Saint-Laurent du Maroni au Maripasoula : en pirogue sur le Maroni. Du lundi 21 au dimanche 27 août 2006 :
Publié le mardi 29 août 2006
Par Yves et Gaël.
Lundi 21 août 2006 : nous nous levons à l'aube (5h30) et partons en quête d'une pirogue pour remonter le fleuve Maroni, jusqu'à Grand Santi. Après près de 3h d'attente, nous trouvons un piroguier qui veut bien nous emmener, pour 30 € par personne. Nous embarquons avec lui et traversons le fleuve jusqu'à Albina (sur la rive surinamaise). Avec nous, il y a un motoriste, à l'arrière, qui pilote, un takariste, à l'avant, qui manie une perche de bois (takari) pour dirigier la pirogue dans les sauts (rapides) et lors des accostages, 3 collègues piroguiers, qui s'occupent de la manutention, et 6 « passagers ».
A Albina, les piroguiers chargent leur cargaison de bidons de fuel (33 bidons de 200 litres !) ainsi que d'autres marchandises (principalement des boissons...). Nous attendons... nous attendons... des heures et des heures. Ce n'est que vers 14 heures que nous partons enfin ! Nous nous installons sur la pirogue, à cheval sur les bidons, un peu comme on veut... ou comme on peut ! L'atmosphère est des plus joyeuses : l'équipe de bord parle, rit, chante, se promène sur la pirogue avec une agilité sans pareil. Nous ne comprenons pas un mot de ce qui se dit car ils parlent la langue traditionnelle des Noirs-Marrons : le taki-taki (littéralement « Qui parle beaucoup »). C'est un mélange d'anglais, de hollandais, de portugais et des langues africaines d'origine. Mais peu importe, nous sommes partis et y'a d'l'ambiance ! C'est du bonheur ! En route, nous nous arrêtons plusieurs fois, pour décharger quelques bidons par-ci, quelques autres marchandises par-là, pour s'arrêter et se poser un peu tout simplement... Tout cela ponctue le voyage, en plus des quelques sauts que notre motoriste franchit de la manière la plus sereine qui soit...

Le fleuve Maroni est très large et calme pendant plusieurs heures, puis, à partir d'Apatou, il devient plus étroit et agité. De chaque côté, la forêt, océan de verdure, l'Amazonie, défile à perte de vue, luxuriante, mystérieuse, enchanteresse et fascinante. Elle n'est interrompue que par quelques villages noirs-marrons qui bordent le fleuve. Ces derniers sont uniquement ravitaillés par pirogue, qui est ici le seul moyen de communication. Les enfants, souvent nus ou presque, jouent dans l'eau ou partent pêcher en pirogue, tandis que leurs mères font la vaiselle la lessive et leur toilette dans le fleuve. C'est vraiment l'Afrique... Sur le cours du fleuve, nous passons à côté d'étranges barges flottantes. Ce sont des sites mobiles d'orpaillage : l'or attire toujours et encore...

Une petite averse passe, mais nous avons juste le temps de nous couvrir ainsi que nos bagages d'une grande bâche. Tout est prévu ! La fin de l'après-midi arrive, puis la nuit ; nous naviguons toujours, sans lumière bien entendu ! Près d'une heure de navigation de nuit plus tard, nous nous arrêtons enfin dans un carbet de passage nommé « Nassan » où nous passerons la nuit. Nous ne sommes pas les seuls : une autre pirogue a également fait escale ici. Nous installons nos hamacs, puis nous dévorons un couac au thon à l'huile, suivit de speculos : la journée a été longue et nous n'avons pas beaucoup mangé... Nous discutons ensuite un peu avec un apprenti-motoriste, Modo (Auguste), et Margot, une habitante de Grand Santi qui voyage sur l'autre pirogue, qui parlent français. Modo nous paye une « Parbo Bier » au « bar » du lieu que nous buvons en regardant le début d'un film de Jacky Chan ! Nous nous couchons vite, fatigués de la folle journée qui s'achève. La nuit, plusieurs averses tombent. Aude et Yves sont réveillés par des fuites du toit de palmes, tandis que Gaël dort paisiblement...
Le lendemain, Modo nous lève à 6h15. Le campement est vite plié et à 6h30, nous voilà repartis ; il fait à peine jour...

Comme hier, les heures défilent sur le même rythme, mais jamais nous ne nous ennuyons. Il y a un peu plus de sauts qu'hier. Le motoriste fait toujours preuve d'une grande assurance. Il suit méticuleusemet un chemin invisible qui serpente entre les rochers, que l'on ne voit pas au premier abord, mais qui se découvrent lorsque nous passons à côté ! Il faut vraiment bien connaîte le fleuve pour se repérer dans ce vértable labyrinthe fait de multiples bras, d'îles et îlots.
Enfin, vers 14h, nous arrivons à Grand Santi.

Modo nous dépose au carbet de passage Eloi où nous retrouvons... Célia ! Elle est ici en mission, avec 3 collègues médecins. Nous avons bien faim et, avant toute chose, commençons par nous préparer une soupe chinoise... froide (nous avons bêtement laissé notre réchaud à Cayenne !). Deux gosses viennent à notre rencontre et engagent la conversation « Il faut la faire chauffer normalement ! ». Le plus grand a 6 ans et se prénomme Thomas ; le second, son frère, a 3 ans et ne parle pas français (car il n'est pas encore scolarisé). Thomas, qui a 10 frères et soeurs (son père aurait 5 femmes), nous conduit chez Pauline, qui nous remet la clé du carbet. Nous nous installons. Grand Santi est un gros village (ou une petite ville) qui s'étire le long du fleuve. Petites cases, rues de terre battue, gosses qui jouent dehors, musique reggae qui résonne... dépaysement total ! Nous ne sommes plus en Guyane, nous sommes en terre bushinenguée (noir-marron). Le Maroni, qui marque administrativement la frontière entre la Guyane et le Suriname, n'est absolument pas une frontière pour les habitants du fleuve. C'est une simple voie de communication et que l'on habite d'un côté ou de l'autre a peu d'importance ; on parle la même langue, on vit de la même manière, on a la même histoire. Il y a même des enfants français habitants de petits villages côté français, qui vont à l'école sur l'autre rive, au Suriname, car c'est beaucoup plus proche et facile (et inversement).

Mercredi, nous passons un début de journée tranquille à Grand Santi, où les préparatifs de la fête patronale, qui débute ce soir et dure jusqu'à dimanche, occupent tout le village. Des piroguiers déchargent leurs cargaisons de boissons en tout genres tandis qu'on donne une dernière touche aux baraques qui encerclent la place des fêtes. Tout doit être parfaitement décoré, illuminé, arrangé...

Ce n'est qu'en début de soirée que la fête commence véritablement, par un vin d'honneur. C'est comme la fête de Saint-Laurent du Maroni, mais en miniature. Le Maire fait son discours. Il explique qu'il devait y avoir des groupes de musique ce soir, mais l'un est parti trop tard de Saint-Laurent et n'a pas pu arriver avant la nuit et l'autre est « bloqué », quelque part entre Apatou et le village Providence !!!
Jeudi matin, nous partons à l'aube, à bord d'une nouvelle pirogue de fret, en direction de Maripasoula, plus haut sur le fleuve. Comme il y a deux jours, nous sommes installés sur des barils de fuel et accompagnés d'une joyeuse troupe de piroguiers. La brume matinale laisse rapidement place à un soleil ardent et les paysages, toujours plus beaux, défilent sous nos yeux.

Par deux fois, nous nous arrêtons et en profitons, comme les piroguiers, pour nous baigner dans le fleuve. A un moment, 3 pirogues, dont la notre, se suivent et dans un saut très technique, une reste coincée sur des rochers. Aussitôt, tous les membres des trois pirogues se déshabillent et se jettent à l'eau pour aller décharger, décoincer puis recharger la pirogue en difficulté.

La journée est belle, nous arrivons à Papaïchton en fin d'après-midi. Là, nous déchargeons quelques fûts et autres marchandises et chargeons deux énormes rouleaux de câbles qui manquent de faire plier la pirogue ! Heureusement, elle est bien solide. La nuit tombe, nous débarquons à Maripasoula, plus grande commune de France (par sa superficie), vers 20h. Nous prenons une chambre au bar-épicerie-restaurent-hôtel « Chez Dédée », nous dînons (spaghettis à la cuillère ! Essayez donc !), puis allons à la fête. Eh oui, comme à Grand Santi, c'est la fête, jusqu'à dimanche, et comme là-bas et à Saint-Laurent, nous retrouvons une place avec une scène, entourée de baraques qui vendent boissons et mets succulents. Il y a beaucoup plus de monde ici qu'à Grand Santi. Tout le monde est sur son 31, à l'occidentale. Des groupes de danse locaux se produisent, la musique est forte et l'organisation de la soirée n'est pas au top. Nous allons rapidement nous coucher.
Le lendemain, nous nous levons à 8h, alors que la musique de la fête, qui a hurlé toute la nuit s'arrête enfin ! Nous quittons l'hôtel et allons nous installer chez Richard Gras, qui a un carbet. C'est un peu excentré (si on considère qu'il y a un centre ici) ; on sera plus au calme et le cadre est beaucoup plus joli, au bord du fleuve.

Nous y retrouvons Johan et Anaïs, nos voisins de chambre de la nuit précédente. Les jours qui suivent s'organisent de la manière suivante : dodo, promenade, repas, sieste, yam's, fête, repas, dodo...

Nous rencontrons Benoît, qui vient s'installer à Maripasoula pour travailler sur un programme de mise en valeur et de développement de l'agriculture entre Apatou et Maripasoula. Sur la fête, nous assistons à d'autres prestations de danse (où l'on retrouve les rythmes africains), dont certaines sont bien, de musique reggae, et même au concours de Miss Maripasoula, remporté par la seule et unique concurrente ! Elle remporte un VTT et une machine à laver !!!

Dimanche 27, cela fait un mois tout juste que nous sommes partis. Nous prenons un petit avion d'Air Guyane pour rentrer à Cayenne où nous allons passer la semaine avant le départ de Aude et notre départ à vélo. L'aérodrome de Maripasoula vaut le détour : une piste, un vieux bâtiment en travaux et c'est tout !

L'avion, qui arrive directement de Cayenne, se pose et s'immobilise à quelques mètres de nous. Nous mettons nous même nos sacs dans la soute et montons à bord (20 places). La cabine de pilotage n'est pas séparée des voyageurs et nous voyons tout ce que font les pilotes. C'est assez impressionnant. L'avion se place en bout de piste et s'élance. C'est parti ! Nous survolons l'océan de verdure qu'est l'Amazonie. C'est magnifique ! Quelques nuages s'accrochent au-dessus des arbres. De temps à autres, les méandres d'une crique rompent la monotonie du paysage... La nuit tombe, Cayenne se rapproche...
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Chauds lézards !!!


Cette fois, c'est la vraie !









