août 2007 - Si On Jouait...

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Oruro - La Paz, du 15 au 29 août 2007 : Quand "Si On Jouait" s'essaye à l'Andinisme...

Publié le jeudi 30 août 2007

15/08 : Oruro - San Cristobal : 104,50 km.
16/08 : San Cristobal - Bivouac avant Aguas Ricas : 89,75 km.
17/08 : Bivouac avant Aguas Ricas - Sajama : 72,75 km.
Du 18 au 20/08 : Ascension du Nevado Sajama (6542m, 9h20 de montée, 5h30 de descente), retour Sajama.
21/08 : Sajama.
22/08 : Sajama - Parinacota (Chili) : 62,50 km.
23/08 : Randonnée dans le Parc National Lauca, autour des Lagunas Cotacotani (4h).
24/08 : Parinacota - Lago Chungara : 17 km. + Montée au camp d'altitude du Volcan Parinacota (5h30).
25/08 : Ascension du Volcan Parinacota (6342m, 3h15 de montée, 4h40 de descente), retour Chungara.
26/08 : Lago Chungara - Bivouac vers Curahuara (Bolivie) : 77km.
27/08 : Bivouac vers Curahuara - Village Aymara : 82,50 km.
28/08 : Village Aymara - Tolar : 85,50 km.
29/08 : Tolar - La Paz : 76,75 km.

Par Yves. Partie I :

Une quinzaine de rêve s'achève, quinzaine qui fut sous le signe de la haute montagne et pour nous l'occasion de nous essayer à l'Andinisme : après avoir gravit le Volcan Licancabur (5916m) dans le Lipez, entre autres sommets à plus de 5000m, nous nous sommes attaqués à deux sommets à plus de 6000m, et non des moindres, à savoir le Volcan Parinacota (6342m) et le Nevado Sajama (6542m, point culminant de la Bolivie). Ce fut également pour nous l'occasion de retourner au Chili, une ultime fois, avant de poursuivre notre séjour en terres boliviennes, en passant par La Paz, huitième capitale de notre périple...

Mercredi 15 août, après une rapide journée de repos, nous repartons vers l'ouest, direction Sajama. En sortant d'Oruro, nous longeons le Lago Uru-Uru, paradis des canards, sarcelles, échassiers, flamants, foulques et autres oiseaux en tout genre. Puis, nous retrouvons l'Altiplano, désert sans horizon à la végétation rase, où les camélidés sont les rois et où les hommes se regroupent par-ci, par-là, autour des rares points d'eau. Le soir, nous dormons dans l'école du hameau de San Cristobal, dont l'instituteur gagne 50 bolivianos par jour travaillé (5 euros), soit un salaire mensuel d'environ 100 euros...

Deux étapes de piste plus tard, les sommets enneigés vers lesquels nous nous dirigeons nous apparaissent enfin : Le Volcan Guallatire tout d'abord, puis ceux du Parinacota et du Pomerape, et enfin, le Nevado Sajama ; c'est vers ce dernier que nous mettons le cap. Nous rejoignons la Route Internationnale "La Paz - Arica" avant de bifurquer vers le petit village de Sajama, niché au pied du majestueux Nevado, point culminant de Bolivie avec 6542m d'altitude. Les 11 km de piste qui nous y mènent sont infâmes, mais, heureusement, le décor qui nous entoure est de toute beauté. Qui plus est, en arrivant, nous sommes acceuillis de la manière la plus chaleureuse qui soit par un groupe de français voyageant avec une agence chilienne. Leur voyage : trois semaines entre Chili et Bolivie avec comme objectif l'ascension de cinq sommets, trois 5000m et deux 6000m dont le Nevado Sajama en guise de "déssert".

Nous nous installons dans ce village à l'atmosphère paisible et réfléchissons au programme des jours suivants : notre idée est de gravir le Parinacota puis le Sajama. Mais la soirée que nous passons avec les français qui nous invitent à leur table nous fait changer notre fusil d'épaule : partant pour le Sajama le lendemain, ils nous proposent de partir avec eux ! Bueno !

Samedi 18 août, sacs au dos, nous nous élançons donc tout excités dans l'ascension du plus haut sommet du pays. Le temps est au beau fixe, cela s'annonce bien. Après 2h30 de marche (au lieu de 4h00 prévues dans les topos) sur une piste puis le long du Rio Aychuta,nous arrivons au camp de base (4800m) où nous retrouvons nos amis. Ces derniers nous invitent de nouveau à venir nous abriter du vent qui s'est levé, sous leur tente "cuisine - repas". Nous échangeons avec les uns, les autres, faisant ainsi connaissance. Nous conversons également avec les deux guides chiliens, Rodrigo et Patricia, ainsi qu'avec le responsable français du groupe, François-Rémi ; très sympathiques. A cette occasion, nous apprenons que Patricia, qualifiée de "personnalité dans le monde la montagne au Chili" par Rodrigo, est en passe de relever un défi plus qu'impressionnant : gravir les sept sommets les plus hauts des "sept" continents ! Il ne lui en reste qu'un, auquel elle s'attaquera en septembre, le point culminant de l'Océanie qui se trouve en Indonésie ; et oui, elle a déjà gravit l'Everest ! On n'est pas avec n'importe qui, voyez-vous !

Le lendemain, nous rejoignons l'arrête nord-ouest du géant après avoir remonté un pierrier bien raide, et arrivons au camp d'altitude (5650m) situé à quelques centaines de mètres du glacier (en 2h30 au lieu de 5h00, tant mieux...). De là, la vue s'étend à l'infini en direction de La Paz, et est grandiose en direction du Chili : Parinacota et Pomerape se dressent sous nos yeux, entre autres, magnifiques volcans aux formes quasi-parfaites, attirants... Nous passons la fin de journée à discuter dans cet endroit insolite, perché au-dessus du monde, avant un "bon" repas et avant de nous glisser dans nos duvets, tout habillés, car il risque de ne pas faire chaud cette nuit ! Il est 18h30, réveil à 1h30, départ prévu à 2h30...

Le réveil sonne en pleine nuit, c' est l'heure ! On enfile chaussures et coupe-vent, on petit-déjeune sous la tente, puis on attend que le groupe soit prêt, en silence, chacun dans nos pensées... 3h00, c' est parti. Une file indienne se met alors en marche à la lumière des lampes frontales, remontant le couloir menant au glacier. Là, nous chaussons les crampons, sortons les piolets et nous nous encordons (notez que nous trimballons ce matériel depuis Santiago/Mendoza, ça fait plaisir de nous en servir enfin !) ; c'est alors que François, bout en train sans pareil, lance : " Le plus beau aujourd'hui, c'est que nous sommes accompagnés par Herzog et Lachenal !" car, sans baudrier, c'est "à l'ancienne" que nous sommes encordés ! Ensuite, nous remontons une arrête puis un couloir, où une corde fixe a été installée par les guides. Passages quelque peu techniques, cette "main-courante" nous facilite la tâche ; seul "hic", nous progressons lentement les uns derrière les autres et nous commençons à avoir froid... A la fin de la corde fixe, chaque cordée peut partir à son rythme. Il est 5h30, nous sommes à 6018m ! La cordée "Herzog-Lachenal", alias "Si On Jouait", s'élance alors à l'assaut des 524 m qui la séparent du sommet. Après un passage de pénitents (excroissance de glace formée par plusieurs lames verticales) pas facile mais qui nous réchauffe, nous parvenons sur une neige bien dure. Le soleil se lève peu à peu, le cône du Sajama se projette en ombre sur le Parinacota, magique... Notre cordée progresse bien et, après quelques pauses pour souffler, nous atteignons la cumbre, le sommet, vers 7h30 (notre acclimatation est parfaite, on a mis 4h30 au lieu de 7h00 et nous ne souffrons pas du moindre mal de tête au sommet), vaste étendue balayée par un léger vent. 6542m, ON Y EST, ON L'A FAIT ! On n'y croit pas, c'est fou d'être là, sur le toit de la Bolivie...

On grignote, on boit un peu, on profite du moment puis, la ligne d'arrivée de la course se trouvant en bas, nous entâmons la descente. Nous croisons les cordées de nos amis qui arrivent à leur tour, nous étions les premiers en haut avec deux autres du groupe. Le passage de pénitents est plus délicat qu'à la montée, d'autant plus que la fatigue commence à se faire sentir, mais nous nous en sortons bien.

La corde fixe, et nous voici de retour à la tente. On plit le camp, quelques sucreries, un Mantecol et ça repart ! Nous rallions le camp de base puis la piste en quelques heures, seuls les derniers kilomètres jusque Sajama nous paraissent interminables... Nous en terminons enfin, après 5h30 de descente depuis le sommet, épuisés. Mais cette fois, nous pouvons savourer pleinement notre ascension, heureux... Nos amis français rentrent bien après nous, au compte-goutte, chacun à son rythme. En les attendant, nous prenons un apéro-crêpes avec les premiers, crêpes préparées par deux du groupe redescendues après le camp de base ; que rico ! Puis, nous allons dîner dans un petit resto avant d'aller nous coucher. Il est 21h00, nous nous endormons comme des bébés, la tête dans les étoiles...

Mardi 21, après un sommeil profond de près de 12h00 sans interruption (ça faisait longtemps !), nous nous levons pour un petit-déjeuner de luxe avec nos amis français ; il y a tout ce que l'on veut sur la table, ou presque : céréales, sopaipillas et crêpes chaudes, un régal... Nous en profitoms pour remercier tout le monde de nous avoir reçu avec tant de spontanéité, de sympathie et de générosité au sein du groupe ces derniers jours. Rassasiés, nous partons pour un autre plaisir de la journée : les thermes. Des thermes naturels en plein air, dont l'eau frise les 40 °C, avec le Sajama d'un côté, le Parinacota et le Pomerape de l'autre... Du grand, grand bonheur un lendemain d'ascension... Ensuite, nous déjeunons une dernière fois avec nos amis qui repartent vers Arica dans l'après-midi, MERCI ENCORE A TOUS, nous avons vraiment passé d'agréables moments en votre compagnie... La journée se termine entre rangement et détente, demain on file au Chili !

Par Gaël. Partie II :

Avant de nous diriger vers La Paz, nous faisons un détour de quelques jours au Chili, afin de profiter des paysages magnifiques du Parc National Lauca, de sa faune, nombreuse et variée, et afin de gravir le Volcan Parinacota culminant à 6342m.

Nous quittons Sajama mercredi matin, de beaux souvenirs de ce petit paradis plein la tête. Nous laissons le Nevado Sajama derrière nous et gravissons les pentes du col frontalier entre Bolivie et Chili, à 4687m d'altitude tout de même ! Là-haut, la vue est magnifique sur le Parinacota et le Guallatire, volcan actif, qui crache quelques fumerolles. Au Chili, c'est d'abord le vent qui nous acceuille, de face bien entendu ! Mais les superbes paysages du Lago Chungara nous font oublier les difficultés. Nous roulons ce jour là jusqu'au minuscule village de Parinacota ("là où vivent les flamants roses" en Aymara), situé au coeur du PN Lauca, dans un site grandiose. Nous plantons les tentes à côté du refuge des guardaparques, au bord d'une petite lagune où batifolent canards, foulques géantes et autres oiseaux aquatiques. Nous passons la soirée en compagnie du garde du parc, qui nous invite à dîner au chaud dans la cuisine du refuge, et qui nous raconte mille et une aventures : les traques aux chasseurs clandestins de vigognes, un -38°C sur les pentes du Parinacota, ses rencontres avec les pumas (nombreux dans le parc), etc.

Jeudi sera une journée tranquille de promenade autour du village, à la découverte de la faune, de la flore et des paysages du PN. La caractéristique de la région est la présence de bodefales (zones marécageuses parsemées de touffes de végétation) et d'une multitude de petites lagunes, le tout dans un relief volcanique et sous la domination des Payachatas ("les deux garçons" en Aymara), les Volcans Pomerape et Parinacota. L'ensemble est le paradis des lamas, alpagas, vigognes, viscachas, mouettes des Andes, foulques géantes, ouettes des Andes, Ibis de Ridgway, flamants du Chili, ainsi que de divers canards et sarcelles... Nous ne nous lassons pas d'admirer batifoler toute cette faune dans ces paysages hors du commun (voir nos photos, nous avons joué aux photographes animaliers...).

Vendredi, nous reprenons nos vélos et roulons jusqu'au refuge de la CONAF du Lago Chungara. Nous y laissons nos montures et nous nous élançons sur les pentes du Volcan Parinacota, cône parfait rappellant le Villarica. L'approche est assz longue, mais superbe, entre lagunes et coulées de lave. Nous grimpons jusqu'au pied du glacier, à 5450m, où nous plantons la tente sur une petite terrasse avec vue panoramique. Sur ce petit nid d'aigle (ou plutôt de condor), le vent souffle fort et notre tente est ballotée en tous sens...

Nous nous réveillons à 5h00 le jour suivant et partons vers 5h45, dans le froid glacial de cette nuit andine. Cette fois, nous sommes seuls sur la montagne et c'est aussi bien ainsi. Quelques minutes de marche sur le pierrier nous mènent au pied du glacier. Crampons, piolets, corde, nous voilà équipés. Les premières lueurs du jour nous permettent de distinguer le champ de pénitents que nous allons devoir traverser... Plus grands, mais sur une distance moindre que sur le Sajama, ces derniers sont franchis rapidement. Nous progressons maintenant sur une belle pente de neige uniforme à 35-40°. La neige gelée crisse sous les crampons ; le vent redouble, nous fouette le visage et nous transperce jusqu'aux os. Derrière nous, l'Altiplano s'éclaire et l'ombre projetée des Payachatas s'étire sur les Lagunas Cotacotani. Je suis gelé... Le sommet se rapproche. Soudain, le soleil m'éblouit. Le Dieu Inti des Incas vient nous réchauffer alors que nous ne sommes plus qu'à quelques mètres du cratère. Fantastique ! Ce dernier s'ouvre à nos pieds. Face à nous pointe le sommet du Sajama tandis que sur notre gauche, le Pomerape rivalise de hauteur et de splendeur avec son grand frère. De l'autre côté, le Guallatire fume et derrière nous une myriade de lacs et de lagunes étincelle sur l'Altiplano chilien. Nous longeons la crête jusqu'au sommet principal du volcan, côté nord. Nous nous abritons du vent et dégustons un Mantecol devant ce paysage à couper le souffle. La redescente est rapide jusqu'aux pénitents, toujours plus pénibles à la descente qu'à la montée. Enjamber chaque lame de glace, rechercher le meilleur itinéraire dans ce labyrinthe de pics acérés, éviter de se cogner les genoux... Nous arrivons au camp vers 11h, plions la tente, mangeons un morceau et poursuivons notre longue, longue descente jusqu'au refuge du Lago Chungara où nous camperons ce soir. La vue y est imprenable sur le Parinacota et le Sajama et à l'heure où le soleil disparaît du côté de l'Océan Pacifique, le spectacle est féérique. Un dernier coup d'oeil au Parinacota qui s'éteint et nous nous faufilons dans nos duvets, épuisés par la magnifique étape du jour.

Dimanche, nous nous autorisons une petite "grasse mat'" et prenons notre temps au petit déj', profitant une dernière fois du panorama exceptionnel que nous avons face à nous, et levons le camp à 10h15. Nous quittons alors le Chili que nous ne reverrons plus durant ce voyage - Adios Chile ! - et nous déboullons en Bolivie à plus de 100 km/h, dévalant les pentes du col frontalier à toute allure, poussés par un fort vent favorable ! Nous passons une ultime fois au pied du Nevado Sajama et filons sur l'Altiplano (pas si plat que ça par ici...), direction La Paz. Le soleil brille, il fait chaud, que bueno !

L'étape du lendemain est peu intéressante, sur l'Altiplano désertique et dans le vent, alors que les volcans de la Cordillère Occidentale encapuchonnés de nuages s'éloignent derrière nous. Une fois de plus, on aura été en harmonie avec la Nature ! Quelques points d'intérêt tout de même : une belle descente dans un canyon sculpté et d'étranges alignements de Chullpas, tours funéraires précolombiennes. Dans certaines d'entres elles, des momies sont toujours présentes, mais la majorité ont malheureusement été pillées.

En fin d'étape nous nous arrêtons dans un petit hameau, sur la gauche de la route et nous nous dirigeons vers le grand bâtiment blanc : l'école. Là, à peine arrivés, nous sommes acceuillis par "El Presidente", le chef du village, vêtu d'un magnifique poncho rose et coiffé d'un chullo typique. Il a les yeux injectés de sang... il n'est pas bien frais... Il nous invite à pénétrer dans la cours de l'école et nous explique qu'aujourd'hui est un jour spécial : les habitants du village se sont réunis pour poser la première pierre d'une école d'artisanat qu'ils souhaitent construire afin que les enfants réapprennent les techniques traditionnelles de tissage de cette communauté aymara, qui sont en perdition. Habituellement, un tel évènement est l'occasion d'une "cérémonie" particulière. En effet, pour s'attirer les faveurs de la Pachamama, il est commun d'enterrer, sous la première pierre d'une nouvelle construction, un foetus de lama, en guise de "cha lla" (offrande). C'est certainement ce qui s'est passé cette après-midi. Nous sommes invités à prendre place dans le cercle formé par les habitants du village (une quinzaine), assis par terre autour d'un "aguaya" (carré de tissu qui sert de sac) étendu sur le sol et recouvert d'une montagne de pommes de terre et de chuño (pommes de terre déshydratées), que chacun s'affaire à mastiquer. Nous faisons de même et on nous offre même une sopita de pollo tandis qu'une fiolle d'alcool à 96 ° (heureusement dillué !), fait le tour du cercle... Tous semblent en avoir bien abusé et comme la plupart ne parlent qu'aymara, la communication est difficile... La fin de la journée approche et chacun rentre chez soi après que les enfants de l'école aient chanté l'hymne à la bandera et descendu le drapeau bolivien (rituel quotidien). Nous demandons l'hospitalité pour la nuit et, après assentiment des instits et d'"El Presidente", nous nous installons dans la cuisine de l'école (le lieu le plus "calientito"), où nous serons dérangés une bonne partie de la nuit par des souris qui grattent dans nos affaires à la recherche de quelques nourriture...

Mardi, nous quittons ce sympathique village Aymarà de bonne heure, afin d'éviter les forts vents de l'après-midi. La route n'est pas passionnante et la circulation s'intensifie à mesure que l'on se rapproche de La Paz. C'est le lendemain que nous y parvenons. Nous abordons la capitale la plus haute du monde par les quartiers populaires de El Alto. Dans une circulation folle où les feux rouges semblent n'être là que pour décorer les carrefours, nous nous frayons un passage parmi les "trufis", des minibus surchargés dont les "crieurs" hurlent avec un débit hallucinant la destination du bolide, dans un capharnaum indescriptible. Quelques flics agités essayent en vain de régler la circulation, mais leurs gesticulations ne semblent émouvoir personne... Nous disparaissons dans un nuage noir craché par un bus brinquebalant et, soudain, sur notre droite, se dévoile la ville de La Paz, nichée dans son immense canyon. L'agglomération se déploie à nos pieds tandis que les sommets de l'Illimani et du Huayna Potosi encadrent magnifiquement l'endroit. La ville s'étire sur les pentes du canyon. Les édifices de brique rouge semblent en équilibre précaire dans ces pentes abruptes, donnant à l'ensemble une impression étrange. Nous dévalons les rues défoncées menant dans le centre ville, enserré, étriqué. L'espace semble manquer, la ville grouille, les rues sont accaparées par les étals des vendeurs, les piétons se bousculent, les trufis et autres minibus tentent de se frayer un chamin dans ce tumulte assourdissant, faisant ronfler leurs moteurs dans les ruelles escarpées. La Paz ne semble être qu'un immense marché à ciel ouvert où chacun à quelque chose à vendre. Nous sommes déboussolés face à tant de mouvement, d'activité, de bruit, d'agitation, de vitesse, de désordre. Le contraste entre notre soirée dans le petit village Aymarà d'avant hier et cette ville trépidente est peut-être trop brusque...

Nous sommes accueillischez Marisita, de Hospitality Club, et logons dans une étrange salle de musculation à l'abandon, sous le regard vigilent de Monsieur Muscle ! Nous allons rester quelques jours dans cette folle capitale avant d'aller explorer de plus près la Cordillère Royale, puis de descendre prendre un bain de chaleur dans les Yungas et jusqu'en dans la jungle amazonienne...

Sucre - Oruro, du 07 au 13 août 2007 : Montagnes russes boliviennes...

Publié le lundi 13 août 2007

Par Gaël.

07/08 : Sucre.
08/08 : Sucre - Bivouac avant Ravelo : 55 km.
09/08 : Bivouac avant Ravelo - Bivouac avant Ocuri : 54 km.
10/08 : Bivouac avant Ocuri - Pocoata : 73 km.
11/08 : Pocoata - Uncia : 66 km.
12/08 : Uncia - Bivouac après Huanuni : 68 km.
13/08 : Bivouac après Huanuni - Oruro : 40 km.

Après une semaine passée à Sucre et dans ses environs, nous reprenons la route (et quelle route !), en direction d'Oruro. Ce ne fut pas de tout repos, mais tellement beau, dans une Bolivie traditionnelle. 10 cols au programme (6 à plus de 3000 m d'altitude et 4 à plus de 4000m), soit plus de 6000 m de dénivelée positive en 356 km ; nos jambes ont souffert... et nos bicis aussi : 2 crevaisons (une chacun), un câble de dérailleur cassé (Yves) et une petite chute (Gaël) sont à déplorer...

Nous quittons Sucre mercredi matin, et disons au revoir à nos amis Céline et François qui partent dans une autre direction, vers Santa Cruz. Qu'à cela n'tienne, RDV pour Noël ! Nous lançons un dernier regard à "la ville blanche", qui souhaite redevenir capitale du pays et qui l'a montré fermement lors des défilés de la fête nationale, et nous entâmons l'ascension d'un premier col, pour se mettre dans le bain...

Tous les jours, nous gravissons des pentes impressionnantes, puis dévalons sur l'autre versant de la montagne. Les pistes que nous empruntons sont souvent vertigineuses, avec des à-pics impressionnants. Taillées à flanc de montagne, elles suivent parfois des parcours périlleux... Nous traversons des paysages de montagnes arides et pourtant très peuplés. Derrière chaque côte se cache un petit village, au bord de chaque cours d'eau se niche une famille dans une maison d'adobe ou de pierre. Les gens d'ici sont, pour la plupart, vêtus de magnifiques costumes traditionnels souvent colorés. Les femmes portent toutes des chapeaux et souvent des habits confectionnés par leurs soins. Nous voyons aussi beaucoup d'enfants qui mènent paître lamas, moutons et chèvres, on marche beaucoup dans ces contrées... Le temps est idéal pour pédaler et nous profitons de nos 6 à 7 h quotidiennes et du soleil pour retrouver notre bon vieux bronzage de cyclo.

Nous arrivons finalement à Oruro lundi midi. Nous voilà de retour sur l'Altiplano, sur lequel nous allons rester quelques temps, car après une petite journée de repos, nous nous dirigerons vers le Parc National Sajama où nous tenterons l'ascension de deux volcans majestueux : le Parinacota, puis le Nevado Sajama, point culminant du pays... Prochaines nouvelles à La Paz, dans trois semaines environ.

Uyuni - Potosi - Sucre, du 15 juillet au 05 août 2007 : Un an déjà ...

Publié le lundi 6 août 2007

Par Yves.

15 au 17/07 : Uyuni.
18/07 : Uyuni - Bivouac avant Vila-Vila : 70,75 km.
19/07 : Bivouac avant Vila-Vila - Uyuni - Bivouac après Pulacayo : 59 km (+ 47 km en camion).
20/07 : Bivouac après Pulacayo - Bivouac après le Paso "Tica-Tica" : 85,25 km.
21/07 : Bivouac après le Paso "Tica-Tica" - Bivouac 27 km avant Potosi : 77,75 km.
22/07 : Bivouac 27 km avant Potosi - Potosi : 27,50 km.
23 au 28/07 : Potosi.
29/07 : Potosi - Bivouac avant Millares : 101,50 km.
30/07 : Bivouac avant Millares - Sucre : 61,50 km.
31/07 et 01/08 : Sucre.
02 au 05/08 : Trek dans la Cordillera de Los Frailes.

Après avoir traversés le Lipez et nous être reposés quelques jours à Uyuni, nous avons repris la route, direction Potosi. Nous avons rallié cette dernière en 4 étapes, sur une piste vallonnée mais magnifique. A Potosi, "ville de l'argent" grâce à ses mines rongeant le Cerro Rico de l'intérieur, nous avons passé une semaine inoubliable chez "Manu", un hospitality-cluber inégalable, avant de nous rendre à Sucre, ex-capitale du pays.

A Uyuni, première cité bolivienne à se présenter sur notre chemin, nous entâmons notre découverte d'une culture et d'un mode de vie bien différents de ceux des pays traversés auparavant. Nous découvrons les marchés aux mille couleurs, senteurs et saveurs, où l'on vend de tout et de rien, les petits marchands ambulants, les vêtements traditionnels bariolés et les chapeaux (sorte de melon dans la région), portés par les femmes surtout ; c' est aussi l'occasion de goûter nos premiers jus de fruits frais "con leche", délicieux, ainsi que quelques spécialités telle le gâteau de quinoa, céréale locale. Après quelques jours en compagnie de Céline et François ainsi que de Van et Jaime qui nous ont rejoint, nous décidons de repartir vers le sud, direction Tupiza.

En sortant d' Uyuni mercredi 18, nous passons par son cimetière de trains, où une vingtaine de locomotives d'un autre temps finissent de rouiller. Puis, nous roulons jusque Vila-Vila, à près de 90 km de là , avant de nous rende compte que nous ne sommes pas sur la bonne piste ! Que mie...! Le lendemain, nous rebroussons chemin en stop, abandonnons l'idée d'aller à Tupiza et partons vers Potosi. Cette fois, nous quittons définitivement le Lipez, franchissons un col bien raide et redescendons sur Pulacayo, ex-cité minière, aujourd'hui quasi-fantôme. L'étape suivante, à -travers une succession de vallées dignes de celle d'Humahuaca, est un vrai régal : piste roulante, paysages colorés, des hameaux partout, de la verdure, de la vie, c'est plaisant aussi... Nous rattrapons Céline et François vers midi, et finissons la journée ensemble après le col de "Tica-Tica", petit village où les enfants nous somment de "gringos" et nous quémandent de l'argent. La première fois, ça fait drôle... Le lendemain, l'étape est difficile car très vallonnée mais fort belle.

Dimanche 22, nous arrivons à Potosi, cité minière accrochée sur une colline à 4090 m d'altitude (plus haute ville du monde !), au pied du Cerro Rico, "montagne de l'argent". Là , nous sommes acceuillis par Emmanuel, un français en terminant avec une année de volontariat, en tant qu'éducateur-animateur dans une fondation qui travaille avec les enfants de mineurs, à partir d'une pédagogie orientée sur le jeu. Commence alors une folle semaine.

Céline et François nous rejoignent une nouvelle fois et les réjouissances commençent autour d'une tartiflette improvisée et de deux gâteaux chocolat-banane, suivis d'un "loup-garou", jeu de rôle (et drôle !), qui sera l'occupation incontournable des veillées suivantes.

Lundi, nous flânons dans Potosi dont l'architecture coloniale est de toute beauté. Des dizaines d'édifices religieux, les maisons et les rues pavées escarpées ne sont pas sans nous rappeler les Diamantina et Ouro Preto brésiliennes. Le lendemain, nous partons vers 9h00 visiter une mine. La visite débute au marché des mineurs. Notre guide, mineur de 13 à 20 ans, nous explique que les mineurs viennent y déjeuner, copieusement car ils ne mangeront pas avant de ressortir de la mine, et y acheter de la coca, entre autres, qu'ils mâcheront toute la journée ; en effet, la coca aurait comme propriétés de couper la faim, la soif, et la fatigue. Ensuite, nous allons nous équiper et montons au pied du Cerro Rico, impressionnant, qui domine et semble peser sur la ville. Découvert en 1544 par un berger, d'après la légende, son exploitation débute en 1545 sous Carlos V, roi d' Espagne, durant la colonisation. En deux siècles, Potosi devient la ville la plus grande et la plus riche d' Amérique Latine (près de 200 000 habitants contre 120 000 aujourd'hui), grâce à son argent et à la déportation d'africains, amenés ici pour prêter main forte à la main d'oeuvre indienne. Puis, la chute du cours de l'argent ramène Potosi au rang de ville minière sur le déclin, jusqu'en 2004 (crise économique à partir de 1986) ; 2000 mineurs travaillaient alors. Aujourd'hui, plus de 16 000 triment pour des coopératives "privées" et plus de 400 mines sont ouvertes ; ce, grâce à la rehausse du cours de l'argent sur le marché de Londres, qui a remis la ville "sur la bonne pente". Après ce petit cours d'histoire, nous pénétrons dans une galerie datant de l'époque coloniale, et, par là -même, dans le "Monde d'en-dessous". L'entrée est arrosée de sang de lama, offrande faite à la Pachamama (la Terre Mère et Nourricière) lors de rituels qui ont lieu trois fois l'an. Il ne fait pas chaud, des stalactites tombent de la voûte, l'eau ruissèle par endroits et nous marchons dans la boue. Des mineurs partant travailler nous doublent, une boulle de coca dans la joue ; d'autres, après leurs 8 h "réglementaires", rentrent chez eux. Soudain, au cri "cargo !", notre guide nous demande de nous regrouper dans un recoin de la galerie. Passe alors un wagonnet rempli de minerais, tiré et poussé par 4 mineurs. Ces derniers suent à grosses gouttes, et pour cause, le wagon pèse 2,5 tonnes ! Nous leur offrons à boire et un peu de coca, "cadeaux" achetés au marché. Plus loin, la galerie se rétrécie, en largeur et en hauteur, nous devons continuer courbés, parfois à quatre pattes, les rails sont à moitié défoncés et pousser un wagon ici est un labeur inhumain... Nous arrivons bientôt dans la grotte du "Tio", l'"oncle", statue représentant le diable, protecteur vénéré des mineurs (dehors, ils vénèrent la Pachamama, dessous le Tio, ainsi que le Christ le reste du temps). Aussi, lui offrent-ils de la coca, des cigarettes et de l'alcool à 96°, le puro, qu'ils boivent aussi parfois... Puis, nous empruntons une galerie où la température et les gazs de silice augmentent ; au fond, les mineurs travaillent torse-nu, dont deux jeunes de 14 ans (la réglementation du travail n'étant pas appliquée partout...), à un des endroits les plus dangereux de la mine nous dit le guide... Affolant, effrayant. En sortant, après plus de 2 h sous terre, le soleil nous éblouit. Et dire que pendant la période coloniale, la loi de la "Mita" obligeait les esclaves de plus de 18 ans à travailler par roulement de 12 h, 4 mois durant, sans sortir... Enfin, nous avons le droit à une explosion de dynamite en plein air, impressionnant ! Au final, une expérience à vivre, au sortir de laquelle on relativise pas mal quant à nos petites vies tranquilles d'européens chanceux... L'après-midi, nous visitons la Casa de la Moneda, hôtel des monnaies crée en 1672 pour frapper les premières monnaies "boliviennes". Les jours suivants, répit, repas, repos, vous connaissez la chanson ! Potosi est une ville qui nous plaît, agréable, où il fait bon musarder. Mercredi après-midi, nous allons jouer avec les enfants de mineurs d'un centre où travaille Manu, intéressant. Le soir, cuisine et jeux sont au programme, en compagnie de Van et Jaime, nous veillons jusque... tôt le matin suivant ! Le lendemain, nous goûtons aux humintas, maïs concassé mélangé à de la farine, de la levure, du sucre et de l'anis, entre autres, délicieux, le tout accompagné d'api et de tojori, boissons à base de maïs également, bien riches.

Vendredi 27 juillet 2007, ça fait un an qu'on est parti ! Gaël, Céline et François partent marcher vers les Lagunas de Kari-Kari, lacs artificiels creusés pendant la colonisation afin d'alimenter la ville en eau potable. Quant à moi, touché, marqué par la visite de la mine et désireux de vivre l'expérience "de l'autre côté", je vais proposer ma force de travail à une coopérative, par l'intermédiaire de notre guide. Je commence par mâcher de la coca jusqu'à en avoir une grosse boulle dans la joue, puis je pars vers mon poste. Ce dernier est une petite salle au bout d'une galerie, où arrivent des wagons pleins (de une ou 2,5 tonnes) ; vidés, mon travail consiste à transvaser le minerais dans des paniers en caoutchouc d'une contenance de 250 kg. La cadence est infernale, les wagons pleins arrivent plus vite qu'on ne déblaye ce que viennent de décharger les précédents ! Sans parler de l'exiguïté du lieu et de la poussière qu'on respire... 6 h au fond, à peleter et à suer comme jamais, en essayant de tirer quelques mots de mes collègues pendant les courts répits, un labeur sans nom, inhumain, infernal... En sortant, on vient me demander comment s'est passée ma journée, des gens que je ne connnais pas mais qui doivent être au courant qu'un "gringo" est venu en baver à la mine... Redescendu au marché des mineurs, je vais manger un bout, entouré de "collègues" sortis avec moi. Seul, dans mes pensées, je revois ma journée, cette expérience, brève il est vrai (je n'ai même pas fait mes 8 h !), dure mais forte, respirant quelques minutes encore les parfums de cette vie si particulière... Puis, c' est l'heure du wali avec Manu et une bande de copains, sorte de volley anarchique, avant une bonne pizza et un brownie maison (au total, on aura mangé pas moins de 6 gâteaux cette semaine !). Samedi, l'heure du départ sonne mais... finalement non, un bon resto et un loup-garou en perspective !

Dimanche, cette fois, c' est parti. Les aurevoirs sont longs, Merci Manu, pour tout ! Le soleil chauffe, nous filons vers Sucre. Nous dévalons l'asphalte à -travers de nouvelles valléees aux couleurs chaudes, remontons quelques côtes, des cultures partout, des arbres, il fait doux, ça fait du bien... Le soir, nous bivouaquons dans le lit d'une rivière asséchée et dînons aux chants des grillons... Le lendemain, nous passons quelques vallons avant d'arriver à Sucre, à 2790 m d'altitude. Là , nous sommes acceuillis par Wolfgang, un autre "H&C", retraité allemand qui vit ici depuis de nombreuses années. Mardi, nous flânons dans les rues de cette autre ville coloniale, ex-capitale du pays jusque 1899 où fut signée la déclaration d'Indépendance du pays en 1825. Mercredi matin, nous visitons le musée des arts indigènes où nous admirons des tissages Jalq'a et Tarabuco, deux communautés de la région Chuquisaca.

Le lendemain, nous partons de bonne heure, sacs au dos, pour la Cordillera de Los Frailes ; nous allons y faire un trek de 4 jours. Un bus nous mène jusque sur le chemin puis nous continuons à pied. C'est magnifique. Forêts de conifères et d'eucalyptus nous entourent. Après être passés à Cajamarca, centre écologique, nous rejoignons Chataquila, lieu-dit d'où nous avons une vue imprenable sur Sucre. Vendredi, nous prenons la direction de Chaunaca, par un sentier pré-hispanique, pavé. Incroyable. L'après-midi, nous rallions Potolo, un petit village où, comme partout le long de ce chemin, nombre de gens ne parlent que quechua et nous proposent des tissus Jalq'a. De Potolo, nous gagnons Chullpa puis Maragua, hameau construit dans un cratère surprenant.

En chemin, nous sommes surpris du peuplement de cette contrée, loin de tout. Cultures en terrasses (labours à la charrue en bois, à boeufs), élevage et tissage, une économie d'un autre temps... Nous dormons à la belle-étoile, dans le cratère, avant de poursuivre dimanche jusque Quila-Quila, où nous reprenons un bus pour Sucre.

Lundi 6 août, c' est jour de fête nationale, avec la présence du président bolivien, Evo Morales en personne ! Notre chevauchée bolivienne se poursuivra dès mercredi, en direction d' Oruro.