et reprenons la direction de Susques. Van et Jaime nous quittent alors pour quelques temps, prenant une route différente de la notre. En compagnie de Vélharmonie, nous remontons une jolie vallée de la Puna, où vaches, chevaux, lamas et vigognes paissent paisiblement... En fin d' après-midi, nous arrivons à Rachaite où nous demandons l'hospitalité à l'école. La directrice n' est autre que la nièce de la directrice de l'école de San Juan de Quillaques, nous sommes acceuillis comme des rois : une salle pour dormir, le goûter et le repas du soir offerts, un asadito en l'honneur de la fête des pères ! Nous jouons au football avec les enfants jusqu'à la nuit.

Le lendemain, après le petit-déjener, nous nous attaquons à un premier col sur la route de Corenzuli, montanr en lacets à 4255 m. Après le pique-nique, nous redescendons dans une vallée aux formations rocheuses incroyables avant de passer un second col à 4309 m. De l'autre côté, une bonne surprise nous attend : des eaux thermales chaudes gratuites où nous nous prélassons avant un bon maté... Le soir, nous atteignons Corenzuli où la municipalité nous offre l'hospitalité. Le 16, nous partons de bon matin en direction de Susques. Un nouveau col remontant une quebrada magnifique nous attend. Les parois rocheuses nous entourant sont le paradis des vizcachas, sorte de marmotte aux oreilles de lapin et à la queue d' écureuil. De vraies acrobates, sautant de rocher en rocher ! Après le sommet du col, à 4360 m, nous redescendons sur un altiplano désertique d'où nous apercevons le Salar d' Olaroz au loin. Mais il nous faut traverser de nouveau la chaîne de montagnes que nous venons de franchir afin de rallier Susques. Les paysages sont de toute beauté, une quebrada encaissée, puis un altiplano désert et un nouveau col au milieu duquel nous bivouaquons, dans le lit d' une rivière asséchée !

Le lendemain, nous franchissons ce col à 4486 m avant de redescendre sur la vallée de San Juan à Susques. La descente est mauvaise, du vrai VTT, heureusement qu' on n'est pas monté par là ! A Susques, nous retrouvons Van et Jaime qui arrivent également. Après un bon repas, nous buvons le maté tout l'après-midi et finissons dans une salle de l'école, devant un nouveau repas de fête...

Lundi 18, nous quittons Susques en compagnie de Céline et François, direction le Chili, via le Paso Jama. 288 km nous attendent avant de rejoindre San Pedro de Atacama, de l'autre côté de la Cordillère, via 4 cols à plus de 4000 m! Tout commence par l'ascension de l'Abra del Taire, premier col, à 4130m. La montée se déroule sans problème, dans de beaux paysages. Au sommet, le vent se met à souffler violemment. Nous descendons vers le Salar d' Olaroz, magnifique étendue immaculée. Nous nous relayons à 4, face au vent, et nous nous terrons dans un trou pour bivouaquer à l'abri. Le lendemain, nous grimpons sur un haut plateau, à plus de 4100 m, où là encore le vent souffle très fort. Nous nous arrêtons à l'abri d' un talus en fin d'après-midi.

Mercredi, il nous reste 23,50 km à parcourir pour atteindre le poste frontière de Jama. Nous mettrons 2h20 à les boucler, dans un vent qui souffle de plus en plus fort. Nous arrivons à Jama à midi et nous y profitons d' un bon repos bien mérité le temps d' une demie-journée.

Jeudi matin, au lever du jour, le vent balaye déjà violemment les étendues désolées de l'altiplano. Céline et François décident de faire du stop pour rejoindre San Pedro ; nous, nous continuons à vélo. Nous franchissons le Paso de Jama et quittons ainsi définitivement l'Argentine. Adieu asados, facturas, dulce de leche, maté et autres douceurs du palais... Nous débouchons sur un haut plateau au bout duquel pointent des volcans aux cônes parfaits. Nous luttons face aux vents et bivouaquons près du Salar d' Aguas Calientes. Le coucher de soleil nous offre des couleurs magnifiques dans le ciel chilien.

Alors que les jours précédents le vent cessait de souffler durant la nuit, cette fois, il n' a pas arrêté un instant. Nos tentes vacillent mais tiennent bon. Au matin, il est dur de trouver le courage de sortir du duvet bien chaud pour affronter cet élément invisible. Le ciel est bien couvert et nous commençons l'ascension d' un premier col à 4675 m. Au bout d'une heure de route, Yves craque et choisi de faire du stop jusque San Pedro. Il y retrouvera Céline, François mais aussi Vanessa et Jaime ainsi que Grégory, cyclo belge croisé à Humahuaca et à Jama.

Je me retrouve donc seul face au vent, à la pente et à l'immensité de la Cordillère. Je franchis le Portezuelo Paranal, à 4675 m et redescend vers un nouveau salar, au pied de l'impressionnant volcan de Aguas Calientes. La température baisse d'heure en heure : -1, -2 puis -3°C. Quelques flocons de neige ajoutent de la difficulté à mon avancée, me fouettant le visage. Les lignes droites sont interminables. J'avance entre 4 km/h quand ça monte, et 9 km/h quand c'est plat ! Je m'arrête pour bivouaquer à 4500 m d'altitude, au pied du Cerro Chascon, avec une petite idée derrière la tête. Le soir, j'ai tout juste le temps de me cuisiner de la polenta et de me réfugier dans ma tente avant que la neige ne se mette à tomber fortement... Samedi, je me lève peu avant le soleil. Il fait très roid, le ciel et voilé et surtout, il y a de la neige tout autour de ma tente. Mais cela ne me refroidi pas. Je prends mon sac à dos et pars en direction du volcan Chascon, bien décidé à en atteindre le sommet. L'ascension n'est pas évidente, dans des pierriers instables. Je franchis pour la première fois la barre des 5000 m et l'altitude m'oblige à une progression très lente. J'atteinds le sommet du Cerro Chascon après 3h30 d' efforts, à 5548 m !

La vue y est époustouflante sur les sommets environnants de la Cordillère, dont le cône parfait du Licancabur et les Lagunas Blanca y Verde à ses pieds. Redescente rapide dans les pierriers. Je retrouve mon vélo et boucle les 65 km restant avant San Pedro, toujours face au vent... Le contraste entre San Pedro et l'altiplano est saisissant. Ici, à 2440 m, il fait beaucoup plus chaud et surtout, je me retrouve au milieu de hordes de touristes... Je retrouve toute la bande au camping. Ce soir, nous nous offrons un petit resto pour nous récompenser de nos efforts...

Susques - San Juan de Quillaques - Humahuaca, du 29 mai au 4 juin 2007 : A l' école d'un bout du monde...

Publié le mardi 5 juin 2007

Avant d' entrer dans le vif de cet article, NOUS TENONS A REMERCIER DU FOND DU COEUR LES ELEVES DES ECOLES D'ACY, DE THURET, DE CHAUDUN ET DE RESSONS-LE-LONG, qui nous ont écrit et fait parvenir des cadeaux (règles de jeux, tee-shirt, courriers, dessins et chanson) par les parents de Gaël ; preuve de l'implication et de la mise en oeuvre effective de notre projet en France, MERCI A EUX !!!

Par Yves.

29/05 : Susques - San Juan de Quillaques : 38 km.
30,31/05 : Escuela de S.J. de Quillaques.
1er/06 : SJDQ - Susques : 38 km.
02/06 : Susques - Salinas Grandes : 72 km.
03/06 : Salinas Grandes - Purmamarca : 68 km.
04/06 : Purmamarca - Humahuaca : 73 km.

Mardi 29, nous parcourons les 40 km nous séparant de San Juan de Quillaques, dans le vent et le froid, passant à plus de 4100 m d' altitude.

Nous arrivons donc dans ce petit village qui n' est sur aucune carte, perdu au fond d' une vallée à plus de 3900 m tout de même, en plein coeur de la Puna jujuyense (de la province de Jujuy), balayé par les vents... Ce dernier, formé de quelques maisons seulement, d' une église, d' une école et d'un terrain de football, compte près de 200 habitants ; 13 ou 14 familles qui, pour la plupart, vivent à Susques la semaine. De ce fait, le pueblito semble quasi-abandonné... Ici, les maisons sont en adobe (briques de terre et de paille séchées) et leurs toits en chaume ; quelques-unes cependant sont de pierres ou de béton, aux toits de tôle. C' est le cas de l'église et de l'école par exemple. Pas de rio à proximité, pas d'électricité, l'eau vient de puits, le peu d'électricité de panneaux solaires disposés un peu partout dans les rues...

Nous sommes acceuillis par la Señora VIVEROS, une des trois instituteurs de l'école, créée il y a 46 ans ; avant, les enfants devaient aller à l'école de Susques, à près de 40 km au sud-ouest de là, soit près de 6h30 de marche par le chemin le plus court, la piste n'étant carrossable "à temps plein" que depuis quelques années ! Aussi est-il probable que la plupart d' entre-eux n'étaient pas scolarisés... Aujourd'hui, tous le sont, 19 enfants au total, 16 garcons pour seulement 3 filles, de 6 à 13 ans ; 5 sont internes à la semaine. Ces 19 élèves sont répartis en deux classes, la première regroupant les 3 premiers "grados" (correspondants aux maternelles eu au cours préparatoire), la seconde les 4 derniers (cours élémentaires et moyens).

La Señora VIVEROS (vient de Humahuaca, 250 km) a la charge des plus petits (10) ; la Señora Elisa ARROYO (vient de San Salvador de Jujuy, 235 km), directrice de l' école depuis 21 ans, des plus grands (9). Pendant les 12 premières années, cette dernière venait de Jujuy à Susques en bus, puis marchait 6h30, le dimanche soir et le vendredi après-midi, pour se rendre ou rentrer de l'école... Un troisième instituteur, le Señor Roque BUSTO, a la charge des cours d' EPS, de musique et de dessin. Travaillent également à l' école une documentaliste à temps partiel, deux cuisinières et deux hommes d' entretien.

Les salles de classe sont petites, ne sont pas chauffées et n' ont pas l'électricité. Les chambres des "hébergés" ne sont pas non plus chauffées et l'isolation laisse plus qu' à désirer, d'où les 5 ou 6 couvertures par lit ! (Il faisait 1 degré, pas plus dans la pièce où on a dormi la première nuit, et il ne devait pas faire plus chaud dans le dortoir des garcons). Les douches sont chauffées grâce à un poêle à bois extérieur qu'alimentent les internes chacun leur tour à l'heure du bain, le mercredi soir. En outre, l'école possède un chauffe-eau et une cuisinière solaires, suppléant la cuisinière à bois et la gazinière de cantine. L'école dispose également du téléphone.

L' année scolaire s' étend de début septembre à mi-juin, quâsiment comme en France, mais différemment du reste du pays, conséquence de l'hiver rigoureux (de mi-juin à mi-septembre ici). Les congés scolaires sont de deux semaines pour les fêtes de fin d' années, de deux mois l'hiver et de quelques jours par-ci par-là. Les enfants ne passant pas directement au grado supérieur ont deux semaines de "compensation" fin août, leur offrant une seconde chance. A la fin du cycle primaire, certains iront au collegio de Susques, les autres aideront leurs parents à l'élevage, principale activité ici... L'emploi du temps des enfants, rythmé par la cloche qu'ils vont sonner à tour de rôle, est le suivant :

8h30 : Réveil des internes. 8h45 : Tous les enfants doivent être là, portant leur blouse blanche. 9h00 : Lever de la bandera, drapeau argentin, par deux élèves pendant que leurs camarades, en colonnes par cycle, chantent "l'hymne au drapeau". Ce rituel, à l'entrée et à la sortie de l'école, est effectué de manière très cérémonieuse et disciplinée. Rituel patriotique, il a quelque chose qui nous échappe... 9h05 : Petit déjeuner et début des cours. 10h15 - 10h30 : Première récréation. 11h15 : Collation du matin. 12h00 : Récréation des petits. 13h00 : Déjeuner pour tous les enfants. 14h00 : Reprise des cours. 15h30 : Récréation. 17h00 : Goûter, fin des cours. 17h30 - 17h45 : Descente de la bandera, départ des enfants, douche pour les internes. 20h00 : Dîner. 20h30 : "Extinction des feux ".

Les enfants ont cours de castellano (espagnol), de mathématiques, d' histoire, de biologie, d' EPS, de musique, de dessin, d' anglais (une fois de temps en temps), plus des heures de soutien et de "récupération". Ces enfants ressemblent à ceux de l' école d'El Rodéo rencontrés quelques jours plus tôt. Ils forment un groupe, unis, ou petits et grands se cotoient sans aucun problème, ou chacun a sa place. Ils participent des tâches quotidiennes, aider au ménage, à la cuisine, à mettre le couvert, etc.

Ils jouent encore à des jeux, certains jouent de la zampoñia (flûte de pan traditionnelle), chantent et dansent de la musique traditionnelle de leur région (à écouter, bientôt, le "Bailecito de San Juan"). Fils et filles d' éleveurs, de brebis, de chèvres et de lamas majoritairement, tous cotoient ces bêtes, les mènent en pâture le week-end et pendant les vacances, connaissent les secrets de la fabrication du fromage et du travail de la laine. En classe, ils travaillent cette dernière, du pelage de la peau au tricotage de "tejidos" (béret, bonnet, châle, écharpe, gants, chaussettes). Passer du temps avec ces enfants, quasi-autonomes et avec lesquels il n' est jamais besoin de "faire la police", fut un vrai régal.

L' après-midi de notre arrivée, nous assistons à la répétition du "Carnavalito" du premier cycle, danse de carnaval. Le lendemain, nous suivons les cours du second cycle et participons à la séance d' EPS orientée sur les jeux traditionnels (voir forum) ;cette séance se termine par une partie de football où il nous est difficile d' enchaîner les sprints à cause de l'altitude ! Jeudi, nous intervenons avec les grands, lesquels nous posent des questions dignes de celles posées lors de notre "tournée des écoles pré-départ" : "Il y a des policiers en France ?" Sans commentaire... Le soir, plusieurs élèves sont malades à cause du froid et rentrent chez eux. Vendredi, avant de dire au-revoir aux enfants et de retourner à Susques, nous dégustons un asado de cordero (agneau), tué la veille ! Après le repas, les enfants rentrent chez eux, nous saluons nos hôtes et rentrons à Susques.

Samedi 02 juin, nous reprenons la route en direction de Purmamarca. Une chaîne de montagnes à traverser et nous dévalons la Quebrada du Mal Paso qui nous mène sur un altiplano en contrebas. Ligne droite, vent dans le dos, c' est le désert... Nous abordons les Salinas Grandes au bord desquelles nous bivouaquons, dans une roulotte d' ouvrier !

Dimanche, nous quittons le salar et attaquons l' Abra del Potrerillo qui culmine à 4170 m d' altitude. De l' autre côté, nous dévalons la vertigineuse Cuesta de Lipan, 36 km de lacets, jusque Purmamarca et la Valle de los 7 colores. C' est magnifique.

Lundi 04 juin, après être montés jusqu'au mirador du Mont des 7 couleurs, nous rattrapons la Vallée d' Humahuaca, que nous remontons jusqu'à la ville éponyme, repassant au-dessus du Tropique du Capricorne, sous un franc soleil d' automne...

A San Juan de Quillaques, nous avons fait le portrait des 5 enfants hébergés :
Ces cinq enfants dorment à l'école toute la semaine et ne rentrent chez eux que le week-end, bien qu'ils vivent au village de San Juan de Quillaques (mais leurs parents sont souvent partis à Susques ou ailleurs). Ils font preuve d'une autonomie impressionnante. Chez eux, il n'y a pas, ou très peu (grâce aux panneaux solaires), d'électricité. Ils n'ont donc ni télévision, ni radio, ni quelconque objet électronique...

Arnaldo :
Arnaldo a 13 ans et est au septième et dernier "grado" de l'école primaire. L'an prochain, il aura la chance de poursuivre sa scolarité à Susques (ce n'est pas le cas de tous, certains arrêtent leur scolarité à 13 ans et vont s'occuper des chèvres, lamas et moutons et aider leurs parents à la maison).
Il est l'aîné d'une famille de 6 enfants, dont deux autres sont scolarisés : Vanessa et Ronaldo (voir son portrait). Les 3 autres sont plus petits. Il avait aussi un autre petit frère, mais qui est décédé.
Son père travaille comme chef de foyer tandis que sa mère reste à la maison et s'occupe des enfants et de la cuisine. Chez lui, il y a beaucoup d'animaux : des chèvres (150), des lamas (100), des moutons, des ânes, des vaches et des poules !
Son plat préféré est la milanesa con arroz y mayonesa (steack pané avec du riz et de la mayonnaise), et sa boisson préférée, c'est le soda. Son genre de musique préféré, c'est la cumbia. Il joue cependant de la zampoña (flûte de pan traditionnelle des hauts plateaux andins). Sa matière favorite à l'école est l'éducation physique et son jeu favori est le football.
Pendant les vacances, il va mener paître les chèvres de la famille.


Arnaldo (à gauche) et Ronaldo

Ronaldo : Ronaldo est le frère d'Arnaldo. Il a 9 ans et est surnommé "El Negro" (Le Noir). Son jeu favori est le football et il rêve d'ailleurs de devenir footballeur professionnel dans le club de La Boca, à Buenos Aires ! Son plat préféré est la pizza au fromage, arrosée de soda ! Pour ce qui est de la musique, comme son frère, il aime la cumbia. Ses matières préférées à l'école sont les mathématiques et les sciences sociales.
Pendant les vacances, comme son frère, il s'occupe des chèvres.

Adrian : Comme Arnaldo, Adrian est au septième "grado" de l'école primaire". L'an prochain, il poursuivra aussi sa scolarité à Susques. Il a 13 ans et est l'aîné d'une famille de 4 enfants : Aldo, 11 ans (voir son portrait), Samuel, 8 ans (voir son portrait) et Ivan, beaucoup plus petit.
Son père travaille comme chef de foyer à l'école et sa mère travaille un peu comme documentaliste à l'école. A la maison, ils ont des chiens, des chèvres, des lamas et 4 ânes.
Son rêve est de devenir chef cuisinier et aime d'ailleurs beaucoup aider les cuisinières de l'école au quotidien. Son plat préféré est le poulet grillé et sa boisson favorite le café au lait. Son jeu préféré est le football et il aime la "cumbia vichera". A l'école, ce qu'il préfère, c'est l'éducation physique.
Durant les vacances, comme ses frères, il va s'occuper des chèvres de la famille.


Adrian et Aldo

Aldo : Aldo a 11 ans et est le frère d'Adrian et Samuel. Il aimerait devenir professeur d'anglais. Don plat préféré est l'empliado (viande panée) et sa boisson préférée le soda. A l'école, il aime les sciences naturelles et son jeu favori est le hanball. Il aime aussi beaucoup chanter des "coplas" traditionnelles de San Juan et aime la cumbia vichera.

Samuel : Samuel a 8 ans et est le frère d'Adrian et Aldo. Il voudrait devenir professeur de musique. Sa matière préférée à l'école, ce sont les sciences naturelles. Son plat préféré, c'est un bon steack avec du riz, et sa boisson favorite, le soda ! Côté musique, il aime la cumbia du Pérou.

Cafayate - Susques, du 16 au 28 mai 2007 : Quand "Si On jouait..." reprend du service.

Publié le mardi 5 juin 2007

Par Gaël.

Mercredi, jeudi 16 et 17 mai : Cafayate.
Vendredi 18 : Cafayate - San Carlos, 26 km (1h18').
Samedi 19 : San Carlos - bivouac après Angastaco, 65 km (5h18').
Dimanche 20 : Biv. après Angastaco - Cachi, 78 km (6h42').
Lundi 21 : Cachi - El Rodeo, 35 km (2h52').
Mardi 22 : El Rodeo - Bivouac après La Poma, 31 km (3h31').
Mercredi 23 : Biv. après La Poma - "Rio Blanco" (3870m), 25 km (3h22').
Jeudi 24 : "Rio Blanco" - Bivouac descente Abra del Acay (4400m), 31 km (4h41').
Vendredi 25 : Biv. desc. Abra del Acay - San Antonio de Los Cobres (3775m), 33km (2h38').
Samedi 26 : S. A. de los Cobres - Bivouac avant Cobres, 34 km (1h52').
Dimanche 27 : Biv. avt Cobres - Bivouac Quebrada Paso Cobres (3940m), 51 km (5h36').
Lundi 28 : Biv. Qda Paso Cobres - Susques (3620m), 32 km (2h34').

Ces deux semaines de voyage ont une nouvelle fois été très riches, avec de nombreux moments forts et de belles rencontres. Pour nous, elles ont surtout été le moment de retourner dans les écoles : deux visites très enrichissantes à San Carlos et à El Rodeo, avant d'arriver à San Juan de Quillaques. Nous avons aussi franchit l'Abra del Acay, plus haut col d'Argentine, à 4895m d'altitude...

Après deux jours de repos en compagnie de Paulo et Gauthier, deux cyclos francais venant du Guatemala et se dirigeant vers le sud (voir leur blog dans nos liens), nous reprenons la route vendredi 18, "dia de la Escarapela" ("jour de la cocarde" : la cocarde est l' un des symboles de la patrie argentine. Le 18 mai est dédié à la commémoration du commencement de la semaine de mai de 1810, la révolution argentine, qui aboutit à son indépendance le 25 mai 1810, traité signé le 09 juillet de cette même année. La Escarapela est symbole de paix, union, liberté, fraternité, indépendance, égalité, distinction nationale, patriotisme),en direction de Cachi, dans les Vallées Calchaquies.

Nous rencontrons alors Vanessa, cycliste québecoise (voir son blog en lien), et rendons visite ensemble à l'école du petit village de San Carlos. Fort bien acceuillis par la directrice de l'école, nous jouons avec 6 classes, soit plus de 100 enfants, de 6 à 10 ans ! Nous leur apprenons des jeux de chez nous (béret, 1,2,3, soleil, le facteur n'est pas passé...) et ils nous apprennent des jeux à eux : "El gato y el raton " (Le chat et la souris), "¿El lobo esta?" (Loup y es-tu ?), "Hielo y Sol" (glace et soleil)... (voir les règles de ces jeux dans la rubrique jeux du forum).

Ce fut une après-midi bien fatiguante, mais très enrichissante. Le soir, en remerciements de notre intervention, nous sommes logés gratuitement dans une cabaña du camping municipal et dormons dans un bon lit, après avoir savouré un repas de fête (foie-gras de Joan, vin sucré du coin acheté par Vanessa sur la route, et bien sûr pastas !).

Les deux jours suivants, nous roulons en compagnie de Vanessa et remontons la superbe Vallée Calchaqui. Petits villages paisibles, formations rocheuses étonnantes et montagnes colorées ponctuent notre parcours. Nous arrivons à Cachi dimanche soir, après une grosse étape, et retrouvons Jaime, espagnol et compagnon de voyage de Vanessa. Ensemble, nous faisons une bonne soirée crêpes au réchaud, comme seuls les cyclistes en ont le secret !

Lundi 21, c'est donc à quatre que nous repartons, bien décidés à franchir l'Abra del Acay, plus haut col d'Argentine, à 4895m. La piste remonte doucement une belle et large vallée et, en fin d'après-midi, nous nous arrêtons dans le hameau d'El Rodeo où nous nous présentons à l'école. Le directeur nous recoit chaleureusement et nous invite à entrer dans sa cuisine pour boire le maté. Il y a 5 classes ici et sont scolarisés des enfants de 6 à 15 ans. La plupart sont internes et restent ici toute la semaine, ne rentrant chez eux que le week-end. Certains ont alors jusqu'à 4 heures de marche pour rentrer chez eux. Ils effectuent ce trajet seuls, entre frères et soeurs... Nous passons la soirée à jouer au football et au frisbee (emporté par Vanessa) avec les enfants, puis dînons avec eux : un plat unique fait de pommes de terre, de riz, de carottes et d'un petit peu de viande, accompagné d'un petit morceau de pain, sans entrée ni dessert... Nous dormons dans une salle de classe et sommes réveillés, le lendemain à l'aube, par un joyeux instit' qui chante "¡ Hola, buen dia !" aux enfants. Nous prenons le petit déjeuner avec eux (un verre de thé sucré et une tartine de dulce de leche) puis jouons avec deux classes : les plus petits (6 - 8 ans).

Nous leur apprenons la tomate et 1, 2, 3, soleil et ils nous montrent leurs jeux favoris qui, outre le football, sont : "El gato y el raton", "¿El lobo esta?" et "Arroz con leche" (riz au lait). Ce furent de très bon moments, avec des enfants heureux de jouer avec nous et bien différents de ceux de la Province de Buenos Aires, rencontrés en novembre dernier, ou même de ceux de San Carlos.

Après notre intervention, nous reprenons la route vers 10h30. Nous passons à La Poma, dernier village de la vallée, à déjà 3015m d'altitude, où nous achetons quelques provisions et mangeons une bonne milanesa dans un petit resto. Nous roulons encore quelques kilomètres, puis bivouaquons dans une maison abandonnée sur le bord de la piste, à l'abri du vent qui souffle fort ce soir.

L'étape du mercredi s'avèrera très difficile. La piste, plus ou moins bonne, qui s'élève dans une belle vallée, est ponctuée de 5 passages de rios à gué ! à chaque fois, nous devons nous déchausser et pousser nos vélos avec de l'eau glacée jusqu'à mi-mollets. Nous montons jusqu'à 3870m et dormons dans des ruines, au milieu d'un troupeau de lamas. La nuit est bien fraîche (-10°C le matin au petit déjeuner !) et nous repartons jeudi en direction du col. Il ne reste que 18 km d' ascension mais nous mettons près de 8 h pour les parcourir ! La forte pente et surtourt l' altitude rendent notre progression laborieuse. Nous franchissons des passages à gué, gelés cette fois, et croisons quelques vigognes. Jaime et surtout Vanessa souffrent du mal d' altitude. Les derniers kilomètres sont très durs pour elle, nous l' aidons à pousser son vélo car elle ne peut plus pédaler. Nous parvenons enfin au sommet de l' Abra del Acay à 17h30. 4895 m, nous sommes plus haut que le Mont-Blanc ! Magnifique.

Nous ne traînons pas car la nuit approche. Quelques photos et nous nous élancons dans la descente. Nous roulons jusqu'à ce que la nuit nous arrête et bivouaquons à 4400 m d' altitude, dans un froid glacial (-6°C sous la tente et sûrement près de -15 dehors !).

Vendredi 25 mai, jour de la fête nationale argentine, nous arrivons à San Antonio de los Cobres (ex-cité minière où l' on exploitait le cuivre , "cobre" en espagnol) et nous nous régalons d' un bon steack de lama bien mérité ! San Antonio est une petite ville perchée à 3775 m d' altitude, sur l' altiplano, au coeur de la Puna. Nous nous y reposons, buvons de nombreux maté et mangeons de bons repas avant de reprendre la route. C' est alors l' heure de se séparer. Van et Jaime descendent à Salta tandis que nous partons vers le nord, en direction de Susques et de l' école de San Juan de Quillaques. C' est avec un petit pincement au coeur que nous nous éloignons. Mais nous nous donnons rendez-vous à Iruya, dans quelques jours, pour un bon asado ! La piste, totalement plane, traverse les paysages désertiques de la Puna. Partis tard, nous ne faisons que peu de kilomètres et bivouaquons près d' une cabane de berger et d' enclos à lamas. Nous dormons à la belle étoile...

Dimanche, nous roulons jusqu' au village de Cobres qui domine magnifiquement les Salinas Grandes. Là, une mauvaise surprise nous attend : la piste que nous comptons emprunter et qui rejoint directement Susques n' est plus entretenue depuis des années et n' est plus transitable ! Il nous faut donc faire demi-tour et un détour de plus de 40 km ! Cela ne nous enchante guère. Du coup, nous décidons de passer tout de même par l' ancienne piste. Cette dernière a en réalité totalement disparu et nous devons remonter la vallée dans le lit du rio asséché. Bien sûr, il nous est impossible de pédaler dans ce mélange de sable et de pierres. Nous poussons péniblement nos vélos et parcourons 13 km en près de 5 h avant de nous arrêter, épuisés, pour bivouaquer, à plus de 3900 m. Nous plantons les tentes et allumons un feu pour nous réchauffer. A la tombée de la nuit, alors que nous croyons être seuls, perdus au bout du monde, arrive une petite bergère avec ses chèvres, moutons et lamas. Elle vit à 200 m de là, dans une minuscule maison, seule au fond de cette vallée !

Le lendemain, en repartant, nous nous arrêtons chez elle et lui achetons de délicieux fromages de chèvre. Nous franchissons ensuite un col à 4006 m, où nous retrouvons une piste cyclable pour redescendre. Un nouveau passage à gué nous oblige à nous déchausser avant d' arriver à Susques, petit village sur la route du Paso Jama. A peine sommes-nous entrés dans le village et avons-nous eu le temps d' acheter du pain pour notre pique-nique, qu' un policier nous aborde : " C'est vous les francais qui allaient à San Juan ?". - "Euh, oui, comment le savez-vous ?" "On vous attendait, je vais chercher René CALPANCHAY, le chef". Quelques instants plus tard, René, chef de la police, arrive et nous invite à nous installer dans son bureau du commissariat. Nicole BRONDY (institutrice retraitée de Toulon), créatrice de la Fondation francaise "Les enfants d' Atacama" (avec laquelle nous étions en contact avant de partir), qui aide l' école de San Juan de Quillaques depuis décembre 2005, les avait prévenus de notre arrivée prochaine...

A San Carlos, nous avons esquissé le portrait de trois enfants :

Portrait de José LUIS LOPEZ : José a 7 ans et vit à San Carlos avec son père, sa mère, sa grand-mère et ses deux frères. Son père travaille à l'usine tandis que sa mère reste à la maison. C'est la deuxième année qu'il va à l'école (depuis qu'il a 6 ans). Il a un chien (son animal préféré). Son jeu favori est le football. Après l'école, il rentre chez lui et joue avec ses frères.

Portrait de Victoria et de Daniela : Victoria et Daniela, 7 ans, vivent à San Carlos. V. a un frère et six soeurs dont l' une est morte ; D. a quatre soeurs. Elles vont à l' école du lundi au vendredi, de 13h30 à 18h. Leur jeu préféré est l' oeuf pourri pour la première, le chat pour la seconde. Côté cuisine, le plat préféré de V. est le riz avec des oeufs, le riz avec du poulet pour D. Leur boisson préférée, le soda au pamplemousse et au citron. V. ne sait pas faire de vélo, D. si. Plus tard, elles veulent devenir, respectivement, chanteuse et maîtresse.

Chilecito - Cafayate : Au coeur de la Puna de Atacama - du 4 au 15 mai 2007

Publié le mercredi 16 mai 2007

Vendredi 4 mai : Chilecito - La Rioja (bus)
Samedi 5 mai : La Rioja - Belén (bus) - biv. "Puerta de Corral Quemado" 67 km (4h30')
Dimanche 6 mai : Biv. "Puerta de Corral Quemado" - biv. "Los Nacimientos" 53 km (5h35')
Lundi 7 mai : Biv. "Los Nacimientos" - Pasto Ventura 58 km (6h15')
Mardi 8 mai : Pasto Ventura - Antofagasta de la Sierra 97 km (5h35')
Mercredi 9 mai : Antofagasta de la Sierra
Jeudi 10 mai : Antofagasta de la Sierra - biv. "Rio Incahuasi" 66 km (7h02')
Vendredi 11 mai : Biv. "Rio Incahuasi" - Biv. "Tolar Chico" 95 km (6h36')
Samedi 12 mai : Biv. "Tolar Chico" - Ollacapato Chico 124 km (6h41')
Dimanche 13 mai : Ollacapato Chico - Biv. "Mañon" 84 km (6h03')
Lundi 14 mai : Biv. "Mañon" - La Viña 200 km (7h14')
Mardi 15 mai : La Viña - Cafayate 107 km (5h00)

Par Gaël.

Depuis le jour ou je me suis penché sur la carte de l'Argentine, cette piste qui passe par Antofagasta de la Sierra et le Salar de l'Homme Mort et qui traverse les hauts plateaux des Andes m'intrigue et me fascine. Quand on a décidé de se séparer pour une dizaine de jours avec Yves (lui allant voir un ami a Cordoba), l'idée de parcourir cette piste en solo m'est tout de suite venue. Apres avoir trouvé quelques informations sur celle-ci sur internet, elle paraissait réalisable et toujours plus attirante... Ce furent finalement 10 jours fantastiques sur les hauteurs de l'altiplano, souvent a plus de 4000m d'altitude, dans des paysages grandioses, entre volcans, lamas, salars et vigognes, au coeur de la puna de Atacama.

C'est donc a Chilecito, vendredi 4, que nous nous séparons pour quelques jours. Jeux veux tout d'abord me rendre a Belén en bus, la ou commence la piste qui mene a Antofagasta de la Sierra. Je n'y arrive que samedi midi, apres quelques petits soucis de bus (pas de place pour mon vélo...). La, je prends quelques informations sur les premiers villages de la piste, fait le plein d'eau et de pain et enfourche ma bici, c'est parti ! Ces premiers tours de roues en solo me menent jusuqu'a Puerta de Corral Quemado, a travers une belle quebrada et en compagnie de majestueux condors. Ce premiers jours, quelques portions de piste tres sablonneuse me mettent dans l'ambiance pour les jours a venir...

Dimanche, je pars de bon matin et remonte la vallée jusqu'a Villa Vil puis Barranca Larga, petits villages aux maisons en adobe. A Barranca Larga, les gens que je rencontre et a qui j'annonce mon intention de me rendre a Antofagasta de la Sierra a vélo me prennent pour un fou : "Il fait tres froid la haut, il y a beaucoup de vent, tu ne pourras meme pas monter ta tente...". Bizarrement, tout cela ne fait que renforcer mon envie d'aller voir...

Je poursuis donc ma route, arrive au dernier village de la vallée, Los Nacimientos, et y fait le plein d'eau : 3 jours d'autonomie, 20 litres !!! Je suis chargé comme une mule ! Mon vélo n'a jamais été aussi lourd. A cela, s'ajoute une pente qui devient tres forte, qui plus est en sable. C'est dur ! D'autant que le vent entre dans l'arene et ajoute une difficulté supplémentaire. Les montagnes sont en sable ici ! Je passe tout pres d'immenses dunes sur lesquelles des vigognes, lointaines cousines des dromadaires, se promenent tranquillement, dans une vent de folie. Je pousse plus souvent mon vélo que je ne pédale et trouve finalement un recoin plus ou moins abrité du vent, derriere quelques rochers, pour planter ma tente. Je suis a 3170m d'altitude.

Le lendemain, l'étape est tres dure, mais magnifique. Le vent, le sable et l'altitude rendent ma progression difficile. Mais les paysages de l'altiplano me récompensent largement de mes efforts. Je passe mon premier col a plus de quatre mille metres (4080m environ), sous l'oeil étonné des nombreuses vigognes. Le vent souffle encore tres fort quand je plante ma tente a Pasto Ventura, a 3845m, devant un paysage grandiose. Le froid y est vif (-4 degrés sous la tente) et je dors tres mal cette nuit (sans doute a cause de l'altitude)...

Mardi, le vent s'est calmé et le temps est magnifique. Je dévale la route asphaltée et arrive a El Peñon, petit village pres d'un rio, a 10h30, surpris d'etre deja la. Je pensais n'y arriver que le soir. Du coup, je décide de poursuivre mon chemin jusqu'a Antofagasta, 63 km plus loin. Je descend donc jusqu'a un haut plateau a plus de 3000 metres, parsemé de cones volcaniques. L'aridite ici est extreme. Rien ne pousse. C'est un désert de sable et de cailloux. Une quinzaine de kilometres avant d'arriver a Antofagasta se dresse le Volcan du meme nom, cone volcanique parfait qui culmine 250 metres au dessus de la piste, soit a 3640m. Je laisse alors mon velo une ptite heure et grimpe jusqu'au sommet, d'ou la vue sur le haut plateau est superbe !

J'arrive a Antofagasta peu apres, véritable oasis dans ce désert minéral. La, je suis logé chez la famille Adrian. Je peux me prendre une bonne douche chaude et manger un bon repas fait d'une soupe consistante suivie de pommes de terre, oeufs et viande la lama, avant d'aller me coucher, au chaud, dans un bon lit. Je passe la journée de mercredi ici, pour me reposer et profiter un peu de l'atmosphere de ce village perdu sur l'altiplano. Je bois le maté et prépare des tortillas (genre de pain pas levé, cuit au barbecue) avec Garbriel, le fils de la famille, et sa mere. Gabriel va ensuite vendre les tortillas dans le village, sur son vélo...

Jeudi, je reprends la route, toujours vers le nord, au milieu des troupeaux de lamas. La piste s'éleve régulierement dans des paysages magnifiques et je franchis un col a 4458m avant de bivouaquer dans un abri de berger a plus de 4300m, pres d'un petit rio ou viennent s'abreuver des dizaines de vigognes. Bivouac de reve...

Au matin, il fait -9,5 degrés dehors et a peine plus chaud sous mon petit abri de 2 metres carrés et 1m20 de haut ! Je pédale plus d'une heure avec des températures franchement négatives... Je rejoins alors le Salar del Hombre Muerto (Salar de l'Homme Mort). Ah, j'en avais revé de ce salar au nom mystérieux. Mais il ne se présente pas tel que je l'avais imaginé. Ce n'est pas une grande étendue uniformément blanche, mais plutot un mélange de gris, marron, blanc et rose. Je le traverse par le milieu, sur une excellente piste. Ce soir, je bivouaque prés de Tolar Chico, toujours a plus de 4000m d'altitude...

Apres une nuit encore bien fraiche, je rejoins le Salar de Pocitos, magnifique avec ses couleurs orangées, puis franchit un nouveau col a 4085m avant de redescendre sur le Ollacapato Chico : 3 maisons et un chapelle en adobe au milieu de nulle part. Je m'y arrete et demande la permission de camper ici. Une homme me recoit et me propose, plutot que de camper dans le froid, de m'installer dans un abri derriere la maison principale. Ici vit une famille au sens large : parents, enfants et petits enfants, et tout ce petit monde s'apprete a célébrer deux jours durant la Fiesta de la Virgen de Fatima, dans la petite chapelle du hameau. On m'invite a entrer dans la cuisine ou l'on me sert un petit cafe accompagné de tortillas... En soirée, une quinzaine de personnes viennent depuis le village voisin et la célébration commence, dans la chapelle. Celle-ci est suivie par une procession de la Vierge autour du hameau, dans les vents glacés et sous la mirillade d'étoiles des nuits de la puna. Quelques instants plus tard, le pere de la famille allume un grand feu de bois devant la chapelle et commence les offrances a la Pachamama : feuilles de coca, vin et cigarettes. Il sera suivit par tous les participants a la manifestation... étrange mélange de croyances. La soirée continue autour du feu, avec un petit repas fait de viande et pates et arrosé d'une boisson forte genre vin chaud. Cela continue avec de la musique et des danses traditionnelles... A 23h, je suis épuisé et vais me coucher alors que la fete continuera une bonne partie de la nuit.

Le lendemain, je suis réveillé par des pétards lancés par le padré peu avant le lever du soleil. Je décide apres mure reflexion de reprendre la route des ce matin, malgré les invitations a rester pour la fete d'aujourd'hui ou notamment un asado et un tournoi de football sont prévus. La piste tres mauvaise s'éleve jusqu'a ce qui sera le plus haut col de ces 12 jours : l'Abra Alto Chrillo, a 4560m ! Je redescend ensuite jusqu'a San Antonio de los Cobres, puis poursuit ma route direction Salta. Ce soir, je dors dans les ruines d'un petite maison en adobe, a plus de 4000m d'altitude. Je ne monte pas ma tente et dors a la belle étoile. Je crois n'avoir jamais vu autant d'étoiles....

Au matin, le froid est pincant : -7 degrés ! Je déjeune en vitesse et reprends la route pour franchir un dernier col a 4080m avant de redescendre sur la vallée de Salta, 2700m plus bas. L'étape du jour sera la plus longue depuis le début du voyage puisque je pourcourrai 200 km jusqu'a La Viña.

Mercredi, pour ma derniere étape en solo, je parcours la Quebrada de Cafayate, jolie, sans plus apres ce que j'ai vu ces derniers jours. Le soir, je retrouve Yves au camping de Cafayate, et nous rencontrons deux cyclos francais avec qui nous nous faisons un petit asado pour feter tout ca...

Mendoza-Chilecito, du 25 avril au 3 mai 2007 : Quand l'Argentine nous surprend, toujours et encore...

Publié le jeudi 3 mai 2007

Par Yves.

25/04 : Mendoza - bivouac dans le col de los Paramillos : 69,50 km.
26/04 : Bivouac dans le col de los Paramillos - bivouac "Difunta Correa", piste de Barreal :74,50 km.
27/04 : Bivouac "Difunta Correa", piste de Barreal - bivouac "Cerro Alcazar" :112 km.
28/04 : Bivouac "Cerro Alcazar" - bivouac "du désert" avant Tocota :82 km.
29/04 : Bivouac "du désert" avant Tocota - Rodeo :105,50 km.
30/04 : Rodeo - Mirador Cuesta de Huaco :71,50 km.
01/05 : Mirador Cuesta de Huaco - bivouac "dunes" après Guandacol :82 km.
02/05 : Bivouac "dunes" après Guandacol - bivouac "Difunta Correa", descente Cuesta de Miranda :103 km.
03/05 : Bivouac "Difunta Correa", descente Cuesta de Miranda - Chilecito :45 km.

Après avoir passés deux jours dans la verdoyante et agréable Mendoza, nous sommes repartis vers le nord, longeant la Cordillère, passant de vallées arides et désertiques en vallées vertes et fertiles, et traversant des paysages magnifiques aux reliefs colorés ; une fois de plus, l' Argentine est vraiment une terre de contrastes...

Arrivés à Mendoza, capitale du vin argentin, le 22 avril (jour d' élections présidentielles...), nous nous y reposons deux jours. Nous y rencontrons Damien et Sandrine, voyageurs à vélo français, avec lesquels nous partageons de bons moments, à la table de ténédors libre...

Mercredi 25, nous reprenons la route en direction d' Uspallata ; mais cette fois, nous la rallierons par l' est. Nous remontons la vallée de Mendoza jusque Villavicencio, au pied de la montagne, nom donné à la source d' eau minérale qui y coule, réputée en Argentine. Là, nous nous attaquons à "la Cuesta de los 365 curvas" (côte des 365 virages), piste qui s' élève régulièrement en lacets jusqu' au col de los Paramillos, à 3100 m d' altitude.

Nous bivouaquons avant ce dernier que nous franchissons le lendemain dans la matinée. De là-haut, nous avons une très jolie vue sur la Cordillère, toute de blanc vêtue, et notamment sur l' Aconcagua. Puis, nous redescendons à Uspallata en passant par un site de pétroglyphes (gravures rupestres datées d' entre le VIIè et le XIè siècle).

De là, nous remontons la large vallée d' Uspallata en direction de Barreal. Magnifique, cette vallée est néanmoins aride et désertique et c' est avec joie que nous nous arrêtons au bord d' un rio en eau pour bivouaquer. à plus de 2000 m d' altitude tout de même, la nuit est froide et au réveil, tout est gelé ! Mais le soleil qui se lève nous réchauffe vite et illumine les sommets de chaudes couleurs orangées. Des "bergers" avec une vingtaine de chevaux sont arrivés à la lune et ont passé la nuit à nos côtés, sans tente ni duvet, chapeau !

Vendredi, nous poursuivons notre route jusque Barreal, après être passés près d' un lac asséché, impressionnant... à Barreal, oasis verdoyante, repérable de loin comme toutes les localités de la régions aux peupliers, saules pleureurs, eucalyptus et autres grands arbres qui les protègent (du soleil et du vent), nous retrouvons un rio en eau : le rio de los Patos (la rivière des canards) ; nous passons d' une vallée minérale à une vallée fertile, la vallée de Calingasta. Nous bivouaquons près du Cerro Alcazar, formation rocheuse spectaculaire. Redescendus en altitude, il fait doux ce soir !

Le lendemain, nous remontons la vallée, traversant les localités de Calingasta, Puchuzun et Villa Nueva. Ici, les maisons sont en adobe (briques de terre séchée), n' ont pas de toit comme on l' imagine (ils sont plats), et presque toutes possèdent un four extérieur en terre. Les gens semblent vivre simplement, le calme et la tranquillité de ces lieux sont agréables... Il faut dire que le soleil cogne et qu' aux heures les plus chaudes il ne fait pas bon s' agiter ! Il n' y a que nous pour repartir après le déjeuner, en plein cagnard, à l' assaut de la "piste du désert", car c'en est un nouveau qui nous attend, un vrai, avec du sable et tout ! Après plus de 25 km de piste sablonneuse sur laquelle nous devons souvent pousser nos montures, nous nous arrêtons, au beau milieu de cette immensité silencieuse, et nous plantons les tentes...

à l' ouest, la Cordillère et ses sommets enneigés culminant à plus de 5000 m pour la plupart ; à l' est, une chaîne de montagnes moins haute et plus "sèche" ; et entre les deux, le désert, et nous dedans... à la nuit tombée, le ciel s' illumine de milliers d' étoiles, comme depuis plusieurs jours, et la lune vient nous souhaiter bonne nuit...

Dimanche 29, nous filons vers Iglesia, paisible village de gauchos, où nous retrouvons la route. De là, nous rallions Rodeo où nous bivouaquons au bord du plan d' eau réputé pour ses grands vents.

Le lendemain, nous passons à San José de Jachal avant de nous diriger vers la vallée de Huaco. Au-dessus d' un barrage, au sommet de la Cuesta de Huaco (1338 m), nous débouchons sur un paysage à en couper le souffle : devant nous s' étend une vallée aux reliefs grenat, rouge, orange, ocre, jaune, beige, j' en passe et d' autres couleurs, hallucinants. Nous nous installons là pour la nuit.

Le 1er mai, nous roulons jusque Guandacol, à l'est de Villa Union, près de 80 km de ligne droite. Aujourd' hui, c' est une bande de dunes de sable s 'étalant sur près d' un kilomètre qui nous décide à nous arrêter. C' est fou, qui l' eut cru, ici, en Argentine ?

Le lendemain, nous repartons pour Villa Union que nous rallions rapidement. Le ciel, couvert en partant, est dégagé dans notre direction. Nous poursuivons sur la RN 40, un peu monotone aujourd' hui, jusqu' à retrouver une piste et entrer dans un massif de grès rouge, aux formations rocheuses et aux cactus impressionnants.

Plus tard, nous atteignons le sommet de la Cuesta de Miranda (2020 m) que nous dévalons de l' autre côté, vertigineuse ! Nous établissons, pour la seconde fois en quelques jours, le bivouac près d' un site dédié à "La Difunta Correa" (explications en fin d' article).

Le 3 mai, nous finissons de descendre la côte de bon matin et arrivons à Chilecito. Il fait bien chaud ici, on n' est plus habitués ! 8 mois de voyage à vélo le 4, 13000 km au compteur, on avance toujours...

à propos de la "Difunta Correa" : Cette dernière est une "sainte" spécifique à l' Argentine. D' après la légende, durant les guerres civiles des années 1840, Déolinda Correa suivit à pied, à-travers les déserts de la région de San Juan, avec son bébé, les déplacements du bataillon de son mari. Elle mourru alors de soif et de fatigue. On raconte qu' on retrouva son cadavre et son bébé, vivant, qui têtait encore son sein. Depuis, une série de miracles lui est attribuée et on retrouve, dans toute l' Argentine, sur le bord des routes, des petits autels qui lui sont dédiés. Les gens lui font des offrandes, en particulier de l' eau, sensée étancher sa soif.

MERCI AUX ENFANTS DE L'ECOLE DE THURET POUR CES SUPERBES TEE-SHIRTS !!!