Huaraz - Trujillo : Feliz Navidad : du 15 au 27 décembre 2007
Publié le jeudi 27 décembre 2007
15/12 : Huaraz
16/12 : Huaraz au biv. Ap. Recuay 33 km
17/12 : biv. Ap. Recuay au Aija 41 km
18-19/12 : Aija
20/12 : Aija au Huaraz 74 km
21/12 : Huaraz . biv « manguiers » ap. Yuramarca 128 km
22/12 : Biv. Ap. Yuramarca au biv. « camino privado km 27 » 85 km
23/12 : biv. « camino privado km 27 » - Trujillo 112 km
24-27/12 : Trujillo
Par Gaël,
Les nuages ne veulent pas bouger et restent accrochés aux montagnes comme s'ils voulaient nous empêcher de voir les sommets de cette Cordillère Blanche dont nous ne verrons que des photos. Chaque après-midi, la pluie s'abat sur la vallée. Ambiance automnale, mélancolique. Les glaces artisanales et le marché sont nos refuges dans cette triste grisaille. L'immense marché grouille de vie, d'activité. Poisson, viande, fruits, légumes, pain, fromage, les odeurs se choquent, s'entremêlent, se répandent dans les allées comme l'écho d'une musique olfactive. « Permiso, permiso ! », une homme portant un cochon fraîchement tué sur l'épaule se fraye un chemin parmi les chapeaux fleuris qui arpentent les étroits couloirs. Plus loin, un homme scalpe une tête de proc à l'aide d'un grand couteau, alors qu'en face une femme scie un cochon en deux. Quelques pas plus loin, les effluves sanguines d'effacent au profit de douces senteurs fruitées et les couleurs ternes des boucheries laissent place à un véritable arc-en-ciel tropical. Bananes, mangues, papayes, pommes, raisins, oranges, ananas, avocats, pastèques et melons sont empilés avec soin, montrant leurs plus beaux atouts. De l'autre côté, ce sont les légumes qui s'exhibent, puis plus loin les fromages, le miel, le manjar blanco!
Nous décidons de ne pas rester plus longtemps dans cette ville grise et nous n'hésitons pas un instant quand Pamela, rencontrée à Cusco, nous invite à la rejoindre dans la maison de sa famille à Aija, pas très loin d'ici, pour quelques jours.
Dimanche, nous quittons donc Huaraz et bivouaquons dans les premiers kilomètres du col qui nous mènera à Aija, avec une vue panoramique sur la vallée. Face à nous à lieu la rencontre brutale entre les rondeurs des collines altiplaniques et les pics acerrés. Les aiguilles de granit rompent la monotone douceur jaunâtre des hauts plateaux, pointant vers le ciel, défiant les nuages, accrochant les tempêtes. Mais les sommets enneigés restent invisibles, enveloppés de nuages noirs!
Le lendemain, après avoir franchit l'Abra Huancapeti (4501m) dans le froid piquant les hauteurs, nous arrivons à Aija et y retrouvons Pamela, sa mère Doña Rosita et un de ses 6 frères, Ciro. La demeure familiale, au centre du village, est faite d'adobe et de bois et sent bon la vie d'autrefois : plancher qui craque, cuisine au feu de bois! Durant les deux jours que nous passerons ici, dans ce petit village paisible de la sierra, nous accompagnerons Pamela et Doña Rosita à gauche et à droite, dans les fermes familiales, chez des amis! Nous marcherons beaucoup pour aller d'un lieu à un autre. La marche est encore ici un véritable moyen de déplacement. Nous croisons beaucoup de monde foulant le sol d'un pas rapide et sûr : un adolescent en uniforme scolaire qui se rend au collège, un vieil homme en poncho chargé l'alfalfa, un paysan guidant une mule chargée de bois, une bergère qui mène paître son troupeau de moutons! Pas de voiture ici, chacun marche silencieusement, donnant le rythme de la vie de la vallée!
Mercredi soir, nous assistons, à la maison, à la préparation de cuyes (cochons d'inde). C'est un mets de choix ici, que l'on déguste surtout lors des fêtes. Tablier rouge et casquette noire vissée sur la tête, la cuisinière, une amie de Doña Rosita, est toute fière de nous montrer comment on prépare un bon cuy. Elle commence par attraper l'animal vivant et à lui tordre le cou pour le tuer, d'un geste sec et sûr, avec le sourire aux lèvres. Elle l'ébouillante ensuite, pour lui retirer ses poils. Ceci fait avec chaque animal, il faut maintenant les vider, puis les embrocher après les avoir enduit d'ail et de sel. Reste à les cuire à la broche, sur le feu! On essayera à la maison !
Ce soir, nous prenons le thé (le repas du soir ici, avec du pain et un bout de fromage frais) en compagnie de Doña Rosita, Pamela et Osvaldo. Ce dernier est vêtu d'un vieux poncho marron, vieilli par les années, usé par la pluie, le soleil et le vent, par le travail et le temps. Osvaldo est un de ces hommes que l'on écoute sans mot dire, porté par ses paroles, bercé par ses histoires, charmé par son talent de conteur. Cet homme a les yeux qui brillent, les yeux rieurs d'un homme heureux de vivre. Le visage marqué de rides profondes, la peau usée par la vie dehors, les cheveux d'un noir profond dont les boucles d'entremêlent, le sourire au coin des lèvres, Osavldo est assis en bout de table et, en parfait conteur, mène la soirée d'une main de maître. Il nous narre des histoires de fantômes qu'il a vus un soir dans les sombres ruelles d'Aija, des histoires de sorcellerie, de magie noire, des histoire qui se racontent et se transmettent de génération en génération! C'est une veillée à l'ancienne que nous vivons, sans télévision, musique ni fioritures, où les mots vous bercent alors que dehors l'obscurité est totale. C'est une soirée joyeuse où les éclats de rire résonnent dans la nuit silencieuse d'Aija, succédant à une écoute attentive et inquiète des paroles d'Osvaldo. C'est une soirée inoubliable!
Jeudi matin, un ciel chargé d'épais nuages sous accueille au sortir du lit, comme un plafond trop bas qui met mal à l'aise. Le clapotis d'une fine pluie résonne sur le toit de tôle comme la musique d'un jour triste. C'est dans cette atmosphère mélancolique que nous quittons Aija ce matin après que Doña Rosita nous ait serrés fort dans ses bras et souhaité un bon voyage sous la protection de Dieu. Nous reprenons la même route qu'à l'aller pour rejoindre Huaraz, où la pluie nous rattrape. Nous dormirons là ce soir.
Le lendemain, nous quittons le Callejon de Huaylas sans plus voir les sommets que les jours précédents. Peu à peu, la vallée se rétrécit, se creuse, les pentes des deux versants se redressent pour former maintenant deux falaises verticales qui plongent vers le Rio Santa. Nous arrivons dans le fameux Cañon del Pato! En sortant du premier d'une série de 35 tunnels, nous rattrapons deux cyclovoyageurs allemands. La cinquantaine bedonnante, les deux compères font un petit tour de 6 semaines au Pérou, pendant leurs congés. Nous continuons un peu avec eux. Par endroits, la piste est littéralement taillée dans la falaise et surplombe la rivière qui se déchaîne quelques dizaines de mètres en contrebas. Impressionnant.
Après un bon repas à Huallanca, nous reprenons la route sous un soleil brûlant et une chaleur à laquelle nous ne sommes plus habitués. Le Cañon del Pato marque une véritable frontière géo-climatique : nous avons quitté les zones de montagne, la vallée fertile de Huaraz, et progressons désormais dans une vallée aride, « à l'argentine », constellée de cactus et d'épineux. Nous avançons jusqu'à Yanamarca où nous achetons quelques mangues (5 pour 1 sol, soit 0,25 €) à des péruviennes antipathiques, et avançons encore un peu pour planter nos tentes à l'ombre de beaux manguiers.
Le lendemain, la vallée s'élargit doucement, les montagnes s'arrondissent et se colorent de teintes ocre, mauve, blanche. L'aridité se fait de plus en plus sentir, la chaleur aussi. Les images du Paso de Agua Negra, au Chili, me reviennent alors! C'est d'ailleurs une vallée comparable à celle-là , qui part de l'Océan pour monter très haut dans la Cordillère. 10 h, le vent se lève et commence à souffler faiblement, remontant le cours du rio. En faisant un petit effort d'imagination, j'arrive à y percevoir des senteurs d'iode et de poisson frais! Nous prenons des relais face à ce vent qui souffle de plus en plus fort. Cette fois, ce sont les images de Patagonie qui me reviennent, même si là -bas, le vent était bien plus puissant. Tiens, il y un an , jour pour jour, nous arrivions à Ushuaia, au bout de la route, au bout du monde! Là -bas, le vent était notre plus fidèle ennemi, véritable entité vivante, entêtante, épuisante. Nous bivouaquons à côté de rizières et en compagnie de nuages de moustiques et de poussière!
Dimanche 23, nous rejoignons rapidement la Panaméricaine et son trafic infernal. Nous retrouvons alors le désert côtier et ses dunes, les lignes droites interminables! Celles-ci nous conduisent jusqu'à Trujillo où nous sommes reçus à la « Casa de l'Amistad », par Lucho, sa femme Aracelli et leurs enfants Anglela (13 ans) et Lance (comme Lance Armstrong, le 13 mois). Cette famille reçoit des cyclovoyageurs depuis 1985 et nous sommes les 909 et 910èmes à inscrire notre nom la longue liste. Nous passerons le réveillon de Noël en leur compagnie. Mais un Noël d'ici est bien différent d'un Noël de chez nous. La tradition est d'aller à la messe, puis d'attendre minuit. à minuit, on s'embrasse en se souhaitant un joyeux Noël, un peu comme pour le jour de l'an chez nous. Puis on peut alors commencer à manger ! (Nous, nous avons commencé un peu plus tôt, vers 22h30). Le menu traditionnel est composé de dinde, accompagnée d'une « ensalada rusa » (pommes de terre, céleri, carottes, pommes et mayonnaise), que l'on mange avec du panneton (grosse brioche avec des morceaux de fruits confits) et on boit du chocolat au lait. Ensuite vient un gâteau. Pour nous, la dinde sera transformée en poulet et il n'y aura pas 1, mais pas moins de 4 gâteaux, confectionnés par nos soins! et on a rajouté un peu de vin chilien à boire !
Nous fêtons ce Noël particulier en compagnie de Lucho, Aracelli et Angela, plus deux cyclos américains, un Equatorien (Marco) et une Allemande (Yvonne). Après avoir mangé, Lucho met la musique à fond pour danser. Dehors, les pétards éclatent. C'est la fête ! On est bien loin de l'ambiance paisible et familiale d'un Noël à la française! Ici, pas de cadeau, seulement un petit jouet pour Lance, rien d'autre.
Les deux jours qui suivent seront consacrés au repos et à la discussion. Le 26 au soir, Virginie nous a rejoint et finira le voyage avec nous, jusqu'à Quito!
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