Cuenca - Latacunga : pays de contrastes : du 20 au 26 janvier 2006
Publié le dimanche 27 janvier 2008
20/01 : Cuenca.
21/01 : Cuenca au Biv. âœPaso Cañarâ 56 km (4h22).
22/01 : Biv. âœPaso Cañarâ au Alausà 125 km (7h52).
23/01 : Alausà au Riobamba (8h de train).
24/01 : Riobamba au biv. Après Pulingue San Pablo 43 km (4h00).
25/01 : Biv. Ap. San Pablo au Refugio Whymper 13 km (2h06) + 3h de marche.
26/01 : Refugio Whymper au Latacunga 132 km (6h26) + 3h de marche.
Par Gaël,
En ce dimanche 20/01, la ville de Cuenca est plus déserte que jamais. Il n'y a pas âme qui vive dans les rues de la ville, que nous arpentons, Virginie, Yves et moi, en admirant les belles façades coloniales du centre-ville, classé à l'UNESCO depuis une dizaine d'années. Seules quelques voitures occupées par de jeunes cuencueños armés de bombes à eau sillonnent les rues à toute allure en lançant leurs projectiles sur les rares passants que nous sommes. C'est le début du Carnaval ici, qui se fête à grands renforts de batailles d'eau !!!
Sur le Parque Central, seul lieu animé de la ville, nous dégustons une bonne glace en observant de jeunes équatoriens danser du hip hop. Voici une facette de la société équatorienne, où les loisirs existent chez une grande partie de la population, qui était absente au Pérou ou en Bolivie!
En soirée, nous allons dîner en compagnie des cyclos Yoana et Jeff ainsi que de Roy et Claudia : une bonne parrillada. Nous passons une excellente soirée, tout comme les trois jours que j'aurai passé ici. Merci à vous tous !
Nous quittons Cuenca lundi matin et filons plein nord. Jusqu'à Azogues, la route est tranquille et agréable, remontant une large vallée verdoyante. Ensuite, nous entamons l'ascension d'un col, dans des paysages toujours magnifiques. Nous posons le bivouac à quelques encablures du sommet, dans un champ, et profitons des lumières du soleil couchant.
C'est avec le soleil et un grand ciel bleu que nous nous réveillons le lendemain matin. Nous gravissons rapidement les derniers kilomètres du col, au-dessus des nuages, puis descendons sur le village de Cañar où nous faisons une petite pause ravito. Virginie, pas bien depuis hier, décide de continuer en bus jusqu'à Alausi. Yves et moi continuons en bici. Nous profitons encore du soleil quelques minutes, avant de plonger dans la mer de nuages, que nous ne quitterons plus jusqu'à l'arrivée. Nous roulons dans un brouillard à couper au couteau, sans profiter des paysages qui nous entourent. Un panneau ironique nous fait sourire. Il indique « Disfruten que los paisajes andinos » (Profitez des paysages andins) !!! On disfrute, on disfrute !
Sur le bord de la chaussée, surgissent de temps à autres quelques fantômes vêtus de couleurs vives et de chapeaux noirs. Armés d'un bâton, ils mènent quelques bêtes on ne sait où! Après Chunchi, nous avons l'heureuse surprise de pédaler durant 20 km sur! une piste boueuse ! La panaméricaine n'est pas achevée ici et est en travaux !!!
Nous arrivons enfin à Alausi après près de 8 heures d'effort et retrouvons Virginie. Une bonne douche et un gros goûter nous remettent d'aplomb et nous allons faire un tour dans ce petit village perdu dans les Andes. Alausi est baignée dans le brouillard elle aussi. Dans cette ambiance hivernale, la lumière blafarde des réverbères diffuse une pâle blancheur sur des rues tristes et désertes!
Le lendemain, nous montons à bord d'un des trains les plus typiques du continent, et l'un des plus anciens aussi. Il date du début du XXe siècle et roule toujours, tant bien que mal. La première partie du trajet que nous effectuerons est un aller-retour à la « Nariz del Diablo ». Le train, chargé de touristes, descend une étroite vallée, sur une voie d'un autre âge, qui effectue des lacets à flanc de montagne. à chaque « virage », le train s'arrête et repart dans l'autre sens. Impressionnant.
De retour à Alausi, le train se vide et nous ne sommes qu'une poignée à poursuivre le voyage jusqu'à Riobamba, qui sera épique ! Sur ce tronçon, nous avons l'autorisation de monter sur le toit du train, pour profiter pleinement des paysages. Ceci est désormais théoriquement interdit, car deux touristes japonaises se sont fait décapitées par un câble téléphonique posé trop bas il y a quelques semaines ! Un vent frais nous fouette doucement le visage (le train roule à 30 km/h à peine) quand soudain une secousse se fait ressentir. Le train s'arrête. Que se passe-t-il ? Nous avons déraillé, tout simplement ! Cela ne semble pas surprendre le personnel du train, habitué à de tels évènements et en moins d'un quart d'heure, le wagon coupable est remis sur les rails. Mais quelques heures plus tard, rebelote ! Cette fois, c'est plus sérieux, les roues sont complètement en travers de la voie. Il faudra une bonne heure à tout le personnel pour nous remettre en route. Nous arrivons finalement à Riobamba avec plus de deux heures de retard!
Le lendemain, nous reprenons la route à vélo, en direction du Chimborazo, le plus haut volcan du pays avec ces 6310m d'altitude, que nous souhaitons gravir. Ce serait même le point le plus éloigné du centre de la Terre, ou comme le disent les Equatoriens, le plus proche du soleil. En effet, la Terre n'était pas parfaitement ronde mais bombée au niveau de l'Equateur, la cime du Chimborazo est plus éloignée de quelques hectomètres du centre de la Terre que le Mont Everest ! En début d'après-midi, la vue se dégage sur le géant, qui dévoile son énorme dôme glaciaire. Impressionnant, il me rappelle le Nevado Sajama! Je monte à mon rythme et fais une halte au hameau de Pulingue San Pablo. Je m'arrête à l'école pour faire le plein d'eau. 50 enfants sont scolarisés ici, venant des communautés des alentours. La plupart d'entre eux vivent dans de petites maisons de terre au toit de chaume, disséminées dans la montagne, au pied de l'omniprésent Chimborazo. Nous sommes bien loin de la modernité des villes comme Riobamba, pourtant si proche. Les enfants et même les adultes n'en reviennent pas de voir leur tête apparaître sur l'écran de mon appareil photo! La « modernité » n'est pas encore arrivée jusque là! Equateur aux multiples visages!
Nous montons encore un peu et bivouaquons à 4000 mètres d'altitude, dans une maison en construction. Autour du feu, Yves m'annonce qu'il ne souhaite plus monter au Chimborazo car il ne se sent pas en forme. Je suis abattu. Mon rêve de gravir ce sommet s'écroule comme un château de cartes balayé par un courant d'air glacial. Nous mangeons en essayant de parler d'autre chose, mais le cœur n'y est pas!
Vendredi, nous montons quand même jusqu'au Refugio Carrel, à quelques 4800 mètres d'altitude. Là, la piste s'arrête et il faut poursuivre à pied. Yves et Virginie redescendent. Moi, je souhaite m'approcher un peu plus près du géant et laisse Yana pour monter au second refuge, le Refugio Whymper, à 5000m, espérant, sans vraiment y croire, y trouver un compagnon de cordée pour tenter l'ascension. Mais au refuge, je ne rencontrerai que Eloy, le gardien. Visage tanné, à la fois dur et tendre, Eloy vit seul ici depuis plus de 30 ans, redescendant à Riobamba pour voir sa famille une à deux fois par an seulement. Il aime la montagne et la solitude et en parle à merveille. Il aime cette vie au contact de la montagne, de ses tempêtes, de son vent et de ses mystères. Je le comprends! Il m'explique la voie à suivre pour atteindre le sommet, tout en me mettant en garde sur la dangerosité d'entreprendre une telle ascension en solo, surtout avec les conditions actuelles : cela fait plus d'un mois qu'il n'a pas neigé et la glace est vive sur la première moitié du glacier. Je décide de planter ma tenter un peu au dessus du refuge et de tenter de monter jusqu'où je pourrais le lendemain, tout en sachant pertinemment que je n'atteindrai pas le sommet.
23h30, c'est l'heure de se lever ! J'engloutis un bol d'avoine et sors de ma tente. Les nuages couvrent le sommet, mais, selon Eloy, les nuits sont claires et la pleine lune permet d'y voir comme en plein jour. Je me mets donc en route, en espérant que tout cela se dégage. Mais c'est le contraire qui se produit. Les nuages descendent et je me trouve rapidement dans le brouillard. Je n'y vois pas à deux mètres et suit difficilement le sentier que j'avais pourtant repéré la veille. Je monte ainsi jusqu'à 5310m, au pied du glacier. Mais là, le brouillard est tellement dense que je décide de faire demi-tour et de ne pas m'aventurer sur le glacier seul, trop dangereux. A 3h, je suis de retour sous ma tente et termine ma nuit!
Je redescend tristement dès de jour levé, jetant un dernier regard à ce sommet qui n'aura pas voulu de moi. Je reviendrai ! Au refuge Carrel, je retrouve Yana et entame la descente jusqu'à Ambato. Après avoir traversé une couche nuageuse, le ciel se dégage et j'ai tout le loisirs d'admirer la face sud du Volcan, magnifique ! Un peu plus loin, c'est le Volcan actif Tungurahua qui se présente à mes yeux, crachant régulièrement d'importants panaches de fumée. Les villes de Baños et Ambato, situées au pied de ce géant indomptable, sont actuellement en alerte orange, menacées par une éruption qui pourrait intervenir à tout moment et être dévastatrice, comme l'ont déjà été de nombreuses!
Je poursuis ma route jusqu'à Latacunga, où je retrouve Yves et Virginie. Nous passons une dernière soirée ensemble avant de nous séparer plus longuement!
(Yves) De mon côté, je regarde Gaël franchir la porte du refuge, le coeur sérré. Puis, nous redescendons jusque la route et prenons la direction d'Ambato. Après plus de 50 km depuis le refuge, dans un épais brouillard nous cachant tout paysage, nous demandons l'hospitalité à Tamboloma ; une famille de militants indigénistes nous apprête une pièce, nous serons ici comme chez nous cette nuit ! Le lendemain, nous rallions Ambato et croisons une procession, partie depuis jeudi d'un village de la vallée afin de célébrer Dieu ; 4 jours durant, cette procession passe dans les villages voisins avant de revenir à son point de départ, surprenant... Dans l'après-midi, nous arrivons à Latacunga, non sans avoir admiré le Volcan Tungurahua, en éruption depuis plusieurs semaines. Là, nous retrouvons Gaël avant de nous séparer à nouveau, pour quelques jours...
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