novembre 2007 - Si On Jouait...

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Cuzco - Machu Picchu - Cuzco, du 10 au 18 novembre 2007 : voyage dans le temps...

Publié le dimanche 18 novembre 2007

Par Yves.

10-11/11 : Cuzco.
12/11 : Cuzco - Roya : 43,50 km.
13/11 : Roya - Ollantaytambo : 54 km + Ollantaytambo - Santa Maria en bus.
14/11 : Santa Maria - Hydroelectrico en bus + Hydroelectrico - Aguas Calientes à pied (8 km, 2 h).
15/11 : Machu Picchu.
16/11 : Aguas Calientes - Km 82 à pied (30,50 km, 8 h) + retour à Ollantaytambo en bus.
17/11 : Ollantaytambo - Cuzco : 80 km.
18/11 : Cuzco.

Rentrés du tour de l'Auzangate, nous retrouvons nos amis Céline et François, quittés à Sucre il y a quelques mois déjà . Ensemble, nous descendons la Vallée Sacrée à vélo, jusque Ollantaytambo ; en route, nous remontons dans le temps en visitant les nombreux sites Incas qui la caractérise. Point d'orgue de la semaine, une journée d'anthologie au Machu Picchu, une des sept nouvelles merveilles du monde, sans conteste...

Samedi 10 novembre, après une nuit à la belle étoile sur les toits de Cuzco, nous retrouvons nos compères Velharmonie, arrivés la veille ; après plus de trois mois sur un itinéraire bien différent du nôtre, les retrouvailles, comme à notre habitude, sont nutritivo-festives... Dimanche, chacun vaque à ses occupations avant de partir, le lendemain, vers la Vallée Sacrée, destination Machu Picchu.

Lundi, c'est donc à quatre que nos ré-enfourchons nos bicis, reformant par là -même "l'esquadrille du bonheur", le carré magique du voyage... Sortis de Cuzco, nous atteignons bientôt les ruines Incas de Puka Pucara ("fort rouge") et de Tambo Machay (site de bains cérémoniels) dont il ne reste pas grand-chose. Alors qu'il n'est pas tombé une goutte depuis notre arrivée ici, le ciel se couvre pendant le pique-nique et il se met à pleuvoir alors que nous descendons vers la Vallée Sacrée. Par chance, l'averse est de courte durée et nous arrivons à Pisac avec le soleil.

Là , nous laissons nos vélos, le temps de visiter un site Inca magnifique, accroché surr un piton rocheux à 600 m au-dessus de la ville. Incroyablement située stratégiquement parlant, cette forteresse permettait de contrôler les vallées de l'Urubamba au sud, du Chango à l'est et du Kitamayo à l'ouest. Là encore, comme à Saksaywaman, nous sommes bleuffés par l'ingéniosité des constructions, preuve d'une maîtrise totale de la pierre, travail herculéen des plus fous. De retour en ville, nous entâmons la descente de la Vallée Sacrée, le Rio Urubamba sur notre gauche, la Cordillère éponyme sur notre droite ; large et verdoyante, cette vallée fertile est cultivée de toute part, souvent en terrasses. Peu avant la nuit, nous installons le bivouac dan une bois d'eucalyptus.

Le lendemain, nous passons à Urubamba puis rallions Ollantaytambo, petit village également dominé par une forteresse Inca. Là , nous laissons de nouveau les vélos, pour quelques jours cette fois, et prenons un bus pour Santa Maria. D'Ollantaytambo, la petite ville d'Aguas Calientes (au pied du Machu Picchu) n'est qu'à une quarantaine de kilomètres en train ; mais, le prix exhorbitant (et inadmissible !) de ce dernier (90 dollars aller-retour), qui part de Cuzco, ne nous permet pas de le prendre, et nous oblige à recourir à l'une des alternatives existantes afin d'y parvenir : passer par derrière, par la route de Quillabamba. 5 h de bus plus tard (10 soles), debouts car nous n'avions pas de place, un col en lacets magnifique à 4350 m, une crevaison, la descente de nuit et le final sur une piste relativement mauvaise, nous débarquons enfin à Santa Maria, 1400 m d'altitude ; nous voici de retour en forêt, on se croirait dans les Yungas ! Là , on nous apprend que le bus pour Hydroelectrico, notre prochaine destination, part à 4h00 de matin. Bien fatigués, nous dînons puis allons nous coucher sous le porche de l'église du village, pour une belle étoile un peu particulière...

Mercredi, 4h00, nous voilà partis pour Hydroelectrico, dans un combi plein à craquer (19 passagers plus le chauffeur et quelques sacs de mamitas à l'intérieur, un passager et le reste des bagages sur le toit !) et sur une piste défoncée. Chahutés de tous côtés, nous arrivons enfin à bon port, vers 7h00 (10 soles). Là , un train parcourt les 8 km nous séparant d'Aguas Calientes : 2 soles pour les locaux, 8 dollars pour les gringos ! Effarés de cet abus sans nom, nous partons à pied sur la voie férrée (exemple à ne pas suivre les enfants !) et rallions Aguas Calientes en 2 h. à‡a y est, on y est, au pied du mythique Machu Picchu, au fond d'une sorte de cirque formé par un méandre du Rio Urubamba que nous avons retrouvé. Au-dessus de nos têtes, les falaises abruptes et luxuriantes de végétation, impressionnantes, semblent vouloir se refermer sur nous... Nous passons le reste de la journée à boire le maté et à poser avec les petits péruviens en voyage scolaire, avant un revuelto de pollo dont seuls nous avons le secret...

Jeudi 15 novembre, 4h00 du matin (et oui, on enchaîne !), le réveil sonne : c'est l'heure ! Machu Picchu, à nous quatre ! Afin de ne pas payer les 12 dollars de bus pour rejoindre le site, 7,5 km plus haut, nous montons à pied, dans un épais brouillard et par un escalier "Inca" bien raide. Nous sommes les premiers à entrer dans les ruines, instant magique, des mois que nous en rêvions...

Le Machu Picchu ("vieille montagne"), ça ne se raconte pas, ça se vit... Quelques moments forts de la journée tout de même : la montée au Huayna Picchu ("jeune montagne", que l'on voit sur toutes les cartes postales), le maté-raisins au chocolat suivis du foie gras-vin blanc au sommet en attendant que le brouillard se lève (en vain !), l'après-midi ensoleillée avec "la carte postale" sous les yeux, le pisco-chocolats suisses pour se remettre de nos émotions, ainsi que les tours et détours dans ce site, encore une fois, magique, mythique... Rachel, on a pensé à toi, très fort... Un peu d'histoire pour nos bambins : site archéologique le plus célèbre d'Amérique Latine, le Machu Picchu reste cependant un mystère pour les archéologues qui en sont toujours réduits à des hypothèses quant à sa fonction. Découvert en 1911 par l'historien américain Hiram Bingham, il n'était jusqu'alors connus que de quelques paysans quechuas ; les chroniques des conquistadors espagnols ne le mentionnait pas non plus. Alors qu'il croit découvrir la cité perdue de Vilcabamba, dernier bastion des Incas, Bingham découvre donc Machu Picchu. Le site, couvert d'une épaisse végétation, fut dégagé petit à petit jusque dans les années 1950. Aujourd'hui, la seule chose que les chercheurs attestent quant à la fonction de la cité, c'est qu'elle était un important centre cérémoniel.

Le lendemain, nous décidons de revenir à Ollantaytambo par le chemin le plus court, la seconde alternative, par les 30,50 km de voie ferrée. Rebaptisée par nous "l'Inca Rail", cette rando, pendant laquelle nous avons dû prendre garde aux dizaines de trains désservant Aguas Calientes, ne fut pas une simple promenade de santé et, arrivés, nous ne faisons pas longs feux... Le voyage au Machu Picchu, aller-retour, nous aura donc coûté, en tout et pour tout, 22 soles (5,50 euros) au lieu de 100 dollars...

Samedi, après avoir visité les ruines d'Ollantaytambo, rare site où les espagnols perdirent une bataille majeure en 1536 face à Manco Inca (le dernier Inca), nous rentrons à Cusco à vélo, bien fatigués de cette folle semaine...

Magnifique Cordillère Vilcanota : du 06 au 11 novembre 2007.

Publié le dimanche 11 novembre 2007

Par Gaël,

Isolée et peu visitée, la Cordillère Vilcanota, au nord-est de Cusco, est pourtant l'une des plus belles des Andes. Elle nous a offert, quatre jours durant, un cadre exceptionnel pour un trekking de rêve. Cheminant entre les sommets acerés, surgissant de l'Altiplano, et les lagunes aux eaux turquoises, nous avons profité pleinement de ce lieu encore préservé où la nature reste belle et forte...

Mardi matin, nous quittons Cusco en bus, direction Tinqui, point de départ du trek et petit village niché au fond d'une large vallée dominée par les cimes enneigées de la Cordillera Vilcanota. Les nuages noirs nous cachent le massif, mais nous savons qu'il est là , tout proche, palpable... Il est déjà 14h et nous ne tardons pas à nous mettre en marche. Après nous être acquittés d'un droit de passage de 10 soles, nous gravissons de douces pentes qui nous font sortir de la vallée et gagner les hauts plateaux. L'orage menace. Quelques goutellettes s'échappent de la masse nuageuse. Nous pressons le pas...

En chemin, nous croisons quelques enfants qui jouent dans les près, de retour de l'école, ou qui gardent un troupeau de lamas ou d'alpagas. Nous marchons en compagnie d'une jeune femme, qui rentre chez elle, dans une ferme isolée. Vêtue de l'habit traditionnel de la région fait d'un empilement de jupes noires brodées, d'un haut coloré et d'un chapeau plat, elle ne parle que quelques mots d'espagnol, mais l'échange se fait autrement, par des gestes et des regards... Nous entrons dans la Quebrada de Upis Mayo, que nous remontons doucement. C'est alors que les nuages se dérobent, dévoilant avec délicatesse l'imposante face nord de l'Ausangate, principal sommet du massif avec ses 6372m d'altitude. Une véritable barrière de roche et de glace se dresse face à nous, impressionnante, démesurée. La nuit approche et nous nous arrêtons pour bivouaquer près d'une petite maison. Le couple qui vit ici, en compagnie de son troupeau de moutons et d'alpagas, nous invite à planter la tente tout près de leur habitation. Nous dînons en profitant du spectacle du coucher du soleil sur la vallée, puis filons nous coucher...

- Amigos, amigos, ya son las seis. ("Les amis, il est déjà 6 heures"). Réveil brusque ce matin alors que l'on aurait bien trainaillé un peu dans les duvets. Mais le propriétaire des lieux en a jugé autrement ! Nous déjeunons dans la brume matinale avant de nous mettre en route. Après trente minutes de marche, nous arrivons aux sources d'eau chaude de Upis. Nous aurions pu pousser jusque là hier si nous avions su que c'était si proche... mais on nous avait dit qu'il restait encore plus d'une heure de marche !!! Ne jamais faire confiance à un Péruvien ! Nous bouchons l'évacuation du petit bassin, qui se remplit doucement, au rythme de la source bouillonnante. Quel bonheur de se prélasser dans ces eaux chaudes, en pleine nature, face à l'Ausangate qui se dégage peu à peu. Le tableau est parfait...

Après une bonne demie-heure de bain bien chaud, il est difficile de se remettre en marche. Mais les superbes glaciers qui étincellent face à nous nous motivent. Nous franchissons un col à 4850m puis cheminons de lagune en lagune, qui rivalisent de beauté au pied d'immenses glaciers dégringolant des flancs de la montagne. Au sommet d'un second col, nous découvrons la Laguna Auzangatecocha, 200 mètres en contrebas. Ce petit paradis sera notre lieu de bivouac du jour. Il est 14h30, le soleil brille. Nous nous installons sur l'herbe verte, seuls au monde dans ce cadre de rêve, laissant divaguer nos pensées, portées par la beauté des lieux...

La journée de jeudi sera la plus longue, mais aussi l'une des plus belles de ce trek. Levés à 6 heures (ca y est, on a le bon rythme), nous partons sous un ciel voilé et gravissons un col à 5075 m d'altitude. Là haut, la vue est superbe, mais en continuant un peu plus haut, sur l'arête colorée qui file vers le sud, nous atteignons un petit sommet à 5150m où la vue se dégage encore plus... L'Auzangate, maître des lieux, déverse ses glaciers jusque dans les vallées. La Mariposa, à ses côtés, lance ses pics englacés vers le ciel, tandis qu'un peu plus loin, le Nevado Comercocha soutient la comparaison avec ses illustres voisins.

Nous redescendons dans la Quebrada de Jampa Mayo, peuplée de quelques communautés isolées. Une petite fille qui file la laine nous regarde passer en souriant, d'un air étonné et curieux. à 10 heures de marche de Tinqui et à plus de 4500 mètres d'altitude, la vie doit être rude ici... Mode de vie d'un autre temps, d'un autre monde...

Face à nous se dresse bientôt le Nevado Pico Tres, dont les trois pics de glace s'élancent vers le ciel. Des viscachas détalent dans les rochers à notre passage alors que des alpagas paissent paisiblement dans les zones humides où ouettes des andes et canards sont à leur aise... Le ciel se couvre peu à peu. Le vent se lève. L'orage menace. Nous pique-niquons à quelques encâblures d'un nouveau col, qui surplombe les glaciers et nous ramène de l'autre côté de la cordillère. Quelques flocons de neige nous acceuillent au sommet. Les nuages noirs avalent les cimes une à une. Ambiance austère au milieu des apachatas (petits monticules de pierres dressés pour demander la protection des Apus, les esprits de la montagne) du col. Nous redescendons sans tarder, croisons quelques vigognes en route et arrivons dans une vallée peuplée de quelques bâtisses de pierre perdues entre les lagunes aux eaux turquoise. Nous franchissons la Laguna Comercocha (le lac vert) et poursuivons notre descente. Une fillette qui nous voit passer de loin court vers nous, s'arrête à ma hauteur, me regarde en souriant et repart au pas de course. Nous la reverrons quelques minutes plus tard, chargée de tejidos (artisanat) qu'elle nous propose d'acheter. La petite doit avoir à peine 8 ans, mais sait déjà bien marchander ! Rencontre insolite des hauts plateaux...

Nous continuons notre longue descente jusqu'au hameau de Calachaca où une piscine d'eau chaude nous attend... Après 7h30 de marche, se relaxer dans ces eaux chaudes en buvant un petit cafecito avec des pasas au chocolat est un véritable bonheur. Moments magiques avec les lumières du soir qui illuminent l'Ausangate... Nous bivouaquons là , heureux comme des rois...

Le lendemain, aux premières lueurs du jour, je n'hésite pas une seconde et plonge dans les eaux chaudes, alors que le givre couvre notre tente. L'Auzangate me fait face, majestueux... Yves ne tarde pas à me rejoindre et nous déjeunons là , dans l'eau. L'un des meilleurs petits-déjeuners de ma vie !

Nous sortons de l'eau après 2h30 de trempette. Nous avons le temps et voulons profiter de l'endroit. Je décide d'aller faire un tour, de grimper un peu pour prendre de la hauteur. Yves reste là , pour écrire tranquillement, au soleil. Je gravis les pentes à l'est de la quebrada. Plus je m'élève et plus la vue se dégage. Je parviens à un premier petit sommet d'où l'autre partie de la cordillère se dévoile. Je grimpe encore un peu, jusqu'à un autre sommet à 4863m d'altitude. Une vue panoramique sur toute la cordillère s'offre à moi. Je reste là , fasciné par le spectacle, envoûté par ces dentelles de glace qui se découpent sur le ciel azur. Je construis un petit apacheta, écris un peu, ne parviens pas à repartir. Je suis hypnotisé. Mais je dois redescendre. Yves m'attend en bas...

De retour dans la quebrada, nous redescendons ensemble jusqu'à Tinqui. C'est la fin de ce trek qui fut une pure merveille. Du bonheur à chaque instant...

Un bus nous ramène en 4 heures à Cusco et à l'agitation citadine. Contrastes difficiles avec la vie paisible et silencieuse des montagnes... Mais une bonne nouvelle nous est apportée par notre hôte, Pamela : nos amis cyclos, Céline et François sont arrivés ici aujourd'hui même !!! Excellente ! Samedi, nous retrouvons donc nos amis que nous n'avions pas vu depuis Sucre, il y a 3 mois. Nous passons la journée à se raconter nos aventures respectives autour d'un maté, un bon sandwich de chez Jack's ou un petit pisco... Et nous avons tellement de choses à nous dire que nous recommençons le dimanche !!!

Demain, nous repartons en direction de la vallée sacrée et des mythiques ruines incas de Machu Picchu...

Chivay - Cusco, du 29 octobre au 4 novembre 2007 : Etapes en solitaire.

Publié le lundi 5 novembre 2007

Par Gaël et Yves.

29/10 : Chivay - Bivouac après le Rio Colca Alto : 78 km (G) / Chivay - Pusapusa : 82 km (Y).
30/10 : Bivouac après Rio Colca Alto - Yauri : 102 km / Pusapusa - Yauri : 93,50 km.
31/10 : Yauri - bivouac après Andahuaylillas : 194 km / Yauri - Checacupe : 134 km.
01/11 : Bivouac après Andahuaylillas - Cusco : 40 km / Checacupe - Cusco : 104 km.
02-03/11 : Cusco.
04/11 : Cusco - Salinas de Maras - Cusco (bus).

Après un super week-end passé dans le Cañon del Colca en compagnie de Céline et Virginie, nous décidons de nous séparer pour quelques jours, le temps de rejoindre Cusco. Chacun ira à son rythme, afin d'expérimenter (ou de ré-expérimenter) le voyage en solo. Mais un mail reçu en cours de route nous obligera tous les deux à mener une véritable course contre la montre afinm de parvenir dans les temps à Cusco. Affrontant la neige, la pluie, les orages déchainés et les dénivelées, nous avons su relever le défi et avons pu passer un nouveau week-end en compagnie de Céline et Virginie, merveilleux, dans l'agréable douceur cusqueña.

(G) Le lundi, c'est jour de marché à Chivay et les rues s'animent et se parent de couleurs chatoyantes dès les premières lueurs de l'aube. Nous profitons du spectacle avant de reprendre la route, chacun de notre coté. Je m'élance donc en premier, sur la piste qui mène à Sibayo. Je remonte la belle vallée du Rio Colca, qui s'élargit doucement. Le temps est nuageux ce matin et quelques gouttes de pluie viennent s'inviter à la fête, prémisses de la saison des pluies qui se prépare... J'arrive rapidement à Sibayo et bifurque alors sur le droite pour traverser le Rio Colca et entamer l'ascension du gros col dur jour. 18 km de lacets et d'efforts plus tard, je débouche au sommet, à 4730m d'altitude. Le ciel est chargé de nuages noirs et menaçants et, si les grondements de tonnerre m'ont accompagnés tout le long de la montée, j'ai pour l'instant évité la pluie. J'effectue une descente rapide, dans le froid et l'humidité et traverse à nouveau le Rio Colca, au fond de la vallée. Une nouvelle grimpette se présente à moi. L'orage se fait de plus en plus manaçant. Les éclairs illuminent le ciel de tous les côtés. Je suis encerclé et préfère m'arrêter et monter le bivouac plutôt que d'affronter la tourmente. J'ai juste le temps de me faire chauffer une petite sopita que l'orage éclate pour de bon au-dessus de moi, déversant un déluge de pluie. Je me faufile dans mon duvet et je m'endors paisiblement, bercé par le fracas des gouttes de pluie qui martèlent ma toile de tente... 21h30, je me réveille en sursaut, le nez à quelques centimètres de ma toile de tente ! Je mets quelques instants à comprendre ce qu'il se passe : après que je me sois endormi, le pluie a fait place à la neige, une neige lourde et collante, qui s'est accumulée sur ma tente et dont le poids fait fortement plier mon frêle abri. Je sors la tête dehors. Un manteau neigeux déjà épais d'une quinzaine de centimètres recouvre les alentours. Je me vois alors dans l'obligation d'effectuer une mission dégageage de la tente, en slip et tee-shirt, sous la neige... Les deux heures suivantes, je ferai sonner mon réveil toutes les 30 minutes, afin de dégager la neige qui continue de s'accumuler, à grands renforts de coups de pieds, depuis l'intérieur de la tente. 23h00, il ne neige plus, mais la neige accumulée tout autour de moi se met à fondre et mon refuge à quatre sous commence à prendre l'eau ! Je dors tant bien que mal les 6 heures de nuit restantes et, lorsque les premières lueurs du jour me réveillent, à 5 h, je constate les dégâts : tout est humide, voire complètement trempé, à l'intérieur de ma tente. Dehors, la neige a en grande partie fondue, laissant place à une boue épaisse... La journée s'annonce difficile, d'autant que le ciel reste bien chargé ; un jour blanc qui ne présage rien de bon... Je déjeune rapidement, range mes affaires bien humides et me remets en route, dès 6h. Une longue et dure journée s'annonce.

La première bonne surprise du jour, c'est que la piste n'est pas recouverte de neige dans ces premiers kilomètres, et n'est pas trop boueuse non plus, me permettant de rouoler à peu près correctement. Je progresse dans l'atmosphère austère des hauts plateaux andins, qui se dévoilent en version noir et blanc ce matin. Un croise un troupeau de lamas et d'alpagas, qui ne semblent pas émus par ce caprice du temps. Il faut dire qu'ils sont bien mieux équipés que moi face à ces intempéries printanières !!! La piste s'élève vers les sommets et, avec l'altitude qui augmente, la couche de neige s'amplifie et le beau manteau blanc vient bientôt recouvrir la piste. Aucun véhicule n'est passé depuis hier soir et je dois faire ma trace dans cette neige épaisse et collante. Quelques kilomètres plus loin, je croise une combi et profite de sa trace. Mais il n'est pas facile de rester dans une ornière de 20 cm de large, surtout lorsque la piste est en dévers. Je suis parfois obligé de pousser ma monture pour franchir les portions les plus délicates. J'atteins un col vers 8h30. Tout n'est que blanc autour de moi et le brouillard entre dans la partie ! Peu après, je rejoins une piste plus fréquentée. Avantage : le passage des nombreux véhicules a dégagé en partie la piste. Inconvénient : chaque véhicule qui passe à ma hauteur m'envoie au visage un mélange de boue et de neige fondue très agréable. Je ne tarde pas à être recouvert d'une belle croûte de boue, façon crapaud... Je franchis le point le plus haut de cette piste, à près de 4700m et c'est alors que le soleil tente une percée à travers la couche nuageuse. Ceci a pour effet de sécher la piste ; mais là encore il y a un point négatif : cela crée une couverture de brume qui stagne au-dessus de la piste et m'oblige à pédaler dans un brouillard à couper au couteau !

Le piste redescend enfin et s'assèche peu à peu. Je dois m'arrêter à plusieurs reprises dans la descente pour retirer la boue coincée sous mes garde-boue et qui me freine considérablement. 12h, je pique-nique au soleil, enfin, avant une grande descente qui me fait sortir de cet écrin de blancheur. Je perviens à Tintaya, village minier peu acceuillant, vers 15h, à cours d'eau. J'y fais le plein alors que l'orage monte à nouveau et que le vent se lève. Je décide tout de même de pousser jusqu'à Yauri, distant d'une quinzaine de kilomètres seulement. Contre la montre face à l'orage qui se rapproche. Je parviens à Yauri sous les nuages noirs et me faufile dans un petit hospedaje à 4 soles 5 minutes avant que l'orage n'éclate sur la ville. Ouf !!! Quelle journée !!! Me voici à l'abri. Le martèlement des gouttes sur le toit de tôle me rappèle que le confort d'une maison est bien appréciable parfois... Avant de me coucher, je décide d'aller faire un tour sur internet, afin de donner mes positions à Yves. Mais là , je recois un message de Céline et Virginie, qui ont décidé de nous rejoindre à Cusco pour ce week-end prolongé du 1er novembre ! Elles arrivent jeudi matin dans la capitale Inca. Il me reste plus de 235 km et à peine plus d'une journée pour les parcourir. Le défi s'annonce difficile, mais je suis remonté et prêt à le relever ! Mercredi, c'est donc à 4 heures du matin que je me lève, pour me mettre en route dès l'aube. Je pédale dans le brouillard et le froid qui me glace le sang, roulant sur une boue épaisse, vestige de l'orage d'hier soir. La tête dans le guidon, je franchis un col à 4200m avant de rejoindre la route asphaltée à Sicuani, vers 11h. Je m'offre un petit almuerzo pour reprendre des forces. En ressortant du restaurant, un homme qui faisait cuire des pommes de terre dans un four à bois me fait don d'un bon kilo de patates chaudes « pour la route ». Je les mangerai en roulant, ne prenant même pas le temps de m'arrêter de l'après-midi. Je descend la fertile vallée du Rio Vilcanota, verte et très peuplée. Les mais, à peine sortis de terre sur les hauts plateaux, mesurent déjà ici près d'un mètre ! Comme les jours précédents, l'orage monte dans l'après-midi. J'essuie quelques gouttes mais évite le plus gros et peux rouler jusqu'à 17h. Je m'arrête peu après Andahuaylillas, avec 194 km et près de 10 heures de vélo au compteur, record battu ! Le lendemain, je pars encore à l'aube et parcours les 40 km qui me séparent encore de Cusco. Yana (mon vélo) se faufile des les rues pavées de la cité inca, gravit les dernières pentes et débouche sur la Plaza des Armas, le coeur en fête. Il est 8h du matin, je suis en avance ! Défi réussi !!! Je m'asseois sur les marches qui descendent de la Cathédrale et profite de l'instant. Céline et Virginie ne tardent pas à nous rejoindre et nous allons prendre un petit déjeuner ensemble. Quelle joie de les retrouver ici ! Yves nous rejoint 2 heures plus tard (voir son récit ci-dessous) et nous voici donc à nouveau réunis tous les 4 pour notre plus grand bonheur !

Nous passerons alors 3 journées des plus agréables, à aprenter les ruelles cusqueñas, à gravir ses innombrables escaliers et à s'impreigner de l'atmosphère de cette ville à l'architecture incomparable. Des ruines de Sacsayhuaman et de Quenko, qui dominet la ville, au site de Caricancha, qui fut jadis de célèbre Temple du Soleil des Incas, nous nous plongeons dans l'histoire, découvrant l'ingéniosité, la maitrise et la richesse de cette civilisation. Nous nous régalons aussi de la cuisine cusqueña en dégustant une causa rellena, un cuy al horno (cochon d'inde rôti) ou un bon jus de fruits frais, sans parler des énormes sandwichs de chez Jack's et des délicieux chocolats suisses envoyés par la géniale Famille Oberli pour mon anniversaire ! Merci à vous !!!

Dimanche, nous allons nous promener sur l'étonnant site des salines de Maras. Taillées à flanc de montagne, dans la Vallée Sacrée des Incas, ces multiples terrasses d'origine pré-inca sont toujours exploitées aujourd'hui et permettent d'extraire le sel provenant d'un petit cours d'eau. L'étagement des bassins et leur dégradé coloré affore un superbe spectacle, un véritable paradis pour le photographe !

de retour à Cusco, l'heure est venue de nous dire au revoir. Céline et Virginie doivent rentre à Arequipa par un bus de nuit. Les enfants de la crèche les attendent demain matin ! Nous avons le coeur serré en les voyant monter dans le bus, mais nous les retrouverons bientôt, à coup sûr...

''(Y) Lundi, après un abrazo et un "cuidate amigo !", 8h30, c'est parti. Me voilà sur la piste de Cusco, seul avec ma belle (biciclette...), une nouvelle expérience qui commence pour moi, je suis tout excité. Je sors peu à peu du canyon et arrive bientôt à Sibayo, sous quelques gouttes de pluie. Là , j'entâme un col, aux pentes régulières mais long, qui me mène dans des paysages montagneux de plus en plus désertiques. le ciel s'est couvert de nuages depuis le milieu de la matinée et l'orage se rapproche depuis midi, il gronde tout autour de moi désormais. Le ciel est noir et les éclairs tombent ici et là , je ne fais pas le fier... Enfin, j'arrive en haut du col. C'est alors que les éléments se déchaînent : il se met à pleuvoir, de la grêle, de la neige, de plus en plus fort, je n'y vois pas à cent mètres alors que je descend le plus vite possible à la recherche d'un abri. J'en trouve un en contre-haut de la piste, un abri à moutons près d'une cabane de berger. Trempé, les mains gelées, j'attends que la tourmente passe, sceptique... Enfin, ça a l'air de se calmer, je remonte sur mon vélo et dévale les quelques kilomètres me séparant d'Ichuayco. Là , on m'assure que le prochain village, Pusapusa, n'est qu'à une quinzaine de kilomètres de descente de là , je poursuis donc, pédalant contre la nuit qui vient et la pluie qui revient... A Pusapusa, je demande l'hospitalité à l'école, accordée ; à peine rentré dans la salle de classe où je vais passer la nuit que la pluie se remet à tomber, diluvienne, elle ne cessera qu'au petit matin. Quelle chance d'être à l'intérieur, je pense à Gaël qui est sûrement sous la tente à l'heure qu'il est... Le lendemain, levé à 5h00, je reprend la route vers 6h00, du moins j'essaye : le ciel est dégagé mais la pluie de la nuit a rendu la piste boueuse et impraticable, je suis obligé de faire des aller-retour en portant tout mon équipage afin de sortir du village. Puis, tous les deux ou trois kilomètres, je m'arrête afin de retirer la boue qui reste collée entre les garde-boue et les roues... Le soleil sèche peu à peu la piste, me laissant enfin le loisir de contempler les paysages fantastiques que je traverse. J'arrive sur un plateau, un gros village en point de mire, un chemin partant vers Espinar sur la droite ; sur ma carte, je dois poursuivre tout droit et Espinar n'est pas mentionné, je file. Arrivé à Caylloma, je demande la route pour Yauri, ma prochaine destination, on me dit qu'il fallait que je tourne à droite il y a quelques kilomètres et que Espinar et Yauri... sont la même ville ! Dépité d'avoir roulé pour rien jusqu'ici, pestant contre ma carte, je monte dans un camion qui me reconduit près de l'embranchement pour Espinar-Yauri. C'est bien un chemin que j'emprunte, défoncé, inondé par les eaux du rio qui a débordé à cause des pluies diluviennes. Nouveaux aller-retour avec tout le matériel, les pieds dans l'eau, jusqu'à retrouver la terre ferme. J'entâme alors l'ascension d'un col, en haut duquel j'arrive vers midi. Je pique-nique, des sommets blanchis sous les yeux, avant de redescendre, vers une vallée aux formations rocheuses spectaculaires.

Je prends mon temps jusqu'à me rendre compte que le ciel se couvre à vitesse grand V et que l'orage approche... Je passe la cinquième et roule désormais contre l'orage. Après un petit village, j'entre dans une nouvelle vallée, magnifique, "el valle de los tres cañones". Je roule bon train quand un pick-up s'arrête à ma hauteur. Au volant, Fernando, qui travaille dans le service du tourisme de la municipalité de Yauri. Il me propose de nous retrouver à la mairie en fin d'après-midi. Sorti du canyon, je retrouve une pampa au bout de laquelle j'aperçois la terre promise. Mais, bien que je roule comme une brute, l'orage me rattrape et me tombe dessus à 12 km de l'arrivée. Une pluie diluvienne s'abbat sur moi, me cinglant le visage dans les portions où j'ai le vent dans le nez. J'arrive à bon port trempé comme une soupe, et retrouve Fernando, qui m'invite à passer la nuit chez lui. Il vient d'Arequipa, a fait ses études à Cusco et travaille à Yauri où il vit chez son oncle et sa tante. Une maison très modeste où l'on me reçoit avec chaleur, on l'on m'offre un goûter inespéré et une pièce, à l'abri... Vers 20h00, Fernando revient du travail et nous allons manger un morceau, avant de boire un bon maté argentin en écoutant Hévia, que rêver de mieux ? Je suis aux anges... Je passe la nuit dans un bon lit et le lendemain, on me sert un copieux petit déjeuner, on m'achète du pain pour la route et on me sèche mes vêtements au sèche-cheveux ! Ces gens ont vraiment été adorables avec moi, merci à eux... Je repars donc vers Sicuani, sur une piste bien meilleure que les jours précédents. Malheureusement, cette dernière est encore fort humide et la boue colle encore à mes pneus, m'obligeant de nouveau à m'arrêter à plusieurs reprises. Je rejoins la piste Cusco-Arequipa, passe à Descanso où je me repose un peu, puis grimpe le col permettant de rallier la vallée de Sicuani. La Laguna de Langui, puis la descente dans une vallée étroite et de plus en plus verte jusqu'à Sicuani, je retrouve la route, quel bonheur... Je roule, je roule, sûr que l'orage va de nouveau se manifester cette après-midi. A Sicuani, je passe sur internet pour prévenir Gaël de mon avancement, et quelle n'est pas ma surprise quand j'apprends que Céline et Virginie arrivent à Cusco demain vers 6h00 pour passer le week-end avec nous ! Je suis à 140 km de Cusco, une seule chose à faire pour arriver au plus tôt demain, rouler. C'est ce que je fais, les jambes légères et la motivation démesurée dans la perspective des jours à venir. Je me démène jusqu'à la pluie, qui me contraint à m'arrêter à Checacupe où je suis acceuilli à l'Ecole des Beaux-Arts. Jeudi matin, réveil 3h00, un bon petit déjeuner, je décolle à 4h00, de nuit ! Il me reste plus de 100 km à parcourir. Encore une autre expérience : à la lumière de la frontale, on avance sans prêter attention aux dénivelées, tous les sens sont en éveil, l'ouïe particulièrement, on est plus sensible aux odeurs. A 5h00, le jour se lève, 20 km au compteur, je passe la troisième. J'appuie sur les pédales comme un coureur de contre-la-montre, la tête dans le guidon, les paysages défilent, je roule, je roule... Enfin j'arrive dans Cusco, où j'espère être attendu sur la Plaza de Armas, le dernier virage avant le sprint final, je gagne contre le temps (hier midi, je pensais arriver en début d'après-midi), il est 9h40, mais pas de public... J'attends donc une petite heure, avant de voir Virginie arriver, quel bonheur, je me suis éclaté ces derniers jours...''

Arequipa II - Chivay, du 19 au 28 octobre 2007 : Retrouvailles, rencontres, quand le temps ne compte plus...

Publié le lundi 5 novembre 2007

Par Yves.

19-20/10 : Arequipa.
21-22/10 : Ascension du Volcan Misti (5822 m).
23/10 : Arequipa - Bivouac 18 km après Tambillo : 116 km.
24/10 : Bivouac 18 km après Tambillo - Bivouac col "Tambillo-Huambo" : 63 km.
25/10 : Bivouac col "Tambillo-Huambo" - Cruz del Condor : 101 km.
26/10 : Cruz del Condor - Chivay : 44 km.
27-28/10 : Chivay - Fortaleza de Madrigal - Chivay (bus, rando).

Sur le point de quitter Arequipa, notre ami cyclo-voyageur Julien Leblay arrive, nous ne pouvons plus filer... Entre chaudes retrouvailles et rencontres, nous gravissons le Volcan Misti avant de partir, tout de même, en direction du Cañon del Colca et de Chivay où nous avons rendez-vous trois jours plus tard avec ... deux charmantes jeunes filles, en compagnie desquelles nous passons un agréable week-end.

Vendredi 19 octobre, alors que nous finalisons l'actualisation du site, je reçois un message de Julien Leblay, un ami cyclo-voyageur auvergnat, qui vient d'arriver à Arequipa. Parti mi-septembre de Lima, il compte rallier Ushuaia en six mois, projet ambitieux. Il était prévu de longue date que nous nous rencontrions en chemin, mais nos avancements respectifs avaient quelque peu chamboulé nos plans : alors que nous entrions dans Arequipa, Julien arrivait à Chivay, aux portes du Cañon del Colca, où il nous avait récemment proposé de le rejoindre ; ayant rendez-vous avec les Sélénites aux alentours du 17, nous n'avions pu nous détourner de notre route. A plus de 300 km de piste les-uns des autres, Julien allait-il arriver à rallier Arequipa avant que nous n'en partions, allait-on se râter à un ou deux jours près, telles furent les questions que nous nous sommes posés, chacun de notre côté, durant toute cette semaine. Mais c'était sans compter sur l'incroyable détermination de notre ami de nous revoir, sur sa folie aussi, de se lancer dans cette "course-poursuite" infernale qui l'a mené de Cusco à Arequipa en 10 jours , un temps "record" pour qui voyage seul étant donné du relief et de l'état de la piste... Chapeau l'artiste, ce que tu as fait pour nous nous a touché profondément, MERCI... Plus qu'heureux de le savoir ici, nous l'invitons à nous rejoindre chez Kike au plus vite. Quelques courses plus tard, c'est Julien, en chair et en os (plus en os qu'en chair d'ailleurs !), qui nous ouvre la porte, que mierda ! C'est incroyable de nous retrouver ici, nous qui nous sommes quittés il y a près d'un an et demi sur la place de Jaude de Clermont-Fd, lors de l'édition 2006 de la fête du vélo. Entre temps, le garçon a fait deux voyages à vélo dans les Balkans. Nous passons la soirée à discuter autour d'une nouvelle tartiflette au St Nectaire et d'un brownie, appréciés de notre compère qui a perdu du poids en roulant comme un dingue pour arriver ici à temps ! Prévoyant d'escalader le Misti le surlendemain, il nous propose de rester quelques jours de plus et de le faire avec lui ; et nous qui comptions partir samedi... Mais après ce qu'il vient de faire pour nous, nous ne pouvons pas refuser, sacré Julien, allez, ce sera avec plaisir vieux !

Samedi après-midi, nous le rejoignons là où il est hébergé, dans une collocation de français, volontaires dans des associations travaillant avec des enfants. Nous faisons la connaissance d'Olivier, qui sera notre guide sur les flancs du Misti, de Céline et de Virginie, avec lesquels nous regardons la finale de coupe du monde rugby, in-intéressante mais perdue par les anglais face aux sud-africains, por lo menos... Le soir, nous avons droit à une soirée crêpes mémorable préparées par les filles, des forces pour le Misti.

Dimanche 21, jour de recensement national (durant lequel les péruviens n'ont pas le droit de sortir de chez eux de 6h00 du matin à 20h00 du soir !), nous nous levons à 4h00, nous petit-déjeunons et, à 5h00, nous prenons un taxi qui nous mène au pied du géant dominant la ville, volcan dont l'activité bouillonnante menace en permanence de la secouer voire de la raser, comme ce fut le cas en 1600, 1687, 1868, 1958, 1960 et 2001. Le ciel est dégagé, le soleil se lève, il va faire beau et chaud aujoud'hui. La marche d'approche, à -travers une grande pampa, nous permet de nous mettre en jambes avant d'attaquer les premiers contreforts du volcan. Puis, nous montons régulièrement dans des pierriers de roches volcaniques jusqu'au camp d'altitude, à 4700 m, où nous bivouaquons alors que qu'Arequipa s'illumine peu à peu... Lundi, 5h00, nous partons pour la cumbre que nous atteignons vers 9h30, chacun à notre rythme. Julien, pour qui c'est le premier sommet de cette ampleur (après le Puy de Dôme !), a le souffle court mais nous rejoint bientôt ; quant à Olivier, qui avait échoué une première fois à quelques encâblures de l'arrivée il y a quelques temps, c'est une belle revanche qu'il prend sur le volcan, bravo les gars !

Alors que nous admirons le cratère impressionnant et la vue panoramique que nous avons de là -haut, Gaël sort de son sac ... le quart de St nectaire restant afin de fêter dignement cette ascension ! Quelle surprise, et quel honneur pour ce fromage, un des plus hauts du monde vraissemblablement ! St Nectaire-Mantecol, un "cocktail" détonnant pour redescendre jusque Arequipa au plus vite ! Nous y parvenons vers 15h30. Nous repassons chez Kike, chargeons nos vélos et, après l'avoir chaleureusement remercié, nous filons chez nos nouveaux amis français, où nous passons notre dernière soirée citadine. Papas à la huancaïna, lasagnes aux épinards, brownie et salade de fruits, le repas préparé par les filles est une nouvelle fois succulent, une soirée comme on les aime, entourés de gens géniaux...

Mardi 23 octobre, cette fois, nous sommes sur le départ : pas facile de quitter Julien ainsi que nos nouveaux amis après les trois jours que nous venons de passer, mais c'est ainsi. Nous allons rouler sur ses traces jusqu'à La Oroya, lui sur les nôtres jusque Ushuaia, rendez-vous à la maison l'année prochaine ! Un autre rendez-vous est fixé avec Céline et Virginie, qui souhaitent nous rejoindre dans le Cañon del Colca pour le week-end, vendredi-19h00 à la gare routière de Chivay ! Nous quittons donc Arequipa heureux, la tête pleine de souvenirs. Après avoir traversé de vertes vallées agricoles, nous parvenons dans un désert. Nous quittons l'asphalte à Tambillo et nous nous dirigeons vers Huambo. Nous bivouaquons au pied d'un col, après plus de 115 km, belle étape.

Le lendemain, nous nous lançons dans ce col, que nous savons long de plus de 60 km. Les pentes sont douces, les paysages magnifiques mais il nous faudra la journée pour en atteindre le haut, épuisés ! Jeudi, nous redescendons sur Huambo, remontons un col et arrivons dans le Cañon del Colca (second canyon le plus profond du monde avec 3191 m de profondeur), par Cabanaconde. Nous avons retrouvé la végétation qui avait disparue ces deux derniers jours et avançons jusqu'à la Cruz del Condor, mirador situé au-dessus d'un site de nidification de condors, également lieu de bivouac de rêve... Le canyon, large avant Cabanaconde, est ici très étroit et abrupt, impressionnant.

Le lendemain, levés aux aurores, nous sommes aux premières loges pour admirer les condors. Malheureusement, nous verrons plus de touristes que d'oiseaux ! Un ou deux, pas plus, passent tout de même sous nos yeux, magnifiques, avec leur envergure de plus de 3 m. A l'heure de reprendre la route, nous sommes un peu déçus mais notre rendez-vous du soir nous fait garder le sourire.

Nous descendons le canyon, de nouveau de plus en plus large et cultivé, où les habits et chapeaux traditionnels des femmes, brodés, sont de toute beauté. Nous arrivons à Chivay vers 15h00, nous avons un peu d'avance... Nos amies arrivent enfin vers 20h00, nous nous installons dans un petit hôtel avant une soirée fort agréable ma foi...

Samedi, nous prenons un collectivo jusque Madrigal, de l'autre côté du canyon, d'où nous montons jusqu'à une forteresse inca, juchée sur un pli rocheux, situé à la "boca del Cañon", bouche du canyon, où ce dernier se rétrécit. Nous passons la fin d'après-midi et la soirée à l'abri du vent dans une sorte de borie, à discuter, de tout et de rien. Nous fêtons nos 15 mois de voyage, perdus dans la montagne...

Dimanche, nous rentrons à Chivay, non sans quelques difficultés à trouver un transport, et nous nous régalons d'un américano (rocoto relleno, porc, pastel de papas, choclo) arrosé d'une chicha morada, avant d'aller nous baigner dans des termes, ça faisait longtemps ! Ainsi se termine ce week-end en compagnie de Céline et Virginie qui reprennent leur bus à 16h00. Merci les filles de nous avoir rejoint, ce fut court mais génial ! De nouveau tout les deux, nous nous préparons à repartir pour Cusco le lendemain, chacun de notre côté...