août 2006 - Si On Jouait...

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Saint-Laurent du Maroni au Maripasoula : en pirogue sur le Maroni. Du lundi 21 au dimanche 27 août 2006 :

Publié le mardi 29 août 2006

Par Yves et Gaël.

Lundi 21 août 2006 : nous nous levons à l'aube (5h30) et partons en quête d'une pirogue pour remonter le fleuve Maroni, jusqu'à Grand Santi. Après près de 3h d'attente, nous trouvons un piroguier qui veut bien nous emmener, pour 30 € par personne. Nous embarquons avec lui et traversons le fleuve jusqu'à Albina (sur la rive surinamaise). Avec nous, il y a un motoriste, à l'arrière, qui pilote, un takariste, à l'avant, qui manie une perche de bois (takari) pour dirigier la pirogue dans les sauts (rapides) et lors des accostages, 3 collègues piroguiers, qui s'occupent de la manutention, et 6 « passagers ».

A Albina, les piroguiers chargent leur cargaison de bidons de fuel (33 bidons de 200 litres !) ainsi que d'autres marchandises (principalement des boissons...). Nous attendons... nous attendons... des heures et des heures. Ce n'est que vers 14 heures que nous partons enfin ! Nous nous installons sur la pirogue, à cheval sur les bidons, un peu comme on veut... ou comme on peut ! L'atmosphère est des plus joyeuses : l'équipe de bord parle, rit, chante, se promène sur la pirogue avec une agilité sans pareil. Nous ne comprenons pas un mot de ce qui se dit car ils parlent la langue traditionnelle des Noirs-Marrons : le taki-taki (littéralement « Qui parle beaucoup »). C'est un mélange d'anglais, de hollandais, de portugais et des langues africaines d'origine. Mais peu importe, nous sommes partis et y'a d'l'ambiance ! C'est du bonheur ! En route, nous nous arrêtons plusieurs fois, pour décharger quelques bidons par-ci, quelques autres marchandises par-là, pour s'arrêter et se poser un peu tout simplement... Tout cela ponctue le voyage, en plus des quelques sauts que notre motoriste franchit de la manière la plus sereine qui soit...

Le fleuve Maroni est très large et calme pendant plusieurs heures, puis, à partir d'Apatou, il devient plus étroit et agité. De chaque côté, la forêt, océan de verdure, l'Amazonie, défile à perte de vue, luxuriante, mystérieuse, enchanteresse et fascinante. Elle n'est interrompue que par quelques villages noirs-marrons qui bordent le fleuve. Ces derniers sont uniquement ravitaillés par pirogue, qui est ici le seul moyen de communication. Les enfants, souvent nus ou presque, jouent dans l'eau ou partent pêcher en pirogue, tandis que leurs mères font la vaiselle la lessive et leur toilette dans le fleuve. C'est vraiment l'Afrique... Sur le cours du fleuve, nous passons à côté d'étranges barges flottantes. Ce sont des sites mobiles d'orpaillage : l'or attire toujours et encore...

Une petite averse passe, mais nous avons juste le temps de nous couvrir ainsi que nos bagages d'une grande bâche. Tout est prévu ! La fin de l'après-midi arrive, puis la nuit ; nous naviguons toujours, sans lumière bien entendu ! Près d'une heure de navigation de nuit plus tard, nous nous arrêtons enfin dans un carbet de passage nommé « Nassan » où nous passerons la nuit. Nous ne sommes pas les seuls : une autre pirogue a également fait escale ici. Nous installons nos hamacs, puis nous dévorons un couac au thon à l'huile, suivit de speculos : la journée a été longue et nous n'avons pas beaucoup mangé... Nous discutons ensuite un peu avec un apprenti-motoriste, Modo (Auguste), et Margot, une habitante de Grand Santi qui voyage sur l'autre pirogue, qui parlent français. Modo nous paye une « Parbo Bier » au « bar » du lieu que nous buvons en regardant le début d'un film de Jacky Chan ! Nous nous couchons vite, fatigués de la folle journée qui s'achève. La nuit, plusieurs averses tombent. Aude et Yves sont réveillés par des fuites du toit de palmes, tandis que Gaël dort paisiblement...

Le lendemain, Modo nous lève à 6h15. Le campement est vite plié et à 6h30, nous voilà repartis ; il fait à peine jour...

Comme hier, les heures défilent sur le même rythme, mais jamais nous ne nous ennuyons. Il y a un peu plus de sauts qu'hier. Le motoriste fait toujours preuve d'une grande assurance. Il suit méticuleusemet un chemin invisible qui serpente entre les rochers, que l'on ne voit pas au premier abord, mais qui se découvrent lorsque nous passons à côté ! Il faut vraiment bien connaîte le fleuve pour se repérer dans ce vértable labyrinthe fait de multiples bras, d'îles et îlots.

Enfin, vers 14h, nous arrivons à Grand Santi.

Modo nous dépose au carbet de passage Eloi où nous retrouvons... Célia ! Elle est ici en mission, avec 3 collègues médecins. Nous avons bien faim et, avant toute chose, commençons par nous préparer une soupe chinoise... froide (nous avons bêtement laissé notre réchaud à Cayenne !). Deux gosses viennent à notre rencontre et engagent la conversation « Il faut la faire chauffer normalement ! ». Le plus grand a 6 ans et se prénomme Thomas ; le second, son frère, a 3 ans et ne parle pas français (car il n'est pas encore scolarisé). Thomas, qui a 10 frères et soeurs (son père aurait 5 femmes), nous conduit chez Pauline, qui nous remet la clé du carbet. Nous nous installons. Grand Santi est un gros village (ou une petite ville) qui s'étire le long du fleuve. Petites cases, rues de terre battue, gosses qui jouent dehors, musique reggae qui résonne... dépaysement total ! Nous ne sommes plus en Guyane, nous sommes en terre bushinenguée (noir-marron). Le Maroni, qui marque administrativement la frontière entre la Guyane et le Suriname, n'est absolument pas une frontière pour les habitants du fleuve. C'est une simple voie de communication et que l'on habite d'un côté ou de l'autre a peu d'importance ; on parle la même langue, on vit de la même manière, on a la même histoire. Il y a même des enfants français habitants de petits villages côté français, qui vont à l'école sur l'autre rive, au Suriname, car c'est beaucoup plus proche et facile (et inversement).

Mercredi, nous passons un début de journée tranquille à Grand Santi, où les préparatifs de la fête patronale, qui débute ce soir et dure jusqu'à dimanche, occupent tout le village. Des piroguiers déchargent leurs cargaisons de boissons en tout genres tandis qu'on donne une dernière touche aux baraques qui encerclent la place des fêtes. Tout doit être parfaitement décoré, illuminé, arrangé...

Ce n'est qu'en début de soirée que la fête commence véritablement, par un vin d'honneur. C'est comme la fête de Saint-Laurent du Maroni, mais en miniature. Le Maire fait son discours. Il explique qu'il devait y avoir des groupes de musique ce soir, mais l'un est parti trop tard de Saint-Laurent et n'a pas pu arriver avant la nuit et l'autre est « bloqué », quelque part entre Apatou et le village Providence !!!

Jeudi matin, nous partons à l'aube, à bord d'une nouvelle pirogue de fret, en direction de Maripasoula, plus haut sur le fleuve. Comme il y a deux jours, nous sommes installés sur des barils de fuel et accompagnés d'une joyeuse troupe de piroguiers. La brume matinale laisse rapidement place à un soleil ardent et les paysages, toujours plus beaux, défilent sous nos yeux.

Par deux fois, nous nous arrêtons et en profitons, comme les piroguiers, pour nous baigner dans le fleuve. A un moment, 3 pirogues, dont la notre, se suivent et dans un saut très technique, une reste coincée sur des rochers. Aussitôt, tous les membres des trois pirogues se déshabillent et se jettent à l'eau pour aller décharger, décoincer puis recharger la pirogue en difficulté.

La journée est belle, nous arrivons à Papaïchton en fin d'après-midi. Là, nous déchargeons quelques fûts et autres marchandises et chargeons deux énormes rouleaux de câbles qui manquent de faire plier la pirogue ! Heureusement, elle est bien solide. La nuit tombe, nous débarquons à Maripasoula, plus grande commune de France (par sa superficie), vers 20h. Nous prenons une chambre au bar-épicerie-restaurent-hôtel « Chez Dédée », nous dînons (spaghettis à la cuillère ! Essayez donc !), puis allons à la fête. Eh oui, comme à Grand Santi, c'est la fête, jusqu'à dimanche, et comme là-bas et à Saint-Laurent, nous retrouvons une place avec une scène, entourée de baraques qui vendent boissons et mets succulents. Il y a beaucoup plus de monde ici qu'à Grand Santi. Tout le monde est sur son 31, à l'occidentale. Des groupes de danse locaux se produisent, la musique est forte et l'organisation de la soirée n'est pas au top. Nous allons rapidement nous coucher.

Le lendemain, nous nous levons à 8h, alors que la musique de la fête, qui a hurlé toute la nuit s'arrête enfin ! Nous quittons l'hôtel et allons nous installer chez Richard Gras, qui a un carbet. C'est un peu excentré (si on considère qu'il y a un centre ici) ; on sera plus au calme et le cadre est beaucoup plus joli, au bord du fleuve.

Nous y retrouvons Johan et Anaïs, nos voisins de chambre de la nuit précédente. Les jours qui suivent s'organisent de la manière suivante : dodo, promenade, repas, sieste, yam's, fête, repas, dodo...

Nous rencontrons Benoît, qui vient s'installer à Maripasoula pour travailler sur un programme de mise en valeur et de développement de l'agriculture entre Apatou et Maripasoula. Sur la fête, nous assistons à d'autres prestations de danse (où l'on retrouve les rythmes africains), dont certaines sont bien, de musique reggae, et même au concours de Miss Maripasoula, remporté par la seule et unique concurrente ! Elle remporte un VTT et une machine à laver !!!

Dimanche 27, cela fait un mois tout juste que nous sommes partis. Nous prenons un petit avion d'Air Guyane pour rentrer à Cayenne où nous allons passer la semaine avant le départ de Aude et notre départ à vélo. L'aérodrome de Maripasoula vaut le détour : une piste, un vieux bâtiment en travaux et c'est tout !

L'avion, qui arrive directement de Cayenne, se pose et s'immobilise à quelques mètres de nous. Nous mettons nous même nos sacs dans la soute et montons à bord (20 places). La cabine de pilotage n'est pas séparée des voyageurs et nous voyons tout ce que font les pilotes. C'est assez impressionnant. L'avion se place en bout de piste et s'élance. C'est parti ! Nous survolons l'océan de verdure qu'est l'Amazonie. C'est magnifique ! Quelques nuages s'accrochent au-dessus des arbres. De temps à autres, les méandres d'une crique rompent la monotonie du paysage... La nuit tombe, Cayenne se rapproche...

Saint-Laurent du Maroni - Samedi 19 et dimanche 20 août 2006 :

Publié le mardi 29 août 2006

Par Yves

Samedi matin, retour à Saint-Laurent en stop. La chance est avec nous aujourd'hui : nous sommes pris par deux chauffeurs, tout d'abord jusqu'à Sinnamary en 4x4 tout confort, puis jusqu'à Saint-Laurent, à l'arrière d'un pick-up, cheveux au vent !

Nous arrivons à bon port vers 12h30 et retournons à l'internat de l'hôpital. Nous y retrouvons ses repas et de nouveaux internes : Anthony et Marjolaine, Géraldine, Sophie, Mathieu (épidémiologiste), Célia (interne à Cayenne, et dont le copain, Julien, n'est autre que le frère de Stéphanie, que nous avons rencontré dans le Parc du Brownsberg !). Et ils ont tous entendu parler de nous « Ah, c'est vous les cyclistes ». C'est pas bon ça ?! En fin d'après-midi, nous allons à Awala-Yalimapo, village amérindien au nord de Saint-Laurent, sur la côte. Nous découvrons alors la plus belle plage de Guyane. C'est un site protégé, car lieu de ponte des tortues luth, olivâtres et vertes. La période de ponte touche à sa fin, mais c'est maintenant celle des éclosions (ou émergences). A la nuit tombée, nous avons d'ailleurs la chance d'assister à ce « spectacle » formidable : les petites tortues, à peine sorties de l'œuf, se dirigent vers la mer, en direction de la lumière qu'elle reflète. Impressionnant! Chacun de leur pas laisse une traînée phosphorescente sur le sable. Incroyable nature!

Nous allons ensuite manger un kalicipo (plat traditionnel amérindien composé de gibier ou de poisson cuit dans du jus de manioc et accompagné de couac (manioc) et de galettes de manioc). Un régal.

Dimanche, journée pépère : visite guidée du Camp de la Transportation de Saint-Laurent, dans lequel nous étions déjà entrés il y a quelques jours.

Un peu d'histoire : Jusqu'au XVIII ème siècle, les prisons et bagnes maritimes de France reçoivent les malfaiteurs que la société veut éloigner et oublier. Pour ces mêmes raisons, et pour peupler cette nouvelle colonie, est votée, le 15 août 1792, une première loi qui fait de la Guyane Française une terre de déportation. Mais très vite, l'expérience est arrêtée en raison des épidémies qui déciment la population pénale. De nouveau, en juin 1850, l'Assemblée Nationale décide de transformer la peine de mort en déportation dans les colonies pour les plus méritants. Ainsi, le 31 mars 1852, les premiers condamnés débarquent en Guyane, pour être affectés dans l'Est du territoire à la construction de pénitenciers, presque aussitôt abandonnés en raison de leur insalubrité. Dans ce contexte, Sarda-Garriga, commissaire général de la Guyane, est chargé de rechercher des terres plus hospitalières, et son choix se fixe sur la rive droite du Maroni. Quelques années plus tard, en 1857, le commandant Mélinon retient le site dénommé Kamalaguli, petit village amérindien, pour son installation. Cette même année, les premiers bagnards arrivent au camp de la transportation. Après les premiers travaux, Saint-Laurent du Maroni est inauguré le 21 février 1858.

L'année 1859 voit arriver le premier convoi de femmes condamnées, toutes volontaires et choisies parmi celles qui peuvent retrouver une vie normale en fondant un foyer. Devant l'échec de cette tentative, les convois sont interrompus en 1905. La situation sanitaire des bagnards devient catastrophique. Napoléon III décide en 1867 de ne plus envoyer de condamnés blancs en Guyane et de les diriger en Nouvelle-Calédonie au climat plus sain. Mais le bagne de Guyane subsiste. Saint-Laurent du Maroni devient le siège de l'administration pénitentiaire : le 15 septembre 1880, la ville est érigée en Commune pénitentiaire spéciale (exemple unique). Entre 1852 et 1953, environ 70 000 condamnés, répartis en quatre catégories seront passés dans les différents camps implantés sur le territoire de Saint-Laurent du Maroni : Les transportés : Ces condamnés étaient « transportés » en Guyane pour y accomplir la peine de travaux forcés, suite à un acte très grave (vol à main armée, meurtre, vol qualifié!). Ces forçats pouvaient être condamnés pour un temps déterminé ou à perpétuité. On a dénombré plus de 55 000 Transportés. Ils représentaient la catégorie de bagnards la plus importante. Six cases doubles et six cases simples leur étaient réservées. Jusqu'en 1928, un bat-flanc leur servait de couche (environ 50 par étage).

Les Libérés : Une fois sa peine achevée, le Transporté devenait un Transporté Libéré (encore appelé « popote » ou « vieux blanc »). Libéré, il devait cependant rester en Guyane sous le contrôle de l'Administration Pénitentiaire. Le Libéré se voyait obligé de résider en Guyane le même nombre d'années que sa peine, si celle-ci avait été inférieure à huit ans, c'était le doublage. Si sa condamnation avait été supérieure à 8 ans, il avait obligation de résidence en Guyane à vie. Les Libérés étaient détenus dans les mêmes conditions que les Relégués : un bâtiment collectif (blockhaus) et des cellules individuelles pour les plus indisciplinés et les récidivistes.

Les Relégués : Surnommés « Pieds de Biche », ils n'avaient pas commis de faute grave mais avaient récidivé. Ces hommes étaient placés sous l'autorité de l'Administration Pénitentiaire mais n'étaient pas astreints aux travaux forcés. Si leur cas était jugé lourd, ils devaient travailler et étaient enfermés la nuit : c'était la relégation collective, basée à Saint-Jean du Maroni. Les autres étaient libres avec l'autorisation de vivre dans la commune de leur choix. Il y eut près de 18 000 Relégués. Le quartier des Relégués se divise en deux parties : un bâtiment collectif (blockhaus) pouvant recevoir jusqu'à 40 bagnards et 19 cellules individuelles réservées aux « fortes têtes ».

Les Déportés : Condamnés politiques pour espionnage, trahison, désertion ou faux monnayage, ces condamnés se divisaient en deux groupes : les déportés simples envoyés purger leur peine aux Iles du Salut (Royale et Saint-Joseph), et les déportés en enceinte fortifiée, comme le fut Dreyfus, enfermés sur l'île du Diable. Quelques centaines d'hommes subirent ce sort.

Kourou, du vendredi 11 août au samedi 19 août au matin :

Publié le mardi 29 août 2006

Par Gaël

Aujourd'hui, nous redescendons à Kourou avec Nicolas et sa copine Camille qui partent en Bolivie et au Pérou pendant trois semaines. Nous arrivons vers midi et nous sommes accueillis par Boris et Stéphanie (un autre contact que nous avions) qui habitent là depuis près d'un an. Boris travaille au Centre Spatial Guyanais (CSG). Ca tombe bien, ce soir c'est le lancement d'Ariane 5. A la nuit tombée, nous allons donc avec Boris sur la plage de Kourou pour assister au spectacle.

19h15 : le ciel noir s'illumine brusquement en direction du pas de tir ; la lumière est intense et une grosse boule de feu s'élève. C'est Ariane 5 qui transporte deux satellites de télécommunication (JCSAT 10 et Syracuse 3B pour ceux que ça intéresse). Elle prend rapidement de la vitesse et de la hauteur. C'est alors que le bruit nous parvient : un sourd grondement qui fait, paraît-il, vibrer les habitations ; ici, sur la plage, ce n'est pas si impressionnant. La fusée s'élève encore et prend la direction de l'est pour aller placer les satellites en orbite géostationnaire ; elle passe au dessus de nous. Après environ deux 2 minutes, nous voyons clairement deux points lumineux qui s'écartent de la fusée. Ce sont les Etages d'Accélération à Poudre (EAP), ou boosters, qui ont fini leur travail de propulsion et qui se détachent de l'engin. Ils retomberont dans l'Océan et couleront, à priori sans laisser de trace et sans polluer! La fusée s'éloigne encore et nous ne distinguons plus maintenant qu'un minuscule point lumineux, une étoile de plus dans l'Univers! Nous passons la soirée à fêter le lancement réussi avec Boris et bon nombre de ses collègues.

A Kourou habitent beaucoup de métros qui travaillent au CSG, pour des missions de 6 mois à 7 ans. Il y a également beaucoup de légionnaires, assez rustres apparemment! Les créoles tiennent l'administration, les chinois le commerce et les « clandestins » (dominicains, haïtiens) font les petits boulots ; il y a aussi des brésiliennes qui cherchent un riche mari au CSG, des noir-marron Saramaka et quelques Amérindiens. C'est donc une ville cosmopolite, typiquement guyanaise. Nous passons un samedi tranquille, entre promenade dans Kourou, repas et dégustation de glaces.

Dimanche, nous partons avec Boris nous balader sur le layon (sentier) de la Montagne des Singes, à une quinzaine de kilomètres de Kourou. Boris nous raconte que la dernière fois qu'il est venu là, un boa arc-en-ciel est passé entre les jambes de sa belle-mère ! La balade dure deux heures et malgré le nom du lieu, il n'y a pas de singes ici ! Nous ne verrons aucun animal, si ce n'est quelques insectes et surtout de nombreuses araignées.

Le layon est très joli, longeant d'abord un petit ruisseau puis s'élevant à flanc de colline. Nous arrivons au sommet (146 m d'altitude quand même !) après 1h30 de marche. La vue sur Kourou, le fleuve du même nom, le CSG et les Iles du Salut est superbe. Là, il y a un carbet nommé « le carbet des araignées », car il en est envahi. Leur particularité est que les grosses (celles que l'on voit bien) sont les femelles et que les toutes petites sont les mâles.

Lundi, après un footing matinal « à la fraîche », si on peut dire, nous partons, avec des collègues de Boris, pour deux jours en carbet, sur le fleuve Kourou. Nous y allons d'abord en voiture, puis en barque pour les derniers 500 mètres.

Baignade dans le fleuve, concours de plongeon, bataille de boue, knee-board (sorte de ski nautique sur une planche sur laquelle on se tient à genoux au enfin, on essaye !), barbecue et détente sont au programme. Plutôt sympa. Sur le fleuve Kourou, et comme sur tous les autres fleuves de Guyane, la marée est sensible. Nous somme pourtant à plus de 20 km à vol d'oiseau de l'embouchure, mais le faible dénivelé fait qu'ici, il y a tout de même une marée de plus d'un mètre d'amplitude. Et ce qui est le plus surprenant, c'est que le courant change de sens quand la marée monte ou descend !

Mercredi, nous allons visiter le CSG (Centre Spatial Guyanais). Nous commençons la visite par la salle Jupiter. C'est là que sont prises les décisions concernant le décollage de la fusée. Des rangées d'ordinateurs sont alignées devant un écran géant où sont données diverses informations concernant la fusée. Ariane 5 est un lanceur, qui place des satellites en orbite géostationnaire (est au ouest : le satellite est alors fixe par rapport au sol), ou polaire (nord au sud). Ce sont des satellites de télécommunication, d'observation, de services météo, militaires! Ariane 5 peut transporter jusqu'à 10 tonnes de charge utile (satellite) et possède 4 moteurs, qui s'allument successivement lors du décollage.

Bientôt, sur le site de Kourou et de Sinnamary (ville voisine), seront construites deux nouvelles bases de lancement, une pour Soyouz (Russie) et une pour Vega (Italie). Cela permettra de placer en orbite des satellites de masses différentes : plus légères avec Vega, plus lourdes avec Ariane 5, et intermédiaires avec Soyouz. Le CSG de Kourou est idéalement situé pour plusieurs raisons. Tout d'abord, il est situé près de l'équateur, ce qui permet de bénéficier de la vitesse de rotation de la Terre et de gagner de l'énergie ainsi. De plus, l'ouverture sur l'Océan au nord comme à l'est permet d'effectuer des lancements vers des orbites géostationnaires et polaires. La Guyane est aussi un pays où les tremblements de terre sont très rares et faibles et où il n'y a pas de cyclones. C'est aussi une région peu peuplée et très vaste.

Jeudi matin, nous partons pour deux jours sur les Iles du Salut. Nous embarquons à bord du catamaran Le Royal Ti-Punch, pour une heure trente de traversée jusqu'à l'île Royale. L'archipel des Iles du Salut, composé de trois îles (l'île Royale, l'île Saint Joseph et l'île du Diable), constitue une zone géographique très différente du continent, pourtant à seulement 17 km de là. Ici, le climat est plus sec, plus ventilé, et surtout l'eau est bleue ! On se croirait presque dans les Caraïbes ! Mais ces conditions paradisiaques ne font cependant pas oublier le terrible passé des îles, qui servirent de bagne entre 1887 et 1940 pour les prisonniers les plus durs, et les prisonniers politiques (dont Dreyfus ou Seznec). S'évader des îles était une opération des plus délicates. En effet, les éléments naturels constituaient des barrières quasi infranchissables : côtes rocheuses balayés par une forte houle et des courants dévastateurs, mer infestée de requins en ont découragé plus d'un. L'île Royale, comme les deux autres, n'est pas très grande. Nous en faisons le tour en une bonne heure. Nous croisons, sur le chemin, de nombreux agoutis.

Quelques bâtiments en ruine rappellent le triste passé de l'île. Mais la plupart des bâtiments, restaurés et transformés en hôtel font perdre à l'île son atmosphère lourde. L'île est un peu la Côte d'Azur de la Guyane, et beaucoup de monde vient ici profiter de la mer bleue et de l'ambiance Caraïbes. Dans le bassin qui servait de réserve d'eau potable, un caïman se prélasse tandis que de nombreux iguanes se promènent. Nous voyons aussi deux beaux aras, peu farouches !

A 14 h, nous sommes de retour à l'embarcadère, et traversons jusqu'à l'île Saint Joseph, où nous passerons la nuit. Nous faisons un rapide tour de l'île et trouvons, près de la plage, un endroit sympathique pour installer notre campement. Nous allons ensuite visiter l'île. Les vestiges du bagne sont ici laissés à l'abandon et on ressent pleinement l'atmosphère pesante qu'il devait y avoir. La végétation envahit les bâtiments, les arbres poussent dans les cellules, traversant les portes et écartant les grilles, comme si la nature voulait effacer au plus vite ces pages noires de l'histoire. Les couloirs où sont alignées les cellules sont lugubres et donnent encore des frissons.

Ici, dans ces minuscules cellules, les bagnards étaient emprisonnés en permanence et n'avaient droit qu'à une sortie de 20 minutes par jour, dans une cour à peine plus grande que la cellule. Le silence devait être total, il était interdit de lire, d'écrire ou de communiquer avec quiconque ! Le toit des cellules était constitué de simples barreaux, permettant aux gardiens une surveillance totale, mais surtout laissant les bagnards recevoir le soleil comme la pluie. Conditions inhumaines! Retour au campement au coucher du soleil. Nous faisons un feu. Mais le bois de cocotier humide, ça brûle mal et ça éclaire peu ! Nous passons une très belle nuit, bercée par le bruit des vagues qui s'écrasent sur les rochers.

Le lendemain, c'est baignade et détente. Juste avant de repartir pour le continent, nous tombons sur un groupe de petits singes qui jouent des les arbres (saïmiri). Nous nous approchons doucement ; les singes aussi ; si bien que nous finissons par donner des morceaux de noix de coco aux singes qui viennent nous les prendre dans la main ! Excellent !

Nous rentrons à Kourou, chez Boris et Stéphanie et allons déguster une glace (caramel, noix de pécan et maracudja pour moi). Demain, nous repartons pour Saint Laurent du Maroni.

Saint-Laurent du Maroni, du lundi 7 août au vendredi 11 août 2006 :

Publié le mardi 29 août 2006

Lundi 7, après être repassés de l'autre côté du Maroni, nous revenons en Guyane Française, à Saint-Laurent où nous avons un contact, à l'internat de l'hôpital. A l'accueil, un interne nommé Fadi nous dit « Vous avez des z'hamacs ? Venez ! » Il nous conduit à l'internat où nous posons nos hamacs dans les « coursives » du lieu.

Sanitaires et cuisine (et machine à laver !) sont à nous, c'est le grand luxe, ce sera comme ça jusque vendredi ! D'autant plus que le frigo est réapprovisionné tous les jours midi et soir pour pas moins de dix internes et que seuls cinq travaillent en ce moment ! Imaginez la suite! Nous rencontrons Julie, Clotilde et Nicolas, d'autres internes ma foi fort accueillants et sympathiques.

Durant ces trois jours, nous avons visité Saint-Laurent qui est une petite ville malgré ses 20 000 habitants (2ème plus grosse ville de Guyane derrière Cayenne et ses 50 594 hab.). Nous pénétrons les vestiges du camp de la transportation, bagne de la ville (nous y reviendrons par la suite) : difficile d'imaginer la vie des bagnards de l'époque (fin XIX ème, début XX ème siècle), sombres lieux en tout cas! Après la séquence « histoire » de notre tour de la ville, nous nous désaltérons avec un sirop local préparé par Supersinobol : verre de glace (râpée d'un énorme « glaçon ») auquel on ajoute un, deux voire trois sirops et de l'eau. C'est très frais, un régal !

De retour à l'internat, une mauvaise surprise nous attend : nos hamacs et nos affaires ont été repliés, la femme de ménage a averti la direction de notre présence, ça a chauffé pour nos amis internes ! Qu'à cela ne tienne, la résistance s'organise : Clotilde, Julie et Nicolas, qui ont un logement en ville, nous laissent leurs chambres pour les jours qui viennent, il faudra juste déguerpir entre 7h30 et 13h00, horaire de la femme de ménage! Les jours qui suivent, nous allons nous promener dans les quartiers noir-marron et amérindien de Saint- Laurent, communautés qui cohabitent avec les créoles, entre autres, dans toute la Guyane. Nous allons également nous baigner dans la crique Chilibambo (ou crique Margot) avec Clotilde : là, nous nous amusons comme des enfants à nous balancer au bout d'une corde avant de nous laisser tomber dans l'eau fraîche ! (des petits films de nos « exploits » seront mis sur le site courant septembre).

Le 10 août, c'est le jour de la fête patronale à Saint-Laurent, début de festivités qui durent 4 jours et 3 nuits (surtout la nuit d'ailleurs). Nous répondons présents à l'invitation au vin d'honneur offert par la municipalité : champagne, planteur (rhum - jus d'orange, ananas et goyave) et autres boissons accompagnés de petits fours récompensent notre attente sous le soleil (en bons métros que nous somme, nous étions en avance au RDV ; or, le retard dans le programme était de presque 2h !) ; majorettes, fanfare (Nicolas en fait partie, il joue du soubassophone), inaugurations, discours officiels, récompenses du concours de maisons fleuries, retraite au flambeau, représentations de danses amérindiennes, créoles et africaines, chansons, défilés de tenues traditionnelles noir-marron (tangui) et africaines, et défilé masculin intitulé « les grands séducteurs de l'Ouest Guyanais » rythment notre journée entre des glaces maison au parfums locaux succulentes.

« Les grands séducteurs de L'ouest Guyanais », du grand bonheur : imaginez une douzaine d'hommes arrivant chacun leur tour sur la place du village en 4X4 conduits par des femmes, et faisant un show pendant que d'autres femmes les présentent « Jean-Louis, 27 ans, 1,83m pour 75 kg, il est garagiste dans la vie ; il est habillé d'un pantalon XXX et d'une chemise XXX, etc., etc. Et ce, par deux fois, en tenue de soirée et en tenue de sport ! Hallucinant ! Ces quatre jours n'ont pas été sensationnels côté activités, nous sommes au ralenti en attendant des jours plus riches!

Archives

Publié le samedi 12 août 2006

Pour des besoins d'optimisation, nous avons été obligé de faire quelques modifications:

La page principale ne vous présentera plus que nos 5 derniers billets.

Pour consulter les plus anciens, veuillez consulter nos archives mensuelles que vous trouverez sur le coté droit de notre blog!

Merci et bonne lecture !

03) Fin des aventures surinamaises

Publié le mardi 8 août 2006

Par Gaël, à Saint Laurent du Maroni, lundi 8 août 2006.

Dimanche 6 août : aujourd'hui, c'est dimanche, et tout est fermé à Paramaribo. Le Surinam entier semble endormi... et nous serons obligé de suivre le mouvement. Nous voulions aller visiter Niew Amsterdam, mais le dimanche les bus se font rares et notre tentative échouera. Nous restons donc à Paramaribo. Le marché chinois nous occupe quelques minutes et nous permet de nous acheter de quoi manger à midi. C'est fou ce Surinam, ici, on a l'impression d'être quelque part en Asie du Sud-Est, et 100 mètres plus loin, c'est l'Afrique qui nous ouvre ses portes.

Nous allons passer l'après-midi à la palmeraie où des scouts animent une sortie pour les personnes agées en chantant quelques chansons.

Nous les regardons et nous occupons en faisant quelques parties de yam's (que je perds toutes !). En fin de journée, nous allons sur la Waterkant, pour manger le traditionnel bamie, sur fond de musique reggae jouée par un groupe local.

Lundi 7 août, réveil à 5h00 pour prendre le bus à 5h30, en direction de Santigron. Santigron est un village Noir Marron, situé à 1h30 de bus au sud de Paramaribo. Les Noirs Marrons, ou Bushinengés, regroupent, sur le plateau des Guyanes, 6 ensembles ethniques : les Bonis, les Saramaka, les N'djukas, les Matawaï, les Paramaca et les Kwinki. A Santigron, ce sont des Saramaka. Le terme de "Noirs Marrons" date du début du XVII ème siècle. A cette époque là, des esclaves Noirs, employés au Suriname profitèrent du désordre général pour se révolter et se réfugier dans la forêt où ils se sont installés. Cette fuite portera le nom de "marronage" et sera à l'origine de l'appellation donnée aujourd'hui à ces peuples.

La langue commune utilisée par les Noirs Marrons est le taki-taki, mélange de hollandais, d'anglais et de portugais. Mais ils utilisent leurs langues propres au sein de leur communauté (les Saramaka parlent saramaka entre eux). Comme chez les Amérindiens, l'économie traditionnelle des Noirs Marrons est axée sur l'agriculture en forêt, la chasse, la pêche et la cueillette. Les hommes abattent et brûlent des parcelles de terre forestière, les abattis.

L'univers des Noirs Marrons est divisé en deux mondes parallèles séparés par le critère des sexes. Ces deux catégories sociales, hommes et femmes, ne doivent en aucun cas se confondre. La répartition des tâches est stricte : les hommes doivent fournir l'essentiel de la nourriture, ils chassent et ils pêchent ; les femmes cueillent agrumes, racines et fruits qui complètent l'alimentation.

Nous arrivons à Santigron au lever du soleil. A notre descente du bus, nous sommes rapidement pris en charge par un homme d'une quarantaine d'années, Mossuatu Elvin, qui sera notre guide. Il nous explique que le village est dirigé par 4 chefs hommes et 4 chefs femmes et nous emmène à la case d'une chef pour que nous payions une sorte de droit de visite de 5 SRD chacun (environ 1,75 euros).

Ceci fait, notre "guide" nous fait visiter une première partie du village, dans laquelle se trouvent la salle du conseil (grand abri ouvert sur l'extérieur), la maison où sont reclues les femmes après l'excision et la case du sorcier.

Nous prenons ensuite la direction des rives de la rivière Saramaka où quelques femmes font la lessive. Nous trouvons par terre une machoire de piranha, très présents par ici apparemment, et n'hésitant pas à mordre les baigneurs s'ils ont une plaie.

Retour au village où nous achetons du pain grillé, une boite de sardines, un oignon et deux brioches dans une petite boutique. Nous allons ensuite chez notre guide, qui nous prépare notre repas : sardines revenues dans l'huile, avec l'oignon, le tout servi sur le pain grillé et accompagné de thé. Pas mauvais.

Dans le reste du village, il y a une case qui sert aux personnes malades. On leur prépare une décoction à base de plantes et les malades s'en enduisent tout le corps afin de guérir.

Nous allons ensuite à l'école, un peu à l'écart du village. Cette école (De Ruyterschool) a été construite entre 1980 et 1986 par un Pasteur. Elle compte 90 élèves pour 1200 habitants dans le village. Mais tous les enfants ne sont pas scolarisés, car leurs familles n'ont pas les moyens de payer ! L'école accueille les enfants dès 4 ans, dans une classe maternelle. L'école primaire est divisée en 6 niveaux, de 7 à 15 ans. Chaque classe a son institutrice, venue de Paramaribo. Les élèves sont tous vêtus du même uniforme fait d'une chemise à carreaux blanche et verte et d'un pantalon de jean's bleu.

L'école débute chaque matin à 8h00 et dure jusqu'à 13h00, du lundi au vendredi. L'après-midi, les enfants sont libres. Après la sixième classe, les enfants doivent aller à Paramaribo s'ils veulent poursuivre leurs études. Mais ils doivent être peu à pouvoir le faire. Ici, ils étudient le hollandais (qui n'est pas leur langue maternelle), l'histoire, les mathématiques, la géographie...

Nous rencontrons le directeur de l'école et son adjoint. Nous leur expliquons notre projet. Ils semblent intéressés, mais n'ont pas envie de se compliquer la vie et ne donneront pas suite à nos demandes.

Nous rentrons à Paramaribo vers 12h, puis prenons le chemin du retour vers la Guyane immédiatement. Dans le taxi-co qui nous ramène vers Albina (frontière avec la Guyane), nous retrouvons les deux Clermontois du Brownsberg !

Nous passons le fleuve Maroni en pirogue et sommes donc de retour en Guyane, sans être allés jusqu'au Guyana. Peut-être irons nous à la fin de notre périple, en septembre 2007... A voir...

A Saint-Laurent du Maroni, nous allons à l'internat de l'hopital où nous sommes accueillis par des amis d'Olivier et Chloé Quéré, qui ont travaillé ici. Nous pouvons poser nos hamacs dans le batiment. Et surprise, nous retrouvons ici Mélanie (qui nous avait accueillis à Cayenne). Elle est de passage ce soir et part à Grand Santi sur le Maroni demain. Quel hasard !

02) Parc du Brownsberg : à la decouverte de la jungle surinamaise

Publié le mardi 8 août 2006

Par Gaël, à Saint Laurent du Maroni, mardi 8 août 2006.

Jeudi 3 août, 6h00, le réveil sonne dans notre chambre du Johnny's Hotel de Paramaribo. Nous bouclons nos sacs et prenons la direction du lieu d'où partent les taxi-co pour Brownsweg. Nous voulons en effet aller dans le parc naturel du Brownsberg (Brownsberg Nature Park), situé dans le district de Brokopondo, à 130 km au sud de Paramaribo. Ce parc a été créé en 1970 sur une superficie de 8400 hectares. Il compte de nombreuses espèces de singes, d'oiseaux, de papillons, insectes, araignées, serpents, grenouilles, etc. C'est un parc légèrement montagneux, dont le sommet culmine à plus de 450 m. C'est peu, mais suffisant pour dominer tous les environs. Un espace y est aménagé pour recevoir des visiteurs, avec lodges et carbets.

Nous devons donc prendre un premier taxi-co pour Brownsweg, puis changer et en prendre un second pour Brownsberg. Une fois un taxi-co partant à Brownsweg trouvé et le prix négocié, nous nous installons à bord. Nous demandons à quelle heure nous partirons. "Quand le taxi-co sera plein !" Nous n'avons donc plus qu'à attendre que d'autres passagers nous rejoignent...

Il est 6h45, le soleil se lève sur la capitale surinamaise et notre attente commence. Elle sera longue, mais animée par les allées et venues de notre chauffeur qui, une fois bidouille son moteur, une autre allume l'autoradio, puis attache un vélo sur le toit, va faire quelques courses, revient, change de station de radio, repart... A chaque fois, nous croyons que cela va être le signal du départ... mais nous ne partons jamais !

J'ai tout le temps pour observer les passants. Certains vagabondent à la recherche de clients voulant bien leur acheter quelques CD, DVD, bijoux ou même des petites culottes ! Il y a aussi des enfants en uniforme (chemise bleu ciel et pantalon en jean's) qui se rendent à l'école. Quelques cyclistes aux vélos chargés de cagettes ou de cartons tentent de se frayer un passage jusqu'au marché tout proche, dans la circulation désordonnée, où le klaxonne est l'accessoire indispensable.

Il est 11h quand nous démarrons enfin. Mais notre sortie de la ville de Paramaribo sera ponctuée par 7 ou 8 arrêts, tantôt pour charger quelques marchandises supplémentaires, tantôt pour faire le plein d'essence, pour regonfler les pneus ou pour acheter de quoi manger. Ici, ce n'est pas l'Afrique, mais c'est tout comme : on prend son temps, on n'est pas pressé. A la fin, nous sommes 10 dans le taxi-co (7 blacks et nous), avec une multitude de bagages à l'intérieur, mais aussi une porte de maison et un vélo chargés sur le toit !!!

Après quelques kilomètres sur une belle route, le bitume cède la place à une large piste de latérite, défoncée par la saison des pluies qui s'achève. Quelques maisons de bois signalent l'entrée du village de Brownsweg. Notre taxi-co s'arrête. Nous descendons et montons illico dans un second taxi-co, qui part dans la foulée pour le parc du Brownsberg.

A notre arrivée au Brownsberg, nous somme reçus par le réceptioniste, qui nous donne quelques recommandations et nous montrera notre carbet. Au-dessus de lui est accroché un sous-verre avec une énorme araignée à l'intérieur, une bird-spider (araignée-oiseau)... un avant-goût de ce qui va suivre...

Nous nous installons dans notre carbet nommé "baboen" (singe hurleur). C'est un simple abri, ouvert aux quatre vents, avec de quoi accrocher des hamacs, de quoi faire à manger, une table et deux bancs. Parfait !

Nous installons donc nos hamacs et moustiquaires, puis pendons toutes nos affaires pour éviter que des bébêtes ne s'y glissent. Autour de nous, des lézards énormes se baladent en toute quiétude et, à peine plus loin, des singes araignées (spider monkeys) sautent d'arbre en arbre !

Chauds lézards !!!

Une fois installés, nous partons pour une petite balade, vers le Mazaronitop (sommet et point de vue sur les environs). Le sentier se déroule au milieu d'une végétation impressionante, animée, comme au Mont Matoury, à Cayenne, par de nombreux sons étranges. Au Mazaronitop, la vue est splendide sur le lac Brokopondo (le plus grand lac du Surinam, créé artificiellement) et sur la canopée. A perte de vue, de tous les côtés, ce n'est que la jungle ! Nous voyons une grosse sauterelle verte et quelques oiseaux et faisons demi-tour. Je passe devant ; je regarde tranquillement à droite et à gauche quand soudain, lorsque je baisse les yeux, je vois, sous le pied que je m'apprête à poser, une énorme araignée ! Et quand je dis énorme, c'est énorme !!! Je pense que si j'avais marché dessus, elle n'aurait rien senti ! Je hurle, bondis, fais demi-tour et m'écarte du danger. Nous croyons d'abord qu'il s'agit d'une mygale. En fait, après vérification auprès du réceptioniste, il s'agissait d'une bird-spider comme celle du sous-verre, totalement inoffensive. Mais à ce moment là, nous ne le savions pas. Autant vous dire que je ne faisais pas le fier ! Après avoir repris mes esprits, nous faisons quelques photos de la bête, tout en restant à une distance respectable. Puis, comme l'araignée est en plein milieu du sentier et qu'il faut que l'on passe, il faut bien faire quelque chose. Nous choisissons de la contourner par la droite (un petit espace nous laisse 2-3 mètres de marge sur la droite), plutôt que de tenter de la faire fuir. Mission accomplie. Ouf !!!

Retour au carbet, douche et détente après toutes ces émotions. Un agouti (genre de petit cochon sauvage avec une tête de rongeur et de longues pattes fines) passe près de nous, tandis que sur un arbre, à environ 5 mètres de notre carbet, niche une matoutou (grosse araignée noire totalement inoffensive elle aussi). Elle est très grosse elle aussi, mais moins effrayante que celle de tout à l'heure et ne nous dérange pas !

Nous allumons les lampes tempête alors que la nuit tombe. La pluie se met à tomber et l'orage gronde. La saison des pluies n'est pas encore tout à fait terminée ici. Nous nous régalons avec un délicieux repas fait maison : soupe chinoise lyophilisée et petits chocos en guise de dessert.

Il est 20h45 et il fait nuit noire quand nous allons nous coucher, pour notre première nuit en hamac. La nuit fut bonne, mais fraîche. Nous avons eu un peu froid, malgré pantalon, chausettes et sweat. Et oui, même en Amazonie au mois d'août, il fait frais la nuit ! Toute la nuit, les bruits de la forêt n'ont pas cessé. Et au matin, les cris rauques des singes hurleurs nous ont tirés de notre sommeil.

Ce matin, vendredi 4 août, nous partons pour une randonnée dans la forêt vers Leoval et Irenval, 2 cascades fort jolies. Nous prenons tout notre temps, observant les plantes et quelques animaux sur le chemin (singes notamment), et nous mettons près de trois heures pour faire l'aller-retour. Les deux cascades sont magnifiques, au coeur d'une végétation luxuriante. Pour y aller, le layon (sentier), serpente au milieu de la forêt.

Retour au carbet vers midi et demi. Un bon repas s'impose : 500 g de riz, 2 boites de sardines et 3 bananes n'y résisteront pas ! Après ça, une bonne petite sièste est obligatoire...

14h30, nous repartons, cette fois en direction de la Wittiekreek, une crique (rivière) où l'on peut se baigner. Le layon qui y mène est plus petit que celui de ce matin. Je n'aurais jamais pensé que nous aurions pu faire ce que nous sommes en train de faire : nous promener tranquillement en pleine Amazonie, au coeur de la forêt... enfin, pas si tranquillement que ça, depuis ma mésaventure d'hier, je suis aux aguets en permanence et fais très attention à l'endroit où je mets mes pieds !

La crique à laquelle nous arrivons est magnifique. Une eau limpide s'y écoule, dans un cadre enchanteur. Mais il est déjà 16h20. Nous avons mis près de 2h pour descendre jusque là, et dans 2 heures, la nuit sera là !!! Il ne faut pas trainer ! Nous prenons donc le chemin du retour en quatrième vitesse, sans même avoir pris le temps de tremper ne serait-ce qu'un orteil dans l'eau. La crainte d'arriver de nuit nous fait marcher très vite. Aude souffre mais suit, et en 55 minutes à peine, nous sommes de retour au carbet, avec près d'une heure d'avance sur la nuit. Ouf !

Nous avons deux nouveaux voisins français au carbet. Nous discutons. Ils habitent à Clermont-Ferrand ! Ils s'appellent Alexandre et Stéphanie et font une thèse à l'INRA sur le beurre et le fromage. Nous leur racontons notre projet... Alexandre nous a vu a la télé, sur Clermont Première !!! C'est énorme ! Nous discutons de longues minutes, à la lueur de la lampe tempête, sous le carbet qui nous protège de l'orage qui gronde encore ce soir.

Samedi 5 août, nous plions nos hamacs et faisons nos sacs de bon matin pour rentrer à Paramaribo. Le retour en taxi-co se passe sans souci et nous arrivons à Paramaribo vers 14h00. Nous allons manger dans un restaurent indien (c'est génial cette diversité surinamaise) : pain indien fourré à la farine de pois-chiche, poulet au curry, pommes de terre et haricots verts, le tout mangé avec les doigts. Un délice !!!

Nous passons le reste de l'après-midi à flâner dans la capitale surinamaise et allons manger le soir un Pom (plat typique surinamais, composé de poulet grillé enveloppé dans une purée un peu spéciale, au goût non identifié).

01) Premiers jours au Surinam

Publié le mardi 8 août 2006

Par Yves.

St Laurent du Maroni, mardi 8 août 2006 :

Lundi 31 juillet, après quatre jours passés à Cayenne chez Mélanie, l'aventure commence pour de bon : nous partons vers Paramaribo au Surinam, en stop.

Levé 6h, Mélanie nous dépose de bon matin sur la route de St Laurent du Maroni, dernière ville guyanaise avant le fleuve Maroni et le Surinam. Là, notre attente d'auto-stoppeur commence ; et nous ne sommes pas les seuls, une quinzaine de personnes attendent également. Après une bonne heure et demie,nous sommes enfin pris par un chauffeur qui nous demande 10 euros par personne pour aller jusque Kourou, ce que nous refusons. Il nous mène tout de même à l'entrée de Kourou, où après avoir de nouveau longuement attendu, en vain, nous décidons d'entrer pour aller manger.

Là, une voiture tout confort nous prend et son chauffeur, Jean-Pierre, nous propose de nous faire faire le tour du Centre Spatial Guyanais ; il est éducateur spécialisé et chef du lieu où il travaille, aussi organise-t-il son temps comme il veut ! Nous acceptons en coeur et nous voilà à quelques centaines de mètres des pas de tir de Ariane 4 et de Ariane 5 qui devrait être lancée le 11 août prochain. C'est fou d'être là, le lieu n'est pas sécurisé comme on pourrait l'imaginer, on peut même visiter ces pas de tir avec un guide ! Nous passons près de la salle des commandes (salle Jupiter) et du musée de l'espace devant lequel une maquette d'Ariane 5 grandeur nature trône.

Cette fois, c'est la vraie !

Puis, JP nous conduit dans le centre de Kourou en passant par les quartiers Bushinengé et amérindien (ethnies locales). Il nous dépose devant un restaurant créole qu'il nous recommande avant de nous quitter, non sans nous laisser ses coordonnées : "Si vous avez besoin de moi, n'hésitez pas !". C'est pas bon ça ? Nous mangeons donc au restaurant, mérou frit, cochon bois et maïpouri (gibier) accompagné de riz, de haricots rouges et de couac (manioc concassé qu'il faut mouiller pour le manger) ; un régal.

De retour sur la route de St Laurent, nous montons dans la benne d'un camion après quelques temps, camion qui nous emmène jusque Sinnamary où nous décidons de passer la nuit car les voitures se font rares et ne s'arrêtent pas ! Est-ce parce que nous sommes 3, "métros" (de métropole) ou les deux ?

A Sinnamary, déconseillée par JP à cause de la papillonnite qui y sévit en ce moment (urticaire très désagréable dû à une poudre qui tombe des ailes des papillons qui sortent à la tombée de la nuit et qui sont attirés par la lumière), nous nous mettons en quête d'un toit pour la nuit.

Le carbet municipal (abri où l'on peut poser des hamacs) est à 16 km d'ici, les propriétaires des chambres à louer sont absents ou c'est beaucoup trop cher, les logements recommandés par le Petit Futé n'en parlons pas, nous avons même demandé au curé de nous héberger, en vain ; pourtant, ce dernier n'était pas contre le fait de nous héberger dans une salle commune à la paroisse et à la mairie mais c'est la mairie qui n'a pas accepté. La nuit approche (elle tombe vers 18h30 : ici, il y a 12 h de jour, 6h30-18h30, et 12h de nuit), nous commencons à nous en faire un peu quand nous tombons sur deux touristes français que nous alpaguons. Ils logent chez une dame qui a un petit gîte au-dessus de chez elle, nous nous invitons quelque peu, nous sommes sauvés ! Nous partageons donc deux chambres et une cuisine avec Simon et Claire, de Dijon et Caen, ainsi que des pizzas "Grand Jury", typiquement créole ! Rassasiés, douchés, nous ne tardons pas à aller nous coucher, grosse journée sous le soleil...

Le lendemain, réveil 5h45 par la sulfateuse (le sulfate repousse les insectes), petit déj' (avec de la confiture ananas-coco), au revoir à la propriétaire ma foi fort gentille, et en route pour St Laurent.

Après une nouvelle heure d'attente, un taxi collectif s'arrête, nous montons. Le chauffeur roule comme un fou, coups de klaxon, dépassements, évitements de nids de poule et autres, accrochez vos ceintures ! (façon de parler car il n'y en a pas et quand il y en a, personne ne la met !)

La route, comme depuis Cayenne, est bordée par la forêt et les petits villages qui se suivent. Plus on va vers St Laurent, plus ces derniers ressemblent à des villages africains, les maisons de béton et de tôle deviennent des cases en bois aux toits en feuilles de palmier, chacun vend ses quelques fruits et légumes et autres marchandises sur le bord de l'asphalte, on vit au bord de la route...

140 km plus loin, nous arrivons à St Laurent où notre taxi est alpagué par une dizaine d'hommes nous proposant la traversée en pirogue jusque Albina, de l'autre côté du Maroni. Surpris, montée d'adrénaline, il faut réagir vite et se décider. Nous en suivons un, les autres nous laissent et vont attendrent les prochains touristes... Nous montons dans la pirogue, passage à la douane française où on nous tamponne nos passeports, puis direction Albina. La traversée est courte et déjà on vient à notre rencontre afin de nous proposer un taxi pour Paramaribo. Notre piroguier nous montre du doigt un chauffeur que nous suivons. Comme tout à l'heure, les autres nous laissent tranquille...

Nous montons dans le taxi, volant à droite, conduite à gauche, trace de la brève colonisation britannique du Surinam (1650-1667). Passage à la douane surinamaise puis direction Paramaribo. Notre chauffeur est aussi pilote que le précédent, musique à fond, sauf que la route est en bien plus mauvais état ! Finalement, on ne roule ni à gauche, ni à droite, on roule où l'on peut ! Là encore, frissons garantis !

La route ressemble à celle de Guyane sauf que les panneaux sont en hollandais, trace de la colonisation des Pays-Bas (1667-1975). Après deux bonnes heures de route, nous atteignons Paramaribo, capitale du Surinam. Cette ville se trouve sur la rive nord du fleuve Surinam qui va se jeter dans l'Océan Atlantique à 23 km au nord. Elle a été construite en 1613 sur les bases d'un village amérindien, Parmirbo, d'où son nom qui signifie "ville des fleurs".

Nous descendons au Johnny's Hotel (entre le Mac Do, la mosquée et la synagogue...), recommandé par Mélanie, avant de nous plonger dans la ville. Premières impressions : c'est une ville bigarée où le métissage culturel est impressionnant (indiens, asiatiques, africains, créoles, européens, etc.). Moderne, Paramaribo est un grand quadrillage aux maisons en bois à la hollandaise ; parfois, on se croirait même en Louisiane !

Ici, tout le monde a quelque chose à vendre à la sauvette, tous les supermarkets et les bazars sont tenus par des asiatiques (encore des chinois !), le commerce est partout, les marques du libéralisme et de la mondialisation sont omniprésentes... La ville est sale car on jette tout par terre malgré les poubelles. La circulation est folle, voitures, bus et autres roulent dans tous les sens, au klaxon. Couleurs, senteurs, sons se côtoient et se mêlent, formant une drôle d'harmonie, fourmilière multiculturelle...

Nous nous mettons à l'anglais, pas toujours facile, mais on arrive toujours à nos fins... Nous nous renseignons sur le Guyana, y aller est excessivement cher ; aussi décidons-nous, à notre grand regret, de ne pas y aller...

Après un petit tour dans le quartier historique de la ville, au bord du fleuve (Waterkant), nous nous rendons dans un cyber-café d'où l'article précédent a été écrit. Puis, nous allons manger un bamie (base de pâte ou de riz en sauce épicée, agrémentée de poulet frit ou autre brochette de crevette, de porc, de foie, etc.) sur la Waterkant avant de rentrer nous coucher. Folle journée là encore...

Le 2 août, nous errons dans Paramaribo, à l'instinct. Nous passons au marché où nous achetons des knipas (sorte de litchi à l'écorce verte et à la chaire rose et sucrée) dont nous nous délectons avant d'aller visiter le musée historique du Surinam. N'allant pas au Guyana, nous décidons d'aller passer deux jours dans le parc naturel du Brownsberg, au centre du pays, en pleine Amazonie. Puis, nous nous acquittons de notre devoir "Si On Jouait" en écrivant nos cartes postales du Surinam avant de retourner au cyber-café et sur la Waterkant pour un nouveau bamie car nous n'avons rien trouvé d'autre qui ne soit pas du fast-food à l'américaine ! Nous mangeons en musique car ici on l'écoute partout, tout le temps, sur de grosses enceintes posées dans la rue ; le reggae a la part belle, c'est bon...

Premieres nouvelles sudamericaines

Publié le mardi 1 août 2006

Paramaribo, mardi 1er aout 2006.

Nous sommes actuellement dans la capitale du Surinam, a Paramaribo, apres cinq jours de voyage. Peu de temps passe, mais deja tant de decouvertes, de beaux endroits visites et d'emotions partagees.

Mais reprenons au commencement. Jeudi 27 juillet, 5h, le reveil sonne. Nous sommes a Acy, chez Yves. C est l'heure de se lever pour le grand depart vers Cayenne, via l'aeroport d'Orly. Apres avoir enregistre nos bagages, nous quittons les parents de Yves et les amis venus nous acompagner : Rachel, Nicolas et Sylvain.

10h45, nous sommes dans l'avion qui s'eleve peu a peu au-dessus de Paris. C'est parti !!!

Apres environ 8h de vol au-dessus de l'Atlantique, nous aterrissons a Cayenne vers 14h (heure locale : 5h de moins qu'en France). Apres avoir recupere nos bagages (et surtout les deux gros cartons contenant nos velos), nous retrouvons Melanie, venue nous chercher. Melanie est la meilleure amie d'Olivier et Chloe QUERE, partis pour un tour du Monde a velo en 2 ans (voir leur site bicyclettes nomades en lien). Elle vit en Guyane depuis 2 ans ou elle etudie la medecine tropicale. Elle nous conduit jusqu'a sa maison, dans les faubourgs de Cayenne.

La petite maison de Melanie est representative de celles de la region : des fenetres sans vitre, un toit de tole et de larges aerations. Sa maison est aussi entouree d'un jardin ou s'epanouissent les bananiers, manguiers, avocatiers et autres cocotiers. Cette jolie maison, a 300m de la plage a peine, sera la notre pour les 3 prochains jours, puisque Melanie nous la prete genereusement, ainsi que sa voiture, qui nous sera utile pour visiter les environs.

En fin d'apres-midi, nous allons faire un tour a la plage, a 300m, au bout du chemin, et nous decouvrons alors la cote guyanaise et l'Ocean Atlantique vu de l'Ouest. Malheureusement, l'eau a une couleur marron pas tres agreable, due aux alluvions venus du fleuve Amazone et des autres fleuves cotiers. Gael se baigne tout de meme, dans l'eau chaude des tropiques...

De retour a la maison, nous allons faire quelques courses au "Chinois" (l'epicier du coin equivalent de notre "Arabe") pour le diner. La nuit tombe, il est 19h, heure locale ; nous degustons un delicieux ananas. Puis, fatigues, nous sombrons rapidement.

Vendredi matin, reveil de bonne heure apres une nuit chaude et moite (il va falloir s'y habituer). Apres un bon petit dejeuner, nous allons a la decouverte de la ville de Cayenne. C'est une petite ville avec beaucoup de verdure. Nous l'abordons par la place centrale, la Place des Palmistes, bordee de jolies maisons creoles.

Apres avoir fait faire nos visas pour le Surinam au Consulat, et nous etre alleges du meme coup de 60 euros chacun, nous nous dirigeons vers le marche, riche en fruits et legumes colores. Pour ce premier jour, nous achetons une papaye, des maracudjas (fruit de la passion) et des bacoves (petites bananes).

Le climat tropical est deroutant, avec une alternance de soleil brulant et de pluies torrentielles en quelques minutes. Nous rentrons a la maison vers 15h, pour la sieste ! Ensuite, activite ouverture de noix de coco, qui nous occupera quelques minutes. Mais nous aurons la joie de deguster cette belle coco du jardin.

En soiree, apres un bon bain dans l'Ocean et un bon repas, nous allons au marche artisanal nocturne, organise a Cayenne en ce vendredi soir. Nous y decouvrons l'artisanat local avec ses diverses origines culturelles : Hmong, amerindienne, Noir-Marron, Creole, etc. Des spectacles de danse et de musique sont presentes et nous decouvrons ainsi la capoeira angolaise.

Samedi 29 juillet, Melanie nous propose de nous accompagner pour une balade dans la foret primaire, sur le sentier du Mont Matoury. Nous acceptons avec joie. Des nos premiers pas sur le sentier, nous penetrons l'univers de la foret. Des bruits se font entendre en permanence, venant de partout. C'est le coeur de l'Amazonie qui bat ! Le sentier s'enfonce doucement et les sons alentours augmentent d'intensite. Il s'agit d'insectes et d'oiseaux pour la plupart. Mais la foret est aussi peuplee de mammiferes, de serpents, d'araignees, etc. La vegetation, quant a elle, est a la fois magnifique et surprenante. Les arbres immenses alternent avec les jolies fleurs et des arbres paraissant etre montes sur des echasses.

Nous avons la chance, sur le chemin, de decouvrir de nombreux animaux : papillons en tout genre, chenilles, escargots, scolopendres, ecureuil, grenouilles (2 de couleur laterite, une jaune et noir aux pattes bleues, et une se confondant avec une feuille d'arbre). Nous avons aussi vu une colonie de fourmis transportant des morceaux de feuilles. Leur ballet etait impressionant : des milliers de fourmis se suivant de pres sur un chemin trace jusqu'a la cime d'un immense arbre, et revenant chargees de morceaux de feuilles pour les ramener chez elles.

De retour a la maison, nous engloutissons un plat de pates aux lardons et a la creme (typiquememt guyanais !), suivi d'une papaye et d'une mangue en dessert. En fin d'apres-midi, nous faisons un petit tour a la plage pour notre bain quotidien qui se fera ce soir en compagnie d'etranges poissons sauteurs, virevoltant autour de nous !

Dimanche, sur les conseils de Melanie, nous sommes alles a Cacao, un village Hmong a 76 km de Cayenne. Pour y aller, nous empruntons la route qui nous verra faire nos premiers tours de roues sur le sol sudamericain. Ca ne s'annonce pas facile d'entree, avec un terrain tres vallonne et quelques cotes courtes mais raides !!! Et oui, la Guyane c'est pas plat !

Arrives a Cacao, nous avons l'impression d'etre transporte en Asie. Ce village, dont le nom vient des cultures de Cacao qu'on y trouvait au XVII e siecle, a ete siege d'un bagne au XIX e siecle. Le village a ensuite ete abandonne jusqu'en 1977 ou les Hmongs, refugies politiques originaires du Haut Laos et du Sud-Est asiatique, se sont vus attribuer cette terre. Les Hmongs sont aujourd'hui les plus importants producteurs de fruits et legumes de Guyane.

Le dimanche a Cacao, c'est le jour ... du marche !!! Les Hmongs y vendent le fruit de leurs recoltes ainsi que leur artisanat (tissus brodes principalement). Nous degustons des specialites asiatiques (boulettes de riz coco, riz cantonais, beignet de poulet et beignet a la banane) ainsi qu'un jus d'ananas bien frais.

Apres un petit tour dans le village, nous allons au Saut Bief pour nous baigner dans la crique. L'endroit est magnifique. Quelques habitues se baignent et nous allons les rejoindre, dans le courant plutot fort !

Sur le chemin du retour, nous nous arretons au chateau "des choses dernieres". C'est un drole de chateau fort en bois, perdu en Amazonie, habite par Pascal et ses serpents. Le maitre des lieux fait decouvrir les serpents de la region aux visiteurs de passage. Il capture ces serpents lui-meme et les relache quelques jours plus tard, a la porte du chateau. Ce fut pour nous l'occasion de voir des boas arc en ciel, un bel anaconda vert de plus de 3 m et une petite couleuvre arboricole, serpents que nous avons meme pu prendre dans nos bras !!!

Rentres a Cayenne, nous nous preparons une fricassee de patate douce puis en dessert un chadeck, sorte de gros pamplemousse.

Suite et photos de notre aventure au prochain episode !!!

Yves et Gael.