janvier 2008 - Si On Jouait...

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Cuenca - Latacunga : pays de contrastes : du 20 au 26 janvier 2006

Publié le dimanche 27 janvier 2008

20/01 : Cuenca.
21/01 : Cuenca au Biv. âœPaso Cañar❠56 km (4h22).
22/01 : Biv. âœPaso Cañar❠au Alausà­ 125 km (7h52).
23/01 : Alausà­ au Riobamba (8h de train).
24/01 : Riobamba au biv. Après Pulingue San Pablo 43 km (4h00).
25/01 : Biv. Ap. San Pablo au Refugio Whymper 13 km (2h06) + 3h de marche.
26/01 : Refugio Whymper au Latacunga 132 km (6h26) + 3h de marche.

Par Gaël,

En ce dimanche 20/01, la ville de Cuenca est plus déserte que jamais. Il n'y a pas âme qui vive dans les rues de la ville, que nous arpentons, Virginie, Yves et moi, en admirant les belles façades coloniales du centre-ville, classé à l'UNESCO depuis une dizaine d'années. Seules quelques voitures occupées par de jeunes cuencueños armés de bombes à eau sillonnent les rues à toute allure en lançant leurs projectiles sur les rares passants que nous sommes. C'est le début du Carnaval ici, qui se fête à grands renforts de batailles d'eau !!!

Sur le Parque Central, seul lieu animé de la ville, nous dégustons une bonne glace en observant de jeunes équatoriens danser du hip hop. Voici une facette de la société équatorienne, où les loisirs existent chez une grande partie de la population, qui était absente au Pérou ou en Bolivie!

En soirée, nous allons dîner en compagnie des cyclos Yoana et Jeff ainsi que de Roy et Claudia : une bonne parrillada. Nous passons une excellente soirée, tout comme les trois jours que j'aurai passé ici. Merci à vous tous !

Nous quittons Cuenca lundi matin et filons plein nord. Jusqu'à Azogues, la route est tranquille et agréable, remontant une large vallée verdoyante. Ensuite, nous entamons l'ascension d'un col, dans des paysages toujours magnifiques. Nous posons le bivouac à quelques encablures du sommet, dans un champ, et profitons des lumières du soleil couchant.

C'est avec le soleil et un grand ciel bleu que nous nous réveillons le lendemain matin. Nous gravissons rapidement les derniers kilomètres du col, au-dessus des nuages, puis descendons sur le village de Cañar où nous faisons une petite pause ravito. Virginie, pas bien depuis hier, décide de continuer en bus jusqu'à Alausi. Yves et moi continuons en bici. Nous profitons encore du soleil quelques minutes, avant de plonger dans la mer de nuages, que nous ne quitterons plus jusqu'à l'arrivée. Nous roulons dans un brouillard à couper au couteau, sans profiter des paysages qui nous entourent. Un panneau ironique nous fait sourire. Il indique « Disfruten que los paisajes andinos » (Profitez des paysages andins) !!! On disfrute, on disfrute !

Sur le bord de la chaussée, surgissent de temps à autres quelques fantômes vêtus de couleurs vives et de chapeaux noirs. Armés d'un bâton, ils mènent quelques bêtes on ne sait où! Après Chunchi, nous avons l'heureuse surprise de pédaler durant 20 km sur! une piste boueuse ! La panaméricaine n'est pas achevée ici et est en travaux !!!

Nous arrivons enfin à Alausi après près de 8 heures d'effort et retrouvons Virginie. Une bonne douche et un gros goûter nous remettent d'aplomb et nous allons faire un tour dans ce petit village perdu dans les Andes. Alausi est baignée dans le brouillard elle aussi. Dans cette ambiance hivernale, la lumière blafarde des réverbères diffuse une pâle blancheur sur des rues tristes et désertes!

Le lendemain, nous montons à bord d'un des trains les plus typiques du continent, et l'un des plus anciens aussi. Il date du début du XXe siècle et roule toujours, tant bien que mal. La première partie du trajet que nous effectuerons est un aller-retour à la « Nariz del Diablo ». Le train, chargé de touristes, descend une étroite vallée, sur une voie d'un autre âge, qui effectue des lacets à flanc de montagne. à chaque « virage », le train s'arrête et repart dans l'autre sens. Impressionnant.

De retour à Alausi, le train se vide et nous ne sommes qu'une poignée à poursuivre le voyage jusqu'à Riobamba, qui sera épique ! Sur ce tronçon, nous avons l'autorisation de monter sur le toit du train, pour profiter pleinement des paysages. Ceci est désormais théoriquement interdit, car deux touristes japonaises se sont fait décapitées par un câble téléphonique posé trop bas il y a quelques semaines ! Un vent frais nous fouette doucement le visage (le train roule à 30 km/h à peine) quand soudain une secousse se fait ressentir. Le train s'arrête. Que se passe-t-il ? Nous avons déraillé, tout simplement ! Cela ne semble pas surprendre le personnel du train, habitué à de tels évènements et en moins d'un quart d'heure, le wagon coupable est remis sur les rails. Mais quelques heures plus tard, rebelote ! Cette fois, c'est plus sérieux, les roues sont complètement en travers de la voie. Il faudra une bonne heure à tout le personnel pour nous remettre en route. Nous arrivons finalement à Riobamba avec plus de deux heures de retard!

Le lendemain, nous reprenons la route à vélo, en direction du Chimborazo, le plus haut volcan du pays avec ces 6310m d'altitude, que nous souhaitons gravir. Ce serait même le point le plus éloigné du centre de la Terre, ou comme le disent les Equatoriens, le plus proche du soleil. En effet, la Terre n'était pas parfaitement ronde mais bombée au niveau de l'Equateur, la cime du Chimborazo est plus éloignée de quelques hectomètres du centre de la Terre que le Mont Everest ! En début d'après-midi, la vue se dégage sur le géant, qui dévoile son énorme dôme glaciaire. Impressionnant, il me rappelle le Nevado Sajama! Je monte à mon rythme et fais une halte au hameau de Pulingue San Pablo. Je m'arrête à l'école pour faire le plein d'eau. 50 enfants sont scolarisés ici, venant des communautés des alentours. La plupart d'entre eux vivent dans de petites maisons de terre au toit de chaume, disséminées dans la montagne, au pied de l'omniprésent Chimborazo. Nous sommes bien loin de la modernité des villes comme Riobamba, pourtant si proche. Les enfants et même les adultes n'en reviennent pas de voir leur tête apparaître sur l'écran de mon appareil photo! La « modernité » n'est pas encore arrivée jusque là! Equateur aux multiples visages!

Nous montons encore un peu et bivouaquons à 4000 mètres d'altitude, dans une maison en construction. Autour du feu, Yves m'annonce qu'il ne souhaite plus monter au Chimborazo car il ne se sent pas en forme. Je suis abattu. Mon rêve de gravir ce sommet s'écroule comme un château de cartes balayé par un courant d'air glacial. Nous mangeons en essayant de parler d'autre chose, mais le cœur n'y est pas!

Vendredi, nous montons quand même jusqu'au Refugio Carrel, à quelques 4800 mètres d'altitude. Là, la piste s'arrête et il faut poursuivre à pied. Yves et Virginie redescendent. Moi, je souhaite m'approcher un peu plus près du géant et laisse Yana pour monter au second refuge, le Refugio Whymper, à 5000m, espérant, sans vraiment y croire, y trouver un compagnon de cordée pour tenter l'ascension. Mais au refuge, je ne rencontrerai que Eloy, le gardien. Visage tanné, à la fois dur et tendre, Eloy vit seul ici depuis plus de 30 ans, redescendant à Riobamba pour voir sa famille une à deux fois par an seulement. Il aime la montagne et la solitude et en parle à merveille. Il aime cette vie au contact de la montagne, de ses tempêtes, de son vent et de ses mystères. Je le comprends! Il m'explique la voie à suivre pour atteindre le sommet, tout en me mettant en garde sur la dangerosité d'entreprendre une telle ascension en solo, surtout avec les conditions actuelles : cela fait plus d'un mois qu'il n'a pas neigé et la glace est vive sur la première moitié du glacier. Je décide de planter ma tenter un peu au dessus du refuge et de tenter de monter jusqu'où je pourrais le lendemain, tout en sachant pertinemment que je n'atteindrai pas le sommet.

23h30, c'est l'heure de se lever ! J'engloutis un bol d'avoine et sors de ma tente. Les nuages couvrent le sommet, mais, selon Eloy, les nuits sont claires et la pleine lune permet d'y voir comme en plein jour. Je me mets donc en route, en espérant que tout cela se dégage. Mais c'est le contraire qui se produit. Les nuages descendent et je me trouve rapidement dans le brouillard. Je n'y vois pas à deux mètres et suit difficilement le sentier que j'avais pourtant repéré la veille. Je monte ainsi jusqu'à 5310m, au pied du glacier. Mais là, le brouillard est tellement dense que je décide de faire demi-tour et de ne pas m'aventurer sur le glacier seul, trop dangereux. A 3h, je suis de retour sous ma tente et termine ma nuit!

Je redescend tristement dès de jour levé, jetant un dernier regard à ce sommet qui n'aura pas voulu de moi. Je reviendrai ! Au refuge Carrel, je retrouve Yana et entame la descente jusqu'à Ambato. Après avoir traversé une couche nuageuse, le ciel se dégage et j'ai tout le loisirs d'admirer la face sud du Volcan, magnifique ! Un peu plus loin, c'est le Volcan actif Tungurahua qui se présente à mes yeux, crachant régulièrement d'importants panaches de fumée. Les villes de Baños et Ambato, situées au pied de ce géant indomptable, sont actuellement en alerte orange, menacées par une éruption qui pourrait intervenir à tout moment et être dévastatrice, comme l'ont déjà été de nombreuses!

Je poursuis ma route jusqu'à Latacunga, où je retrouve Yves et Virginie. Nous passons une dernière soirée ensemble avant de nous séparer plus longuement!

(Yves) De mon côté, je regarde Gaël franchir la porte du refuge, le coeur sérré. Puis, nous redescendons jusque la route et prenons la direction d'Ambato. Après plus de 50 km depuis le refuge, dans un épais brouillard nous cachant tout paysage, nous demandons l'hospitalité à Tamboloma ; une famille de militants indigénistes nous apprête une pièce, nous serons ici comme chez nous cette nuit ! Le lendemain, nous rallions Ambato et croisons une procession, partie depuis jeudi d'un village de la vallée afin de célébrer Dieu ; 4 jours durant, cette procession passe dans les villages voisins avant de revenir à son point de départ, surprenant... Dans l'après-midi, nous arrivons à Latacunga, non sans avoir admiré le Volcan Tungurahua, en éruption depuis plusieurs semaines. Là, nous retrouvons Gaël avant de nous séparer à nouveau, pour quelques jours...

Macarà¡ - Cuenca, du 12 au 20 janvier 2008 : Equateur, Terres de grimpeurs... (Yves)

Publié le dimanche 20 janvier 2008

Par Yves.

Yves et Virginie.
12/01 : Macarà¡ - Bivouac après El Empalme : 53 km.
13/01 : Bivouac après El Empalme - Bivouac après Catacocha : 46,50 km.
14/01 : Bivouac après Catacocha - Bivouac après Catamayo : 61 km.
15/01 : Bivouac après Catamayo - Loja : 34,50 km.
16/01 : Loja.
17/01 : Loja - Bivouac 15 km avant Saraguro : 58,50 km.
18/01 : Bivouac 15 km avant Saraguro - Susudel : 73 km.
19/01 : Susudel - Cuenca : 91 km.
20/01 : Cuenca.

Notre première semaine équatorienne aura été sous le signe de la montagne et du changement. Sous le signe de la montagne tout d'abord, cordillères andines toujours aussi belles, que nous avons retrouvé avec plaisir mais sans en avoir bien sué : en effet, nous avions prévu 3 étapes jusque Loja (2100 m) puis 3 autres jusque Cuenca (2600m), mais les premières pentes, aussi acérées qu'en Bolivie, ont vite calmé nos ardeurs ! 3 bonnes étapes et demie de montées-descentes successives ont été nécessaires pour arriver à Loja, où nous nous sommes octroyés une journée de repos, bien méritée ! La suite du parcours, moins raide, nous a quant à elle permis de rallier Cuenca dans les délais prévu. Sous celui du changement ensuite, radical, et ce dès la frontière passée. Des couleurs désertiques du Pérou que nous avons traversé, nous avons plongé dans un océan de verdure ; ré-oxigénant. Après l'antipathie des péruviens en général ressentie depuis Cusco, nous avons retrouvé un peuple acceuillant, aimable et chaleureux ; apaisant. Enfin, d'un pays sud-américain dont la tendance est encore, malgré lui, à la pauvreté, nous sommes passés dans un pays beaucoup plus riche, dont la monnaie est elle aussi de couleur verte...

Samedi 12 janvier, Gaël part seul devant, nous le retrouverons à Cuenca. Quelques minutes plus tard, nous nous lançons à notre tour à l'assaut du premier "col" (1202 m d'altitude), raide comme ça faisait longtemps que nous n'en avions pas grimpé ! Comme mise en jambes, Virginie est gâtée... d'autant plus qu'il fait une chaleur infernale ! Nous remontons ainsi la Vallée du Rio Chira, de plus en plus verdoyante au fil des kilomètres, ça nous change du Pérou ! Ce vert nous accompagnera durant toute notre traversée, par la sierra, de l'Equateur. Nous déjeûnons après 23,50 km seulement puis rallions El Empalme, enchaînant montées et descentes acérées par endroits. Vers 17h00, nous montons le bivouac après cette première étape, prometteuse pour la suite...

Dimanche, nous commençons par "redescendre" (ça ne redescend jamais vraiment en Equateur !) jusqu'au Rio Chira, avant d'attaquer un col menant à Catacocha (1740 m), col qui semble ne jamais en finir... Nous arrivons au village vers 14h00, affâmés et lessivés par les derniers kilomètres. Un copieux almuerzo, quelques courses, un Magnum aux amandes (avec la chaleur, nous avons retrouvé le plaisir de manger des glaces !) et nous redescendons vers Velacruz, avant de planter la tente, dans la brume qui a envahi la sierra depuis quelques heures déjà .

Le lendemain, c'est dans un brouillard à couper au couteau que nous nous levons et que nous partons vers deux nouveaux cols (1981 et 2319 m), avant de redescendre, pour de bon cette fois, jusque Catamayo. Depuis Catacocha, nous avons retrouvé la culture andine que nous avions laissé derrière nous à Huaraz. Les gens ont de nouveau le type indien et portent les habits traditionnels et le chapeau, noirs par ici. A Catamayo, 35 km nous séparent de Loja mais, entre les deux, se dresse un col à 2611 m d'altitude... Gaël, arrivé à Loja le matin même, nous donne de précieuses informations sur ce qui nous attend, par internet. Nous entâmons la montée avant de nous arrêter et de profiter d'une belle et douce fin d'après-midi, avec vue sur la Vallée verdoyante que nous venons de quitter, entourée par la sierra dont les reliefs sont perdus dans de menaçants nuages noirs !

Mardi, nous en terminons avec ce joli col et redescendons jusque Loja, où nous arrivons en fin de matinée. Après 8 étapes consécutives pour les débuts de la miss', et non des moindres, la journée de repos du lendemain est la bienvenue. A Loja, première grande ville équatorienne de notre parcours, le changement par rapport au Pérou est flagrant : nous sentons vraiment que le pays est plus riche, ce que nous avions plus ou moins perçu sur la route, au passage des voitures (qui ne nous klaxonnent pas !), particulières, de marque Renault, Peugeot, Chevrolet ou Ford, entre autres ; peu de taxis ici, des magasins de fringues partout (reflet de la société de consommation et de l'apparence), pas de vendeur ambulant, gens habillés à l'européenne, ville propre avec de poubelles à chaque coin de rue, marché central ordonné comme jamais on en a vu de tel en Amérique du Sud, atmosphère calme, détendue, propice au repos... Nous nous promenons dans cette jolie petite ville à l'architecture coloniale, nous délectant de viennoiseries, croissants et pains au chocolat entre autres, petits plaisirs de chez nous qui nous manquaient tant et que l'Equateur nous offre...

Jeudi 17 janvier, nous reprenons la route, direction Cuenca. L'étape du jour sera élue la plus jolie du tronçon Macarà¡-Cuenca, traversant monts et vallées, toutes plus jolies les unes que les autres. Nous franchissons un premier col à 2831 m puis redescendons dans la Vallée de Saraguro dont les habitants, communauté indigène descendant des Incas, sont vêtus de noir, en signe deuil à vie suite à l'assassinat de leur dernier chef, Atahualpa. Les femmes portent robes noires et tabliers brodés ; les hommes, pantalons courts noirs et ont les cheveux longs (presque tous, jeunes et moins jeunes), et tous sont couverts d'un chapeau noir. Nous bivouaquons dans le col menant à Saraguro, au-dessus de San Lucas.

Le jour suivant, après un passage à 2991 m, nous redescendons à Saraguro avant de nous jetter dans un nouveau col, nous menant sur une sorte d'altiplano, vert de "bosques secos" (bois secs), avec lesquels alternent des zones de "bosques hàºmedos" (bois humides), à plus de 3000 m. Nous redescendons ensuite sur Oña, quittant par-là même la province de Loja pour entrer dans la province d'Azuay. Nous passons la nuit à Susudel, petit village se trouvant dans les premiers kilomètres du dernier col avant Cuenca...

Samedi, nous partons une nouvelle fois de bonne heure, avec l'idée de rallier Cuenca dans la journée. Dans la région, les briqueteries sont nombreuses ; je m'arrête à l'entrée de l'une d'elle pour prendre quelques photos quand une femme vient à ma rencontre et m'explique tout : l'argile, matière première des environs, est "coulée" dans des moules en bois en forme de brique ; 10000 briques sont ainsi préparées puis enfournées dans un four de pierre circulaire dont le foyer se trouve en dessous. Ce dernier est chauffé à 600-700 degrés et doit être maintenu à cette température 24 h durant. les briques sont alors cuites mais ne pourront être sorties du four que 7 à 8 jours après, avant d'être vendues. Nous poursuivons notre longue ascension (plus de 54 km !) qui nous mène, dans l'après-midi, à plus de 3500 m d'altitude. Par-là , les femmes portent des robes de couleurs vives et un chapeau de feutre blanc. Enfin, arrive la descente tant attendue, jusque Cuenca, où nous retrouvons Gaël et allons fêter nos retrouvailles autour de rà¶stis suisses ! Seul "point noir" de ces premiers jours en Equateur, les chiens qui, comme au Pérou et en Bolivie, sont toujours aussi bêtes et méchants et nous courrent après !

Macarà¡ - Cuenca : le pays vert - du 12 au 20 janvier 2008 (Gaël)

Publié le dimanche 20 janvier 2008

12/01 : Macara - Biv. avt. Cotacocha 78 km (5h53)
13/01 : Biv. avt. Cotacocha - Biv. après Catamayo 78 km (6h28)
14/01 : Biv, ap. Catamayo - Vallée de Vilcabamba 46 km (3h47)
15/01 : Vallée de Vilcabamba - San Lucas 71 km (5h03)
16/01 : San Lucas - Oña 59 km (4h36)
17/01 Oña - Cuenca 114 km (8h17)
18-20/01 : Cuenca

Par Gaël,

Pour ces premà¬ers jours en Equateur, nous décidons de nous séparer à nouveau. Je souhaite pourvoir aller à mon rythme et profiter encore de la liberté d'être seul. Ce samedi 12 janvier, je repars donc devant Yves et Virginie. Le rendez-vous est fixé à Cuenca, une semaine plus tard. Me voilà donc à nouveau en tête à tête avec Yana pour mes premiers coups de pédales dans ce nouveau pays.

Les 3 étapes me menant à Loja me mettent d'emblée dans le bain : les côtes et les cols s'enchaînent sans discontinuer et présentent des pentes bien plus raides qu'au Pérou. Ce sera une des caractéristiques de notre parcours équatorien. Sur ces routes aux forts dénivelés, je quitte rapidement la forêt sèche pour m'élever vers des zones plus humides et plus fraîches. L'Equateur me montre alors sa vraie couleur : le vert ! Dans le vert tendre des grasses prairies se prélassent de belles vaches noires et blanches, tandis que des bosquets de dense forêt couvre les montagnes les plus hautes. On est loin de la puna brûlée par le soleil de la sierra péruvienne ou du sable de sa côte... Ici, l'humidité est omniprésente et je pédale souvent dans le brouillard.

Je passe rapidement à Loja, jolie ville fort agréable où l'on pratique le tri séléctif (et non pas l'entassage des ordures au milieu des rues comme au Pérou), où les espaces verts sont nombreux et le système de transports en commun semble bien organisé avec des arrêts de bus, des plans... Le contraste avec le Pérou ou la Bolivie est là encore saisissant. Je me dirige ensuite vers le sud, avec l'intention de me rendre dans le Parc National de Podocarpus, qui protège des zones de forêts humides andines qui descendent vers l'Amazonie, habitat entre autres espèces, de l'ours à lunettes ou du jaguar. Mais le prix d'entrée du parc s'élevant à 10 $US (la monnaie officielle du pays depuis quelques années), le temps couvert et trois Autrichiens revenant du parc et ayant vu plus de pluie et de brouillard que d'animaux ou de lacs, me fait changer d'avis. Je continue alors vers le sud et descend dans la vallée de Vilcabamba, magnifique vallée verdoyante qui me rappèle la Suisse et pose le bivouac sur une belle pelouse avec vue...

Je repars en sens inverse le lendemain et, après être repassé à Loja, entame une nouvelle ascension sous un ciel couvert. Je découvre alors une végétation luxuriante digne des forêts du sud chilien. Une descente rapide me mème ensuite sur le territoire des Indiens Saraguro...

Il existe des coins comme ça, des endroits où les traditions perdurent sans que l'on sache pourquoi, des lieux où l'uniformisation, la mondialisation diffusée par la télévision ou internet ne parvient pas à effacer les habitudes ancestrales. La région de Saraguro et San Lucas est un de ces coins oubliés, un des ces soins qui a conservé son âme et sa culture. Pourtant si proche des villes modernes et "à l'occidentale" que sont Loja ou Cuenca, lorsque l'on arrive dans ce petit bout d'Equateur, on se sent dans un autre monde. Ici vivent les Indiens Saraguro. Tous, sans exception, hommes, femmes et enfants, portent fièrement une longue queue de cheval d'un noir d'ébène. Leurs habits sont noirs car la légende veut qu'ils portent le dueil de la mort du dernier Inca Atahualpa et avec elle la fin de leur civilisation. Coiffés de larges chapeaux blancs, les Saraguros portent fièrement leurs traditions sur eux. Et si, parmis les jeunes, certains portent un jean's ou un maillot de football, tous ont conservé leurs cheveux longs, marque de leur identité.

Peu après San Lucas, je trouve refuge au Puesto de Salud (Centre de Soins) du hameau de Pichik, désert, mais où je peux m'abriter dans l'entrée de la fine pluie qui se met à tomber. Alors que suis sur le point de m'endormir, deux jeunes hommes vêtus de larges ponchos noirs à rayures mauves et coiffés de chapeau noirs s'approchent de moi, dans l'obscurité, rendue opaque par un épais brouillard. L'air grave, ils me demandent qui je suis et ce que je fais là... Mais une fois que je leur ai expliqué que j'étais un simple cycliste qui m'abritais de la pluie pour la nuit, ils s'en sont retournés, visiblement soulagés que cet étranger ne soit pas un dangereux voleur...

Le lendemain, c'est l'infirmière du Puesto de Salud qui me sort du lit. Vêtue des habits traditionnels des Saraguros, elle vient chercher ses affaires pour une campagne de vaccination dans une communauté voisine. Elle ne semble pas surprise de me voir là... Sans doute tout le village est-il déjà au courant ! Je reprends la route dans le brouillard et gravis un col à près de 3000 mètres avant de redescendre sur le village de Saraguro. Je fais une longue pause dans ce beau village à l'atmosphère tant particulière, puis poursuis jusuq'à Udaragua où la pluie me ratrappe. Je me réfugie dans une petit restaurant routier où je prend un almuerzo en attendant que ça se calme. Mais quand je repars, la pluie se remet à tomber et ne s'arrêtera plus jusqu'à la tombée de la nuit et c'est trempé que je passe un nouveau col à 3088m avant de redescendre sur Oña où je décide de m'arrêter. Je me rends alors à la mairie, suis reçu par la Mairesse, qui m'offre l'hospitalité pour la nuit, dans une salle de réunion.

Jeudi, je quitte Oña alors que les premiers rayons de soleil du jour viennent lécher les murs de l'église du village et sécher les rues de terre battue, détrempées par la pluie d'hier. La journée s'annonce magnifique, une mer de nuages couvre la vallée et je pédale sous ce doux soleil équatorien, heureux comme un roi. Je me laisse glisser au fond de la vallée, puis entame l'ascension d'un haut col à 3530m d'altitude. Je monte tranquillement, à mon rythme, profitant des magnifiques paysages. L'ascension est longue, mais je me sens le coeur plein de joie aujourd'hui et monte dans des décors qui me rappellent tantôt le Massif Central, tantôt la Suisse. J'arrive à Cuenca en fin d'après-midi et, alors que j'attends Roy, de Couch Surfing, sur le Parque Central, je suis invité par un couple d'Equatorien et un de leurs amis allemand à manger un énorme et excellent banana split ! C'est pas au Pérou que ça serait arrivé !!!

Je retrouve Roy un peu plus tard et serai logé chez lui les jours suivant, profitant de la superbe ville de Cuenca, classée à l'UNESCO et rencontrant un multitude de gens plus sympathiques les uns que les autres : Joana, une cyclovoyageuse portugaise, Jeff, un cyclovoyageur canadien, Claudia, la coloc' de Roy, 5 Colombiens de passages... Bref, je ne m'ennuie pas en attendant l'arrivée de Yves et Virginie. Ces derniers me rejoignent samedi soir et nous allons manger un rà¶sti dans un resto suisse...

Chiclayo-Macarà¡ (Equateur), du 08 au 11 janvier 2008 : Départ à 3.

Publié le mercredi 16 janvier 2008

Par Yves.

08/01 : Chiclayo - Bivouac Désert vers Piura : 87 km.
09/01 : Bivouac Désert vers Piura - Piura : 144 km.
10/01 : Piura - Bivouac après Tambo Grande : 92,50 km.
11/01 : Bivouac après Tambo Grande - Macarà¡ (Equateur) : 88 km.

Enfin équipée, notre nouvelle compagne de route prend donc la roue du tandem "Si On Jouait", le 08 janvier, direction Quito en Equateur. Après avoir visité le musée des Tombes Royales de Lambayeque, nous rallions la frontière équatorienne de Puente Macarà¡ en 4 étapes ; sous un soleil d'été, à travers le Désert côtier de Sechura puis les prémices des Cordillères du neuvième et dernier pays d'Amérique du Sud que nous traverserons avant de remettre le cap sur l'Europe...

Mardi 08 janvier, le départ à 3 est lancé. Nous sortons de Chiclayo sous un ciel menacant et, alors que nous entrons dans le musée des tombes royales de Lambayeque, il se met à pleuvoir. Ce musée, magnifique, présente les tombes royales de Sipà¡n, site archéologique situé au sud-est de Chiclayo. Découvert par des "huaqueros" (pilleurs de huacas, de tombes) dans les années 1980, il est protégé depuis l'intervention des archéologues en 1987. Splendide site funéraire, les tombes les plus belles furent mises à jour après 1987, dont une sépulture royale Moche, appelée depuis Tombeau du Seigneur de Sipà¡n. La visite terminée, nous déjeûnons avant de reprendre la route, sous le soleil revenu. Nous entrons alors dans le Désert côtier de Sechura, qui s'étend de Chiclayo à Piura, sur près de 250 km. Là , la Panaméricaine, que nous avons retrouvé avant Trujillo, n'est plus qu'une ligne droite sans fin, monotone, au milieu des dunes... Le vent favorable, nous roulons bon train avant de poser le bivouac à l'abri d'un bosquet d'épineux et de nous délecter, entre autres, d'un foie gras autour d'un feu...

Le lendemain, les paysages défilent et se ressemblent, sous un soleil de plomb, jusque Piura où nous arrivons en fin d'après-midi, après plus de 140 km (grosse étape pour la miss'...). Là , il nous faudra plus d'une heure pour trouver un hébergement, promenés de petits hôtels en petits hôtels où, soit nos têtes ne conviennent pas, soit on ne veut pas de nos bicyclettes, soit on nous prend pour des cartes bancaires ambulantes et, par là -même, pour des ...ons (excusez l'expression), en nous donnant des prix exhorbitants. Odieux, méprisants, racistes (car le délit de faciès n'est autre que du racisme !), jusqu'au bout les péruviens se seront montrés les moins sympathiques du voyage...

Jeudi, c'est dans l'illégalité que nous repartons, nos trois mois autorisés dans le pays étant écoulés ; il nous faudra donc payer une amende à la frontière, nous le savons. Nous roulons désormais vers le nord-est, quittant le désert et sa platitude pour retrouver quelques bosses et un peu de verdure, dans cette région où la mangue, dont c'est la période de récolte, et la banane sont les cultures prédominantes. nous bivouaquons près d'une mangueraie et, comme pour nous faire mentir sur le comportement des péruviens à notre égard, son propriétaire nous offre pas moins de 5 kilos de mangues fraîchement cuieillies !

Vendredi 11 janvier, après une dernière étape péruvienne un peu plus vallonnée que la veille car nous approchons des contreforts de la Cordillère, nous arrivons à Puente Macarà¡ (340 m d'altitude), où nous sortons du pays, le sourire aux lèvres... Nous payons 3 dollars chacun d'amende pour les 3 jours supplémentaires passés das le pays, puis entrons en Equateur, dernier pays de notre aventure sud-américaine... Nous bivouaquons au-dessus de rizières, autour du dernier foie gras que nous avions, le troisième en 4 jours !

Le lendemain, Gaël partira devant, pour quelques jours en solo, jusque Cuenca.

Trujillo-Chiclayo, du 27 décembre 2007 au 07 janvier 2008 : Reprise.

Publié le mercredi 16 janvier 2008

Par Yves.

27/12/2007-04/01/2008 : Trujillo (71 km).
05/01 : Trujillo - Bivouac avant Pacasmayo : 96,50 km.
06/01 : Bivouac avant Pacasmayo - Chiclayo : 127 km.
07/01 : Chiclayo.

Après notre second Noël sud-américain, nous profitons des derniers jours de 2007 pour visiter les sites archéologiques des alentours de Trujillo et pour aller voir l'Océan Pacifique de plus près. Le 31, nous réveillonnons de nouveau avec Lucho et Araceli, en compagnie de quatre autres cyclos arrivés pour l'occasion. Nous voilà en 2008, après une année complète passée sur le continent... Virginie attendant toujours ses porte-bagage et ses sacoches, Gaël part seul le 02 janvier, direction Chiclayo via Cajamarca ; le RDV est fixé le 06, à Chiclayo. Le 05 janvier, nous partons à notre tour, enfin, après 12 jours d'arrêt. Virginie n'a toujours pas ses sacoches mais m'accompagne jusque Pacasmayo avant de retourner à Trujillo en bus. De mon côté, je rallie Chiclayo où je retrouve Gaël dans une autre casa de ciclistas. Le 07, jour de repos pour Gaël qui vient d'effectuer une étape record, Virginie récupère ses sacoches et nous rejoint en bus, le départ à trois est imminent...

Arrivée d'Arequipa mercredi 26 décembre 2007, avec son vélo et ses affaires, mais sans porte-bagage ni sacoche, Virginie s'apprête à nous suivre, jusque Quito. Lucho connaît quelqu'un qui peut lui faire des porte-bagage sur mesures, elle passe "commande" ; quant aux sacoches, elles doivent arriver de France par colissimo dans les jours qui suivent.

Vendredi 28, accompagnés de Jean-Baptiste (cyclo franco-canadien qui s'est arrêté à la casa de ciclistas le 17 septembre 2006 et qui n'en est jamais vraiment reparti, ça arrive !), nous visitons le site archéologique de Chan-Chan, capitale de l'Empire Chimຠ(qui s'étendait de Chancay au nord de Lima au golf de Guayaquil au sud de l'Equateur), un des peuples pré-colombiens de la région de Trujillo, qui régna de 850 à 1470 environ avant d'être conquis par les Incas. Construite vers 1300 et couvrant 28 km2, c'est la plus grande ville pré-colombienne des Amériques et la plus vaste cité en adobe de la planète. A l'apogée de l'Empire Chimàº, on estime qu'elle comptait 60 000 habitants et renfermait quantités d'or, d'argent et de poteries, trésors pour la plupart pillés avec l'arrivée des espagnols. Après la visite du musée, nous nous promenons dans "l'enclos" Tschudi, un des neuf grands faubourgs qui composaient la capitale, construits par les souverains successifs ; de ces faubourgs, il ne reste que les murs et quelques bas-reliefs mais ceux-ci sont impressionnants. Du fait de la proximité de l'Océan, la Mer et la Lune occupaient une place importante dans la culture Chimàº, à la différence des Incas qui adoraient le Soleil et vénéraient la Terre, d'où les représentations de poissons, oiseaux et mammifères marins, vagues et filets de pêcheurs sur les bas-reliefs.

Le lendemain, ce sont les Huacas del Sol et de la Luna que nous découvrons, autres merveilles archéologiques, temples Moche (ou Mochica), peuple pré-colombien précédent les Chimàº, qui occupa la région de 200 av. JC à 850. La culture Moche doit son nom au fleuve qui se jette dans l'Océan au sud de Trujillo et est réputée pour ses poteries. La Huaca del Sol mesure 342 m de long, 139 de large et 45 de haut ; on estime à 140 millions le nombre de briques d'adobe nécessaires à sa construction. Celle de la Huaca de la Luna, en niveaux superposés, dura six siècles, jusqu'en 600, chaque génération l'agrandissant, recouvrant entièrement le niveau précédent. A l'intérieur, nous y admirons, entre autres, de superbes frises polychromes représentant la vie de la société de l'époque.

Dimanche, après avoir acceuilli Michel et Katrien, cyclos flamands roulant de Quito à Santiago, nous filons à Huanchaco, "station balnéaire" de Trujillo. Nous nous mettons à l'eau, pas chaude du tout ! Puis, nous longeons la plage, où les trujilleños savourent les premiers jours de l'été, tandis que les pêcheurs démêlent leurs filets près de leurs "caballos" de totora (bateau en roseau). Chaque soir, nous cuisinons pour Araceli, crêpes, "St-Nectairade", etc., avec les bons produits "d'chez nous" issus des 7 colis reçus de nos familles respectives... MERCI !

Le 31, nous nous préparons à passer en 2008 en cuisinant, toasts au caviard d'aubergine, au foie gras, crumble et salade accompagnant... le poulet ! Le repas est quâsiment le même que celui de Noël, nous sommes avec les mêmes personnes, Virginie et 4 nouveaux cyclos (Michel et Katrien, belges flamands ; Berend et Eline, hollandais) en plus. Nos collègues font honneur à la cuisine française, l'ambiance est bonne et, à minuit, tout le monde s'embrasse. Dehors, on brûle des bonhommes affûblés de vieux habits, symbolisant le passage à la nouvelle année ; il est aussi de tradition de manger 12 grains de raisin aux 12 coups de minuit en faisant un voeux à chaque grain, pas si facile que ça !

Mercredi 02 janvier, Gaël part pour Chiclayo via Cajamarca, nous le retrouverons dimanche. Durant toute cette journée, nous nous relayons, Virginie et moi, à "superviser" le travail des ouvriers qui lui fabriquent ses porte-bagage. Enfin, en début de soirée, son vélo est paré de "vrais-faux" Tubus en acier, lourds mais garantis "à vie" ! Nos 4 collègues cyclos repartent le 03, un couple d'allemand (Martin et Nadine), parti depuis 4 ans et demi et sur la route pour 1 an et demi encore, arrive le soir-même.

Samedi 05 janvier, après une dernière soirée en compagnie de Lucho, je reprends la route à mon tour, enfin ; Virginie n'a pas encore ses sacoches mais m'accompagne jusque Pacasmayo. nous saluons nos hôtes, un pincement au coeur, mais avec l'envie, plus forte que tout, de poursuivre l'aventure, de profiter un maximum des dernières semaines qui nous séparent désormais du vol retour... MERCI à vous, Lucho et Araceli, de tout coeur ! Jean-Baptiste nous accompagne jusque Paijan, petit bourg où plusieurs voyageurs se sont déjà fait dévaliser par des jeunes en mototaxis. Tout est calme quand nous passons, JB nous quitte à son tour, MERCI à toi aussi l'ami ! Nous nous retrouvons donc tous les deux, pédalant dans le désert qui couvre la plupart de la côte nord du pays. Nous posons le bivouac derrière une belle dune à 15 km de Pacasmayo, avec plus de 96 km au compteur, bien pour une première étape ! Le lendemain, Nous rallions Pacasmayo où Virginie reprend un bus pour Trujillo, tandis que je poursuis entre désert et oasis de verdure, où l'on cultive le riz, le maïs et la canne à sucre, entre autres. J'arrive à Chiclayo dans l'après-midi et m'installe dans une autre casa de ciclistas, chez Javier. Gaël n'est pas encore là et n'arrivera peut-être que demain d'après un de ses mails... Mais, à l'heure du dîner, le voilà qui débarque, exténué par une étape record de plus de 255 km ! Chapeau l'artiste !

Lundi, jour de repos pour Gaël, Virginie nous apprend qu'elle a enfin reçu ses sacoches et qu'elle prend un bus pour nous rejoindre au plus vite ; nous l'attendons donc. Elle arrive dans la soirée, sous une petite pluie qui fait du bien après la grosse chaleur de ces derniers jours...

Trujillo au Cajamarca au Chiclayo : du 2 au 6 janvier 2006 (Gaël)

Publié le lundi 14 janvier 2008

02/01 : Trujillo au Pacasmayo 117km (5h19)
03/01 : Pacasmayo au biv. Ap. Tembladora 112 km (6h37)
04/01 : Biv. ap. Tembladora au Cajamarca 93 km (8h04)
05/01 : Cajamarca au Abra Gavilan 41 km (3h21)
06/01 : Abra Gavilan au Chiclayo 256 km (11h24)

Par Gaël,

Après 11 jours passés à Trujillo, j'ai des fourmis dans les jambes, je ressens pleinement le besoin de repartir, de changer d'air, de voir autre chose, d'avancer, de pédaler, tout simplement. Je sens la fin du voyage approcher et je veux profiter pleinement de ces dernières semaines de rêve éveillé. Mercredi 2 janvier, les porte-bagages de Virginie n'étant toujours pas prêts et ses sacoches pas arrivées, je décide de reprendre la route, seul, pour monter une dernière fois dans la cordillère péruvienne, jusqu'à Cajamarca. Nous nous retrouverons tous à Chiclayo, quelques jours plus tard.

J'aurai passé 11 jours superbes dans la Casa de la Amistad de Trujillo, me sentant comme à la maison. Lucho et Aracelli sont vraiment des gens géniaux, le cœur sur la main et l'esprit ouvert.

Après une séance photos en compagnie de Lucho sur le pas de la porte, je quitte donc Trujillo, accompagné par Jean-Baptiste, qui va m'escorter jusqu'à Paijan. Ce petit village a mauvaise réputation depuis que quelques cyclistes se soient faits attaqués et dépouillés par des mototaxis. En discutant avec Jean-Baptiste, les paysages monotones faits d'immenses plantations de cannes à sucre, défilent plus vite, et nous arrivons rapidement à Paijan. Là , nous croisons les cyclos hollandais avec qui nous avons fêté le réveillon. Ils font aujourd'hui le tronçon Pacasmayo-Trujillo, qu'ils avaient fait le 30 décembre en bus. Ils sont partis d'Alaska il y a 5 mois et seront à Ushuaia dans 3 petits mois, tout à vélo! une autre façon de voyager (nous, nous avons mis 1an pour venir de Ushuaia).

Après Paijan, je me retrouve donc seul, libre. Je pédale sur d'interminables lignes droites, dans le désert. Il fait chaud, le soleil brille dans l'azur et le vent de la liberté me pousse vers l'ailleurs!

Le jour suivant, en repartant de Pacasmayo, un petit vent me pousse vers l'intérieur des terres tandis que dans les champs, les travaux battent leur plein. Dans cette vallée irriguée qui monte vers Cajamarca, on cultive principalement le riz et le maïs. Le vert tendre des rizières contraste avec l'aridité des flancs de cette vallée... la main de l'homme parviens parfois à embellir la nature...

A midi, je m'arrête à Tembladora pour manger. En amont de ce village, la vallée devient un véritable paradis : elle se spécialise dans la culture des mangues et nous sommes en pleine période de récolte ! Tous les 500 mètres environ, mon parcours est ponctué d'étalages de mangues fraîches que les habitants vendent pour des prix défiant toute concurrence. Je n'y résiste pas et fait plusieurs arrêts dégustation... Ce sont ces petits plaisirs qui font aussi la richesse du voyage.

Vendredi, je débute la journée en rencontrant un petit scorpion, caché sous une pierre que je soulève... La suite de la journée ne sera qu'une longue ascension vers les hauteurs andines, suivie d'une descente rapide sur Cajamarca, ville construite dans une large vallée fertile. C'est ici que les colons espagnols en la personne de Pizarro rencontrèrent et capturèrent l'Inca Atahualpa, puis l'exécutèrent après qu'il leur ait apporté sur un plateau des quantités astronomiques d'or et d'argent.

Cajamarca est une ville andine et le contraste avec la côte pacifique est saisissant. Dans les rues animées du centre-ville, où l'architecture coloniale et les balcons en bois nous plongent dans le passé, les campesinos venus à la ville en ce jour de marché, vêtus de leurs habits traditionnels et coiffés d'un large chapeau blanc, cotoient les jeunes citadains en jean's, le téléphone portable greffé à l'oreille. Deux mondes se croisent, se frôlent, sans contact apparent.

Samedi matin, je vais faire une boucle à vélo autour de la ville, qui va me permettre d'aller aux Baños del Inca et aux Ventanillas de Otuzco. Les Baños del Inca se trouvent à 5 km de la ville, au milieu d'une vallée verdoyante. Mais ces thermes ressemblent plus à une piscine vue de l'extérieur et la queue à l'entrée m'incite à poursuivre mon chemin. Je rejoins donc Otuzco par une petite piste campestre qui serpente à flanc de colline entre les près d'herne tendre. Ca sent bon la France ! Les Ventanillas de Otuzco sont des niches funéraires cerusées dans une petite falaise datant d'entre -50 et 500 après JC. Le site est impressionnant, mais plus petit que ce à quoi je m'attendais...

Je quitte finalement Cajamarca en fin d'après-midi et gravis l'Abra Gavilan pour bivouaquer au sommet, dans un bois d'eucalyptus. Demain, un record est en prévision...

Dimanche, 5h00, l'alarme de mon réveil me sort brusquemment de mes douces rêveries. Dehors, la nuit est silencieuse et les étoiles scintillent entre les branches des eucalyptus. Je déjeune en compagie d'un fin croissant de Lune qui vient d'apparaître derrière un sommet. Alors que je m'élance dans la descente aux premières lueures du jour, je me dis : "Ce soir, je serai à Chiclayo, même si je dois rouler de nuit !". Le défi est lancé.

La descente jusqu'à Magdalena est rapide et je retrouve vite le soleil et la chaleur. La suite sera plus difficile, avec face à moi une bonne brise venant de l'Océan. à midi, je m'arrête dans un petit restaurant pour prendre un almuerzo... que je n'arrive pas à termier. Je ne me sens pas bien aujourd'hui... la suite de la journée va être très difficile. Je rejoins la panaméricaine sous une chaleur accablante. Il me reste 86 km pour Chiclayo. Le vent me pousse, mais j'ai l'impression de ne pas avancer sur ces longues lignes droites. Je me décourage, perdant peu à peu ma motivation. à Pacanguilla, j'envoie un message à Yves en lui disant que je n'arriverai certainement pas à Chiclayo ce soir... Mais cette petite pause me redonne des forces et du courage et je décide de continuer, au moins un peu... Chiclayo est encore à 65 km ! J'alterne ensuite les moments de découragement et de motivation. Mais je continue. Le soleil décline peu à peu et la température se fait plus supportable. En ayant mangé qu'une soupe, un peu de riz et une cuisse de poulet, plus deux mangues et 1 litre de coca depuis ce matin, je me demande où j'arrive à puiser toute cette energie. Les lignes droites qui précèdent Chiclayo me paraissent infinies. Tout n'est que platitudes sableuses dont la monotonie n'est rompue que par les sontreforts des Andes qui se dressent au loin, sur ma droite. Mais ce désert me redonne du courage et je prends du plaisir à pédaler dans ces immensités dénudées. Alors que j'entre dans la banlieue de Chiclayo, le soleil plonge dans l'Océan Pacifique et enflamme le ciel. Encore 10 km de longues lignes droites où la circulation s'intensifie. La nuit tombe comme un couperet alors que je franchis la pacanrte d'entrée dans Chiclayo. Encore quelques efforts dans les rues noires de cette ville et je retrouve Yves, à plus de 19h, à la casa de ciclistas, tenue par Javier. Heureux, mais épuisé, je mange un morceau et file me coucher, avec 256 km au compteur !!!