Par Gaël.

30/06 : San Pedro - Bivouac côte Hito Cajon (2913m) : 20,80 km.
01/07 : Bivouac côte Hito Cajon - Laguna Blanca (4400m) : 36,70 km.
02/07 : Laguna Blanca - Laguna Verde (4455m) : 09 km + Ascension du Volcan Juriques (5704m).
03/07 : Ascension du Volcan Licancabur (5916m).
04/07 : Laguna Verde - Termas de Polques (4500m) : 50 km.
05/07 : Termas de Polques - Bivouac après Sol de Mañana (4918m) : 38 km.
06/07 : Bivouac après Sol de Mañana - Laguna Colorada (4300m) : 30 km.
07/07 : Laguna Colorada - Desierto de Siloli (4600m) : 38 km.
08/07 : Desierto de Siloli - Laguna Hedionda (4127m) : 46 km.
09/07 : Laguna Hedionda - Chiguana (3705m) : 71 km.
10/07 : Chiguana - Chuvica (3660m) : 85 km.
11/07 : Chuvica - Isla Incahuasi (3660m) : 44 km.
12/07 : Isla Incahuasi - Bivouac pied Volcan Thunupa (3960m) : 41 km + 1h30 de marche.
13/07 : Bivouac pied Volcan Thunupa - Bivouac Salar d' Uyuni (3660m) : 31 km + Ascension du Volcan Thunupa (5100m).
14/07 : Bivouac Salar d' Uyuni - Uyuni (3680m) : 93 km.

Ces 15 derniers jours, nous avons pédalé sur une autre planète : la Planète Lipez. Sur cette planète, l' air est froid, sec, et l' oxygène se fait rare. Sur cette planète, d' innombrables volcans se dressent vers le ciel azur arborant des couleurs fantastiques. Sur cette planète, le sol gronde et laisse s' échapper, dans un vacarme assourdissant, gazs et vapeurs, à côté de mares de boue bouillonnantes. Sur cette planète, les espaces semblent infinis, les arbres sont de pierre et les repères disparaissent. Sur cette planète, les lacs prennent des couleurs irréelles, empruntées au plus beau des arc-en-ciel. Sur cette planète, le vent vous glace le sang et le soleil vous brûle la peau. Sur cette planète, les mers sont figées pour l'éternité : faites de sel, on peut y marcher, y rouler et pédaler jusqu'à une île mystérieuse parsemée de cactus. De cette planète nous revenons, enchantés, fascinés ; le Lipez nous a ensorcelé...

Samedi 30 juin, nous quittons San Pedro de Atacama et sa douce chaleur, après une semaine de repos. Pour arriver sur la Planète Lipez, une longue et difficile ascension nous attend. Elle nous mène jusqu'au Hito Cajon, à 4600 m d' altitude. Nous sommes déjà dans un autre monde et roulons dans la neige jusqu'au poste frontière bolivien, perdu dans le froid des hauts plateaux. La magnifique Laguna Blanca prise dans les glaces nous attend quelques kilomètres plus loin. La nuit glaciale que nous passons là ne nous empêche pas de nous lever à 6 h le matin suivant, et de partir au clair de lune, par -15°C, sur les pentes du Cerro Juriques. Pour la première fois, nous y sortons piolet et crampons pour progresser dans les pentes de neige et atteindre le sommet de ce superbe volcan, à 5704 m. Son cratère nous surprend par son diamètre démesuré ; la vue sur l' altiplano, les Lagunas Blanca et Verde, et surtout sur le Volcan Licancabur tout proche, nous émerveille. De retour sur les rives de la Laguna Blanca, nous retrouvons nos amis Céline et François ainsi que Vanessa et Jaime, avec lesquels nous roulons jusqu' au pied du Licancabur, au bord de la Laguna verde. La nuit est encore très fraîche (-10°C sous la tente !) et le réveil sonne cette fois à 3h15. La lune nous montre le chemin à suivre en direction du géant (pour cette ascension, nous avons loué les services d' un guide bolivien). Le rythme du petit groupe ne me convient guère et je prends rapidement les devants. Crampons aux pieds et piolet en main, je gravis un couloir de neige dure, guidé par la lune ronde. Je parviens au sommet après 4h45 d' efforts. Là -haut, à 5916 m, la vue est époustouflante !

Le cratère de ce volcan sacré, au fond duquel se niche un petit lac gelé, est parsemé de ruines incas. Yves me rejoint une heure plus tard, et le reste du groupe n'atteint le sommet que vers 11h30. Nous avons donc tout le temps de profiter du panorama fantastique qui s' offre à nos yeux.

Le lendemain, nous reprenons nos bicyclettes et quittons l'écrin de splendeurs des lagunas Blanca et Verde en franchissant un col à 4810 m, qui nous conduit dans des paysages tout aussi beaux.

Nous voici dans le Désert de Dali où des rochers étonnamment dispersés auraient inspiré l'artiste catalan pour l' une de ses toiles. Le soir, nous arrivons au bord du Salar de Chalviri où se trouvent les thermes de Polques. Nous dégustons une sopita, un asadito de lama et un thé de coca, au chaud dans une auberge, en compagnie de Velharmonie. Jeudi matin, au lever du soleil et alors que les températures sont largement négatives, nous nous plongeons dans les eaux thermales à 40°C, pour un bain irréel dans ces paysages grandioses. Nous reprenons ensuite notre route, qui s'élève doucement vers des terres toujours plus hautes et désertes. Le vent souffle fort, la piste est parfois recouverte de neige et c' est alors que, des entrailles de cette planète fantastique, surgit le souffle rauque et puissant d' un être souterrain. Des mares de boue bouillonnantes sont entourées de fumerolles infernales à l'odeur nauséabonde. Ce sont les geysers de Sol de Mañana, témoins de l'intense activité souterraine des lieux. La piste s' élève encore et, au point le plus haut, elle atteint 5027 m ! Notre bivouac est glacial, à plus de 4900 m ...

Le lendemain, la piste plonge vers une lagune couleur saumon. C' est la Laguna Colorada qui s' étend sur 60 km2, à 4278 m d' altitude, et dont la profondeur n' excède pas 80 cm. Sa coloration est due à des algues et à du plancton, tandis que les "icebergs" surnaturels qui parsèment sa surface ne sont autres que des dépôts de sodium, de magnésium, de borax et de gypse. Le soir, nous dormons à l'intérieur, dans une auberge et nous nous régalons de tortillas, arrosées de Pisco, avec nos amis cyclistes.

Samedi, nous entamons notre traversée du Désert de Siloli, immense étendue de sable à 4600 m d' altitude, balayée par les vents. Le seul arbre de ce désert est un arbre de pierre, perdu dans l' infinie beauté de ces paysages désolés. Nous atteignons ensuite, après avoir longés des sommets aux mille couleurs, 5 lagunes étonnantes dans cette aridité extrême. Nous dormons à la Laguna Hédionda, refuge de nombreux flamants de James.

Notre traversée fantastique se poursuit le jour suivant, passant aux pieds de volcans majestueux, franchissant le redouté Paso "Tun-Tun" jonché de pierres, et nous mène jusqu' au Salar de Chiguana. Le camp militaire de Chiguana, que nous atteignons à la tombée du jour, et ses maisons de schtroumpf où moisissent trois bidasses égarés, sera notre refuge pour la nuit (la première que nous passons à moins de 4000 m en Bolivie !).

Mardi, nous roulons sur le Salar de Chiguana et rejoignons les villages de San Juan puis Colcha K, désertés en raison de la grande fête qui se déroule ces jours-ci à Uyuni. Nous pédalons jusqu' aux rives de cette immense mer de sel qu' est le Salar d' Uyuni, et dormons à côté d' un hôtel de sel où nous partageons une bouteille de rhum avec 2 brésiliens et 3 anglais... Mercredi, sur nos frêles esquifs à deux roues, nous nous engageons sur cette infinie mer immobile, nous dirigeant vers une île mystérieuse que l' on n' aperçoit pas encore, avec pour seul point de repère la masse sombre et impressionnante du Volcan Thunupa. Après une quinzaine de kilomètres, l'Isla Incahuasi commence à se dessiner sur l'horizon, le sel crisse sous nos roues, je zigzague, part à droite, à gauche, tourne en rond, contemple cet horizon infini qui s' étale autour de moi... Je rêve, je glisse, je ferme les yeux, je vole... Magique... Après 2h30 de navigation à vue, nous nous échouons sur l'île, couverte de cactus et constituée de corail fossilisé, mais aussi couverte de touristes arrivés en 4X4... Heureusement, en fin d' après-midi, l'île se vide et nous nous retrouvons seuls, en compagnie des rares personnes qui vivent ici. Le coucher de soleil est fantastique sur cet océan immaculé.

Le lendemain, nous reprenons notre traversée du Salar vers le nord, toujours en direction du Volcan Thunupa. Nous accostons au village de Coqueza dans une zone constellée de ruines incas, y laissons nos bicis et partons à pied sur les contreforts du volcan. Nous installons le bivouac à 3960 m, dans une caverne qui a sans doute abrité des momies, comme la grotte voisine où les momies sont toujours là .

Vendredi, nous gravissons les pentes du Thunupa jusqu'à 5100 m d' altitude. De là -haut, la vue sur l'altiplano est hallucinante. à nos pieds s' étendent les salars d' Uyuni et de Coipasa, parsemés de petites îles, et tout autour se dressent des volcans pointés vers le ciel... La vue porte même jusqu' au Volcan Sajama, point culminant de la Bolivie avec ses 6500 m y pico...Nous récupérons nos vélos à Coqueza, puis repartons sur le Salar, cap vers Uyuni cette fois. Nous buvons un dernier maté argentin en roulant, avant de nous arrêter pour un bivouac inoubliable. Une nuit à la belle-étoile, seuls, perdus sur cette infinité salée...

Samedi 14 juillet, jour de fête et de retour sur terre, nous terminons notre traversée du Lipez, quittant le Salar et retrouvant une vie urbaine et animée. Que cette quinzaine fut belle sur Planète Lipez...