mai 2007 - Si On Jouait...

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Chilecito - Cafayate : Au coeur de la Puna de Atacama - du 4 au 15 mai 2007

Publié le mercredi 16 mai 2007

Vendredi 4 mai : Chilecito - La Rioja (bus)
Samedi 5 mai : La Rioja - Belén (bus) - biv. "Puerta de Corral Quemado" 67 km (4h30')
Dimanche 6 mai : Biv. "Puerta de Corral Quemado" - biv. "Los Nacimientos" 53 km (5h35')
Lundi 7 mai : Biv. "Los Nacimientos" - Pasto Ventura 58 km (6h15')
Mardi 8 mai : Pasto Ventura - Antofagasta de la Sierra 97 km (5h35')
Mercredi 9 mai : Antofagasta de la Sierra
Jeudi 10 mai : Antofagasta de la Sierra - biv. "Rio Incahuasi" 66 km (7h02')
Vendredi 11 mai : Biv. "Rio Incahuasi" - Biv. "Tolar Chico" 95 km (6h36')
Samedi 12 mai : Biv. "Tolar Chico" - Ollacapato Chico 124 km (6h41')
Dimanche 13 mai : Ollacapato Chico - Biv. "Mañon" 84 km (6h03')
Lundi 14 mai : Biv. "Mañon" - La Viña 200 km (7h14')
Mardi 15 mai : La Viña - Cafayate 107 km (5h00)

Par Gaël.

Depuis le jour ou je me suis penché sur la carte de l'Argentine, cette piste qui passe par Antofagasta de la Sierra et le Salar de l'Homme Mort et qui traverse les hauts plateaux des Andes m'intrigue et me fascine. Quand on a décidé de se séparer pour une dizaine de jours avec Yves (lui allant voir un ami a Cordoba), l'idée de parcourir cette piste en solo m'est tout de suite venue. Apres avoir trouvé quelques informations sur celle-ci sur internet, elle paraissait réalisable et toujours plus attirante... Ce furent finalement 10 jours fantastiques sur les hauteurs de l'altiplano, souvent a plus de 4000m d'altitude, dans des paysages grandioses, entre volcans, lamas, salars et vigognes, au coeur de la puna de Atacama.

C'est donc a Chilecito, vendredi 4, que nous nous séparons pour quelques jours. Jeux veux tout d'abord me rendre a Belén en bus, la ou commence la piste qui mene a Antofagasta de la Sierra. Je n'y arrive que samedi midi, apres quelques petits soucis de bus (pas de place pour mon vélo...). La, je prends quelques informations sur les premiers villages de la piste, fait le plein d'eau et de pain et enfourche ma bici, c'est parti ! Ces premiers tours de roues en solo me menent jusuqu'a Puerta de Corral Quemado, a travers une belle quebrada et en compagnie de majestueux condors. Ce premiers jours, quelques portions de piste tres sablonneuse me mettent dans l'ambiance pour les jours a venir...

Dimanche, je pars de bon matin et remonte la vallée jusqu'a Villa Vil puis Barranca Larga, petits villages aux maisons en adobe. A Barranca Larga, les gens que je rencontre et a qui j'annonce mon intention de me rendre a Antofagasta de la Sierra a vélo me prennent pour un fou : "Il fait tres froid la haut, il y a beaucoup de vent, tu ne pourras meme pas monter ta tente...". Bizarrement, tout cela ne fait que renforcer mon envie d'aller voir...

Je poursuis donc ma route, arrive au dernier village de la vallée, Los Nacimientos, et y fait le plein d'eau : 3 jours d'autonomie, 20 litres !!! Je suis chargé comme une mule ! Mon vélo n'a jamais été aussi lourd. A cela, s'ajoute une pente qui devient tres forte, qui plus est en sable. C'est dur ! D'autant que le vent entre dans l'arene et ajoute une difficulté supplémentaire. Les montagnes sont en sable ici ! Je passe tout pres d'immenses dunes sur lesquelles des vigognes, lointaines cousines des dromadaires, se promenent tranquillement, dans une vent de folie. Je pousse plus souvent mon vélo que je ne pédale et trouve finalement un recoin plus ou moins abrité du vent, derriere quelques rochers, pour planter ma tente. Je suis a 3170m d'altitude.

Le lendemain, l'étape est tres dure, mais magnifique. Le vent, le sable et l'altitude rendent ma progression difficile. Mais les paysages de l'altiplano me récompensent largement de mes efforts. Je passe mon premier col a plus de quatre mille metres (4080m environ), sous l'oeil étonné des nombreuses vigognes. Le vent souffle encore tres fort quand je plante ma tente a Pasto Ventura, a 3845m, devant un paysage grandiose. Le froid y est vif (-4 degrés sous la tente) et je dors tres mal cette nuit (sans doute a cause de l'altitude)...

Mardi, le vent s'est calmé et le temps est magnifique. Je dévale la route asphaltée et arrive a El Peñon, petit village pres d'un rio, a 10h30, surpris d'etre deja la. Je pensais n'y arriver que le soir. Du coup, je décide de poursuivre mon chemin jusqu'a Antofagasta, 63 km plus loin. Je descend donc jusqu'a un haut plateau a plus de 3000 metres, parsemé de cones volcaniques. L'aridite ici est extreme. Rien ne pousse. C'est un désert de sable et de cailloux. Une quinzaine de kilometres avant d'arriver a Antofagasta se dresse le Volcan du meme nom, cone volcanique parfait qui culmine 250 metres au dessus de la piste, soit a 3640m. Je laisse alors mon velo une ptite heure et grimpe jusqu'au sommet, d'ou la vue sur le haut plateau est superbe !

J'arrive a Antofagasta peu apres, véritable oasis dans ce désert minéral. La, je suis logé chez la famille Adrian. Je peux me prendre une bonne douche chaude et manger un bon repas fait d'une soupe consistante suivie de pommes de terre, oeufs et viande la lama, avant d'aller me coucher, au chaud, dans un bon lit. Je passe la journée de mercredi ici, pour me reposer et profiter un peu de l'atmosphere de ce village perdu sur l'altiplano. Je bois le maté et prépare des tortillas (genre de pain pas levé, cuit au barbecue) avec Garbriel, le fils de la famille, et sa mere. Gabriel va ensuite vendre les tortillas dans le village, sur son vélo...

Jeudi, je reprends la route, toujours vers le nord, au milieu des troupeaux de lamas. La piste s'éleve régulierement dans des paysages magnifiques et je franchis un col a 4458m avant de bivouaquer dans un abri de berger a plus de 4300m, pres d'un petit rio ou viennent s'abreuver des dizaines de vigognes. Bivouac de reve...

Au matin, il fait -9,5 degrés dehors et a peine plus chaud sous mon petit abri de 2 metres carrés et 1m20 de haut ! Je pédale plus d'une heure avec des températures franchement négatives... Je rejoins alors le Salar del Hombre Muerto (Salar de l'Homme Mort). Ah, j'en avais revé de ce salar au nom mystérieux. Mais il ne se présente pas tel que je l'avais imaginé. Ce n'est pas une grande étendue uniformément blanche, mais plutot un mélange de gris, marron, blanc et rose. Je le traverse par le milieu, sur une excellente piste. Ce soir, je bivouaque prés de Tolar Chico, toujours a plus de 4000m d'altitude...

Apres une nuit encore bien fraiche, je rejoins le Salar de Pocitos, magnifique avec ses couleurs orangées, puis franchit un nouveau col a 4085m avant de redescendre sur le Ollacapato Chico : 3 maisons et un chapelle en adobe au milieu de nulle part. Je m'y arrete et demande la permission de camper ici. Une homme me recoit et me propose, plutot que de camper dans le froid, de m'installer dans un abri derriere la maison principale. Ici vit une famille au sens large : parents, enfants et petits enfants, et tout ce petit monde s'apprete a célébrer deux jours durant la Fiesta de la Virgen de Fatima, dans la petite chapelle du hameau. On m'invite a entrer dans la cuisine ou l'on me sert un petit cafe accompagné de tortillas... En soirée, une quinzaine de personnes viennent depuis le village voisin et la célébration commence, dans la chapelle. Celle-ci est suivie par une procession de la Vierge autour du hameau, dans les vents glacés et sous la mirillade d'étoiles des nuits de la puna. Quelques instants plus tard, le pere de la famille allume un grand feu de bois devant la chapelle et commence les offrances a la Pachamama : feuilles de coca, vin et cigarettes. Il sera suivit par tous les participants a la manifestation... étrange mélange de croyances. La soirée continue autour du feu, avec un petit repas fait de viande et pates et arrosé d'une boisson forte genre vin chaud. Cela continue avec de la musique et des danses traditionnelles... A 23h, je suis épuisé et vais me coucher alors que la fete continuera une bonne partie de la nuit.

Le lendemain, je suis réveillé par des pétards lancés par le padré peu avant le lever du soleil. Je décide apres mure reflexion de reprendre la route des ce matin, malgré les invitations a rester pour la fete d'aujourd'hui ou notamment un asado et un tournoi de football sont prévus. La piste tres mauvaise s'éleve jusqu'a ce qui sera le plus haut col de ces 12 jours : l'Abra Alto Chrillo, a 4560m ! Je redescend ensuite jusqu'a San Antonio de los Cobres, puis poursuit ma route direction Salta. Ce soir, je dors dans les ruines d'un petite maison en adobe, a plus de 4000m d'altitude. Je ne monte pas ma tente et dors a la belle étoile. Je crois n'avoir jamais vu autant d'étoiles....

Au matin, le froid est pincant : -7 degrés ! Je déjeune en vitesse et reprends la route pour franchir un dernier col a 4080m avant de redescendre sur la vallée de Salta, 2700m plus bas. L'étape du jour sera la plus longue depuis le début du voyage puisque je pourcourrai 200 km jusqu'a La Viña.

Mercredi, pour ma derniere étape en solo, je parcours la Quebrada de Cafayate, jolie, sans plus apres ce que j'ai vu ces derniers jours. Le soir, je retrouve Yves au camping de Cafayate, et nous rencontrons deux cyclos francais avec qui nous nous faisons un petit asado pour feter tout ca...

Mendoza-Chilecito, du 25 avril au 3 mai 2007 : Quand l'Argentine nous surprend, toujours et encore...

Publié le jeudi 3 mai 2007

Par Yves.

25/04 : Mendoza - bivouac dans le col de los Paramillos : 69,50 km.
26/04 : Bivouac dans le col de los Paramillos - bivouac "Difunta Correa", piste de Barreal :74,50 km.
27/04 : Bivouac "Difunta Correa", piste de Barreal - bivouac "Cerro Alcazar" :112 km.
28/04 : Bivouac "Cerro Alcazar" - bivouac "du désert" avant Tocota :82 km.
29/04 : Bivouac "du désert" avant Tocota - Rodeo :105,50 km.
30/04 : Rodeo - Mirador Cuesta de Huaco :71,50 km.
01/05 : Mirador Cuesta de Huaco - bivouac "dunes" après Guandacol :82 km.
02/05 : Bivouac "dunes" après Guandacol - bivouac "Difunta Correa", descente Cuesta de Miranda :103 km.
03/05 : Bivouac "Difunta Correa", descente Cuesta de Miranda - Chilecito :45 km.

Après avoir passés deux jours dans la verdoyante et agréable Mendoza, nous sommes repartis vers le nord, longeant la Cordillère, passant de vallées arides et désertiques en vallées vertes et fertiles, et traversant des paysages magnifiques aux reliefs colorés ; une fois de plus, l' Argentine est vraiment une terre de contrastes...

Arrivés à Mendoza, capitale du vin argentin, le 22 avril (jour d' élections présidentielles...), nous nous y reposons deux jours. Nous y rencontrons Damien et Sandrine, voyageurs à vélo français, avec lesquels nous partageons de bons moments, à la table de ténédors libre...

Mercredi 25, nous reprenons la route en direction d' Uspallata ; mais cette fois, nous la rallierons par l' est. Nous remontons la vallée de Mendoza jusque Villavicencio, au pied de la montagne, nom donné à la source d' eau minérale qui y coule, réputée en Argentine. Là, nous nous attaquons à "la Cuesta de los 365 curvas" (côte des 365 virages), piste qui s' élève régulièrement en lacets jusqu' au col de los Paramillos, à 3100 m d' altitude.

Nous bivouaquons avant ce dernier que nous franchissons le lendemain dans la matinée. De là-haut, nous avons une très jolie vue sur la Cordillère, toute de blanc vêtue, et notamment sur l' Aconcagua. Puis, nous redescendons à Uspallata en passant par un site de pétroglyphes (gravures rupestres datées d' entre le VIIè et le XIè siècle).

De là, nous remontons la large vallée d' Uspallata en direction de Barreal. Magnifique, cette vallée est néanmoins aride et désertique et c' est avec joie que nous nous arrêtons au bord d' un rio en eau pour bivouaquer. à plus de 2000 m d' altitude tout de même, la nuit est froide et au réveil, tout est gelé ! Mais le soleil qui se lève nous réchauffe vite et illumine les sommets de chaudes couleurs orangées. Des "bergers" avec une vingtaine de chevaux sont arrivés à la lune et ont passé la nuit à nos côtés, sans tente ni duvet, chapeau !

Vendredi, nous poursuivons notre route jusque Barreal, après être passés près d' un lac asséché, impressionnant... à Barreal, oasis verdoyante, repérable de loin comme toutes les localités de la régions aux peupliers, saules pleureurs, eucalyptus et autres grands arbres qui les protègent (du soleil et du vent), nous retrouvons un rio en eau : le rio de los Patos (la rivière des canards) ; nous passons d' une vallée minérale à une vallée fertile, la vallée de Calingasta. Nous bivouaquons près du Cerro Alcazar, formation rocheuse spectaculaire. Redescendus en altitude, il fait doux ce soir !

Le lendemain, nous remontons la vallée, traversant les localités de Calingasta, Puchuzun et Villa Nueva. Ici, les maisons sont en adobe (briques de terre séchée), n' ont pas de toit comme on l' imagine (ils sont plats), et presque toutes possèdent un four extérieur en terre. Les gens semblent vivre simplement, le calme et la tranquillité de ces lieux sont agréables... Il faut dire que le soleil cogne et qu' aux heures les plus chaudes il ne fait pas bon s' agiter ! Il n' y a que nous pour repartir après le déjeuner, en plein cagnard, à l' assaut de la "piste du désert", car c'en est un nouveau qui nous attend, un vrai, avec du sable et tout ! Après plus de 25 km de piste sablonneuse sur laquelle nous devons souvent pousser nos montures, nous nous arrêtons, au beau milieu de cette immensité silencieuse, et nous plantons les tentes...

à l' ouest, la Cordillère et ses sommets enneigés culminant à plus de 5000 m pour la plupart ; à l' est, une chaîne de montagnes moins haute et plus "sèche" ; et entre les deux, le désert, et nous dedans... à la nuit tombée, le ciel s' illumine de milliers d' étoiles, comme depuis plusieurs jours, et la lune vient nous souhaiter bonne nuit...

Dimanche 29, nous filons vers Iglesia, paisible village de gauchos, où nous retrouvons la route. De là, nous rallions Rodeo où nous bivouaquons au bord du plan d' eau réputé pour ses grands vents.

Le lendemain, nous passons à San José de Jachal avant de nous diriger vers la vallée de Huaco. Au-dessus d' un barrage, au sommet de la Cuesta de Huaco (1338 m), nous débouchons sur un paysage à en couper le souffle : devant nous s' étend une vallée aux reliefs grenat, rouge, orange, ocre, jaune, beige, j' en passe et d' autres couleurs, hallucinants. Nous nous installons là pour la nuit.

Le 1er mai, nous roulons jusque Guandacol, à l'est de Villa Union, près de 80 km de ligne droite. Aujourd' hui, c' est une bande de dunes de sable s 'étalant sur près d' un kilomètre qui nous décide à nous arrêter. C' est fou, qui l' eut cru, ici, en Argentine ?

Le lendemain, nous repartons pour Villa Union que nous rallions rapidement. Le ciel, couvert en partant, est dégagé dans notre direction. Nous poursuivons sur la RN 40, un peu monotone aujourd' hui, jusqu' à retrouver une piste et entrer dans un massif de grès rouge, aux formations rocheuses et aux cactus impressionnants.

Plus tard, nous atteignons le sommet de la Cuesta de Miranda (2020 m) que nous dévalons de l' autre côté, vertigineuse ! Nous établissons, pour la seconde fois en quelques jours, le bivouac près d' un site dédié à "La Difunta Correa" (explications en fin d' article).

Le 3 mai, nous finissons de descendre la côte de bon matin et arrivons à Chilecito. Il fait bien chaud ici, on n' est plus habitués ! 8 mois de voyage à vélo le 4, 13000 km au compteur, on avance toujours...

à propos de la "Difunta Correa" : Cette dernière est une "sainte" spécifique à l' Argentine. D' après la légende, durant les guerres civiles des années 1840, Déolinda Correa suivit à pied, à-travers les déserts de la région de San Juan, avec son bébé, les déplacements du bataillon de son mari. Elle mourru alors de soif et de fatigue. On raconte qu' on retrouva son cadavre et son bébé, vivant, qui têtait encore son sein. Depuis, une série de miracles lui est attribuée et on retrouve, dans toute l' Argentine, sur le bord des routes, des petits autels qui lui sont dédiés. Les gens lui font des offrandes, en particulier de l' eau, sensée étancher sa soif.

MERCI AUX ENFANTS DE L'ECOLE DE THURET POUR CES SUPERBES TEE-SHIRTS !!!