16/02 : Quito – Madrid (avion)
17/02 : Madrid
18/02 : Madrid – biv. avt Jadraque 94 km (5h15)
19/02 : Biv. avt. Jadraque – Almazan 107 km (6h00)
20/02 : Almazan – Arnedillo 107 km (5h50)
21/02 : Arnedillo – biv. avt Pamplona 99 km (5h10)
22/02 : Biv avt Pamplona (ESP) – St Jean Pied de Port (FR) 97 km (5h30)
23/02 : St Jean Pied de Port – Orthez 85km (4h50)
24/02 : Orthez
25/02 : Orthez – biv avt Houeillès 110 km (5h30)
26/02 : biv avt Houeillès – biv ap Fumel 109 km (5h30)
27/02 : biv ap Fumel – biv ap Brive 119 km (6h30)
28/02 : biv ap Brive – biv avt Merlines 95 km (6h00)
29/02 : biv avt Merlines – sommet du Puy de Dôme 65 km (5h10)
01/03 : sommet du PDD – Chassenet 52 km (2h26)
Par Gaël,
Les côtes portugaises s’étirent sous mes yeux en une immense langue de sable où viennent s’échouer les vagues de l’Océan Atlantique après un long voyage. Notre avion va bientôt amorcer sa descente sur Madrid pour nous déposer sur le sol européen et nous plonger au cœur de l’hiver, dans la grisaille et le froid. Je repense au jour de notre départ, où nous regardions avec excitation s’approcher les côtes du Nouveau Monde à travers les hublots. Le tapis vert de la forêt amazonienne nous avait alors accueillis. Aujourd’hui, c’est une nappe de nuages gris qui nous reçoit…
Le crissement des roues de notre avion qui se pose sur le tarmac de l’aéroport de Madrid Barajas me sort de mes songes. Nous voici de retour dans la vieille Europe…
Le contraste avec l'Amérique du Sud est net au sortir de l’aéroport. Les rues tristes et vides sont seulement peuplées de voitures qui reflètent la froide lumière des réverbères. Autour, les immeubles de verre et d’acier veillent silencieusement. Nous nous rendons dans le centre-ville et y sommes accueillis par Paco, de hospitality-club. Nous n’avons pas le temps de nous poser 5 minutes que nous l’accompagnons à une fête organisée par une de ses amies, pour son 34ème anniversaire. Nous découvrons alors la vie nocturne madrilène, animée, mais où règne l’apparence… Nous sommes quelque peu déboussolés…

Le lendemain, nous arpentons la capitale espagnole, balayée par un vent glacial. Dans ses rues grises, marchent d’un pas pressé des fantômes vêtus de noir. Les couleur semblent avoir disparues, effacées par la pollution ou l’absence de joie de vivre… L’Europe vivrait-elle en noir et blanc ? Les voitures congestionnent les principaux axes et la ville semble leur appartenir. La folie urbaine et le bordel organisé de La Paz est bien loin… Nous nous réfugions dans un café Juan Valdez pour y savourer un cafecito colombiano, dernière saveur d’outre atlantique… avant d’aller déguster des tapas et du bon jambon espagnol (il n’y a pas que des mauvais côtés à retrouver l’Europe !).
Lundi 18 février, nous réenfourchons Yana et Zorra, direction la maison ! 60 horribles kilomètres d’autoroute sous la pluie nous mènent à Guadalajara, où nous pouvons enfin quitter l’axe Madrid – Barcelona pour emprunter une petite route beaucoup plus calme et agréable.
Deux jours durant, nous cheminons entre les plantations d’oliviers et les champs labourés, sur un terrain vallonné. Je retrouve alors le plaisir de pédaler dans cette ambiance hivernale que je connais bien. Cela me rappelle mes sorties d’entraînement. Je retrouve les odeurs, l’humidité, la lumière grise filtrée par le bas plafond nuageux, le froid… La nature est figée par l’hiver, comme endormie. Pas un souffle d’air ne vient troubler l’immobile quiétude des branches dénudées qui bordent la route, dressées vers un ciel désolé. Uniformément gris, le ciel semble dégouliner sur les terres labourées, tristes et sans vie, qui, en attendant les beaux jours, absorbent cette eau dont elles sont si souvent privées. Bien emmitouflés et encapuchonnés, nous traçons notre chemin face à la pluie, espérant un répit qui ne vient jamais. Nous traversons une campagne déserte et silencieuse en ce mois de février et les rares villages que nous croisons présentent portes closes et volets fermés.

Mercredi, la pluie a cessé et nous roulons avec bonheur dans des paysages dénudés qui me rappellent parfois la Provence. Mais chaque courbe, chaque arbre, chaque côte, chaque rocher fait surgir en moi des images de notre parcours sud-américain. Après avoir gravit les pentes du col de Oncala, nous plongeons dans une vallée étroite où coule une petite rivière aux eaux vertes. Cette vallée est ponctuée de petits villages de pierre regroupés autour de leur église. Leurs petites rues tortueuses et escarpées fleurent bon le « chez nous ». Nous roulons ainsi jusqu’à Arnedillo où nous trouvons un lieu de bivouac idéal sous le porche d’une chapelle… même si nous serons éclairés toute la nuit par des sports lumineux !!!
Le lendemain, la Navarre nous ouvre ses portes et invite le soleil à redonner couleur et vie aux paysages. Les cerisiers en fleur resplendissent de blancheur tandis que le vert des oliviers tranche sur la terre rouge du sol espagnol. Nous pique-niquons au soleil en dégustant de vrais sandwichs tels que nous n’en avons pas mangé depuis longtemps, avec du bon pain, de la bonne charcuterie et du vrai fromage !!!

C’est vendredi 22 février que nous franchissons les Pyrénées pour retrouver la France. A la frontière, pas une pancarte ne signale le changement de pays, alors nous faisons une photo devant la pancarte de la route des fromages, meilleur symbole de notre cher pays ! 10 km plus loin, nous arrivons à Saint Jean Pied de Port, jolie ville fortifiée et étape importante sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle. A l’entrée de la cité, une pancarte indiquant « auberge pour les pèlerins » attire notre attention. Nous nous rendons donc au 55 rue de la citadelle et prenons nos habits de pèlerins pour frapper à la porte. Une voix énergique nous crie depuis le deuxième étage : « entrez, entrez, c’est ouvert ». Jeanine tient cette auberge d’une main de fer depuis plus de 20 ans et loge les pèlerins moyennant 7 €. Mais comme nous sommes de pauvres petits sans le sou, de retour à la maison après un long voyage, pour nous, ce sera gratuit ! Nous sommes heureux d’être accueillis ainsi lors première nuit en France. L’hospitalité existe aussi ici !

Samedi, nous rejoignons Orthez en traversant le Pays Basque. Les paysages défilent sous notre regard émerveillé et sous un soleil magnifique. Nous découvrons avec bonheur cette France qui nous semble presque étrangère… Nous redécouvrons ce beau pays avec un regard neuf, un regard d’enfant.
Orthez sera pour nous l’occasion de nous reposer un peu chez la famille Lafore, que nous avions rencontrée en Argentine et avec qui nous avions passé les fêtes de fin d’année à Ushuaia. Nous passons chez eux une journée et demie fort agréable, riche en bonne humeur et en bonne cuisine !
Lundi, nous reprenons la route et traversons les Landes, plates et monotones. Nos corps fatigués par un an et demi de voyage donnent des signes de faiblesse : le genou de Yves le fait souffrir, quant à moi, j’ai mal aux tendons des chevilles…
Après les Landes, c’est le Lot-et-Garonne, puis le Lot et la Corrèze que nous traversons, avant d’arriver dans le Puy de Dôme. Depuis Madrid, nous notons une grande différence par rapport à l’Amérique du Sud. Ici, nous avons l’impression de passer inaperçu, d’être même parfois invisible. Alors que sur les routes sud-américaines nous suscitions l’étonnement ou l’admiration, ici nous croisons des ombres qui semblent ne pas nous voir. Pas un encouragement, pas un coup de klaxon, peu de sourires… sommes nous de retour au pays des tristes ou dans une société où plus rien n’étonne ?

La météo, très clémente pour un mois de février, nous offre du soleil et des températures dignes d’un moi d’avril. Nous pédalons souvent en tee-shirt et ne voyons pas la neige redoutée. Vendredi, nous entrons en Auvergne dans la brume matinale. Les kilomètres défilent sans que je m’en rende compte, bercé que je suis par mes souvenirs qui s’entrechocs, et nous arrivons rapidement sur des routes qui me sont familières. Nous franchissons le col de la Moreno et arrivons au pied du Géant. Le volcan symbole de la région nous fait face, dressant sa masse sombre jusque dans les nuages. Même s’il ne tient pas la comparaison avec les géants des Andes, le Puy-de-Dôme reste pour moi un symbole, un repère, et nous voulons gravir ses pentes abruptes pour dormir ce soir en sa cime, pour notre ultime bivouac… Refoulés au pied de l’ascension (la route est interdite aux vélos), nous prenons les chemins de traverse et poussons nos montures sur des sentiers de randonnées pour rejoindre la route un peu plus haut, après le péage. Un vent violent et le brouillard nous accueillent au sommet, un temps à ne pas mettre une tente dehors… Nous trouvons alors refuge dans l’entrée des toilettes d’une salle réservée aux pique-niqueurs. Ce dernier bivouac se doit d’être inoubliable et nous nous cuisinons un petit festin à base de bons produits locaux : salade de chèvres chauds, aligot et charcuterie, Saint Nectaire, vin, fromage blanc et madeleines…
Samedi 1er mars, dernière étape… C’est dans la tourmente que nous descendons les pentes du volcan auvergnat pour rejoindre la place de Jaude de Clermont-Ferrand. Nous y retrouvons quelques amis venus nous accueillir pour un petit déjeuner amélioré et convivial. Nous poursuivons ensuite notre route jusqu’à Chassenet, chez mes parents. Terminus 1 du voyage. Nous resterons ici une quinzaine de jours avant de rouler encore jusqu’à Acy, chez Yves, en Picardie. Le retour à la vie sédentaire s’annonce difficile. Mais nous avons plein de projets et d’envies pour les mois à venir…

A bientôt…